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Lors de la session consacrée au Programme de transition ESG de Hô Chi Minh-Ville, organisée dans le cadre du Forum économique d’automne, du 26 au 29 octobre, la question n’est plus de savoir si les entreprises doivent adopter les critères ESG, mais comment les intégrer concrètement à leur stratégie, à leurs décisions d’investissement et à leurs activités quotidiennes. La première partie des échanges a examiné l’ESG comme un levier de compétitivité pour les PME. La seconde s’est intéressée à l’économie circulaire, en soulignant la nécessité de dépasser les initiatives écologiques ponctuelles pour développer des modèles reproductibles, pilotés par les données.
L’ESG au service du bien-être des citoyens et de l’intérêt national
En ouverture de la session, le Dr Kim Jae-hong, président permanent de l’Alliance nationale pour l’action ESG et ancien député de la XVIIe législature de l’Assemblée nationale de la République de Corée, a mis en perspective les liens entre l’ESG et le bien-être des citoyens. Il a précisé que sa présentation synthétisait les principales interventions prononcées lors du Forum mondial ESG, organisé par l’Association coréenne ESG sur l’île de Jeju depuis 2022 et dont la cinquième édition s’est tenue en 2026. La partie consacrée à l’économie circulaire avait, quant à elle, été spécialement préparée pour cette session.
Selon lui, les normes de publication d’informations en matière de durabilité élaborées par l’International Sustainability Standards Board (ISSB), au sein de la Fondation IFRS, et dont la mise en œuvre a débuté en 2025, ne doivent pas être considérées comme une nouvelle contrainte réglementaire ni comme une pression excessive sur les entreprises. Celles-ci doivent désormais adopter une approche de gouvernance qui fasse de l’ESG un levier de compétitivité sur la scène économique mondiale.
"La compétitivité ESG se trouve au cœur des intérêts nationaux", a souligné le Dr Kim. Il a estimé que les exigences ESG constituaient désormais une nouvelle forme de barrière commerciale sur les marchés internationaux. Un pays qui néglige ces exigences risque de compromettre le développement de son industrie nationale et la création d’emplois, et, par conséquent, de fragiliser les conditions nécessaires au bien-être de sa population.
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| Vue d’ensemble de la session consacrée au Programme de transition ESG dans la gouvernance d’entreprise, organisée le 27 octobre dans le cadre du Forum économique d’automne 2026 à Hô Chi Minh-Ville. |
À cet égard, il a rappelé que l’indice de bonheur national brut (BNB) pouvait constituer un indicateur plus pertinent que le seul revenu national. Les facteurs pris en compte - confiance sociale, espérance de vie, liberté de choix, inégalités de revenus et niveau de corruption, entre autres - présentent des liens directs avec les critères ESG. La manière dont les administrations centrales et locales, les entreprises, les établissements scolaires et les hôpitaux mettent en œuvre ces critères contribue ainsi à créer les conditions du bien-être collectif.
Le Dr Kim a également retracé les principales étapes de l’émergence de l’ESG : le rapport Notre avenir à tous (Our Common Future) de 1987, qui a popularisé le concept de développement durable ; la Déclaration de Rio de 1992 ; les Principes pour l’investissement responsable des Nations unies de 2006 ; la norme ISO 26000 de 2010, qui définit sept questions centrales de responsabilité sociétale ; les 17 Objectifs de développement durable adoptés en 2015 ; la déclaration de la Business Roundtable de 2019, qui a consacré le principe du "capitalisme des parties prenantes" ; le Forum économique mondial de Davos en 2020 ; et la directive européenne sur la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises (CSRD).
Concernant cette dernière, il a souligné que les pays exportateurs, tels que le Viêt Nam et la République de Corée, devaient y accorder une attention particulière. L’accès au marché européen et l’attraction des investissements en provenance de celui-ci supposent en effet de prendre en compte les exigences applicables en matière de publication d’informations ESG.
Des engagements volontaires aux obligations réglementaires : le paysage des normes internationales
Dans le prolongement de cette intervention, le Dr. Hari Ramalu Ragavan, consultant auprès d’AKAR Asia Consulting, représentant de la Table ronde Asie-Pacifique sur la production et la consommation durables (APRSCP) et coordinateur de la session, a présenté les principaux référentiels internationaux et les modalités de leur mise en œuvre en entreprise. Économiste de l’environnement, fort de trente ans d’expérience dans le domaine de la durabilité, dont une vingtaine au sein des Nations unies, il a d’abord rappelé que l’entreprise s’inscrivait dans un écosystème plus large.
"Vous n’êtes pas seuls, vous faites partie intégrante d’un écosystème dans vos activités commerciales", a-t-il déclaré. Les entreprises doivent répondre aux attentes de leurs parties prenantes, qu’elles soient perçues comme des contraintes ou des exigences, tout en tirant parti de la démarche ESG pour attirer de nouveaux talents, réduire leurs coûts, accroître leurs bénéfices et accéder à de nouveaux marchés et produits. Une simple optimisation de la gestion opérationnelle peut ainsi générer des économies significatives.
Selon M. Hari, de nombreuses entreprises menaient autrefois des actions en faveur du développement durable sans les formaliser dans des rapports. Aujourd’hui, en parallèle des états financiers, elles sont de plus en plus nombreuses à devoir publier des informations extra-financières dans des rapports de durabilité. Il a suivi cette évolution depuis 1997, année de création de la Global Reporting Initiative (GRI).
Longtemps facultative, la publication de ces rapports devient obligatoire sur de nombreuses places financières, tandis que leur contenu est encadré par des exigences réglementaires de plus en plus précises. Deux référentiels occupent aujourd’hui une place majeure : la GRI et les normes de l’ISSB. Ils se distinguent notamment par leur approche de la matérialité : la GRI privilégie les impacts de l’entreprise sur l’économie, l’environnement et la société, tandis que l’ISSB met l’accent sur les risques et les opportunités liés à la durabilité susceptibles d’influer sur sa situation financière.
Le Dr. Hari a également relevé que les comptables, autrefois principalement chargés des bilans financiers, participaient désormais activement à l’élaboration des rapports de durabilité.
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| Le Dr. Kim Jae-hong, président permanent de l’Alliance nationale pour l’action ESG et ancien député de la XVIIe législature de l’Assemblée nationale de la République de Corée, lors de sa présentation sur les liens entre l’ESG et le bien-être des citoyens. |
S’agissant de l’ASEAN, il a cité une étude portant sur quatre pays, dont le Vietnam et la Malaisie. Si celle-ci fait apparaître un niveau d’adoption globalement satisfaisant des pratiques ESG, elle révèle également des lacunes persistantes, notamment l’absence d’administrateurs indépendants dans les organes de gouvernance de nombreuses entreprises.
Pour les PME, la pression émane principalement de trois catégories d’acteurs : les acheteurs, les institutions financières et les autorités de régulation. Même si les PME ne sont pas encore soumises à des obligations de publication d’informations ESG dans la plupart des pays, les demandes de ces différents acteurs sont déjà bien réelles.
Le conseil de M. Hari est clair : ne pas céder à la panique, progresser étape par étape et démontrer concrètement aux parties prenantes les efforts engagés. Les PME ne sont pas nécessairement tenues d’appliquer l’intégralité des normes GRI ou IFRS en matière de durabilité. Elles peuvent commencer par publier volontairement les informations correspondant à leurs enjeux prioritaires, sauf si un partenaire commercial ou financier leur impose un référentiel particulier.
Pour guider les entreprises dans cette démarche, il a structuré les principales interrogations autour de quatre questions.
La première est celle de la communication : comment rendre compte de ses engagements et de ses résultats, en s’appuyant notamment sur les référentiels GRI et ISSB ?
La deuxième concerne la mesure : comment quantifier ses émissions de gaz à effet de serre, en recourant notamment au GHG Protocol, largement reconnu à l’échelle internationale ?
La troisième porte sur la gestion : comment mettre en œuvre des pratiques durables au moyen de systèmes de management tels que la série de normes ISO 14000 et des lignes directrices du Pacte mondial des Nations unies ?
La quatrième concerne la preuve : comment démontrer la réalité de ses engagements à l’aide de plateformes d’évaluation et de données sur la chaîne d’approvisionnement, telles qu’EcoVadis ou CDP, consultées par les multinationales à la recherche de fournisseurs durables parmi les PME vietnamiennes ?
Pour le Dr. Hari, l’enjeu central consiste à constituer un socle de données cohérent et unifié à l’échelle de l’entreprise, afin de répondre progressivement aux demandes des différentes parties prenantes. Cette démarche doit s’accompagner d’une stratégie claire, d’une gouvernance adaptée, d’une mise en œuvre opérationnelle et d’investissements à la hauteur des objectifs poursuivis.
Le crédit vert, un levier pour inciter les entreprises à s’engager
Du point de vue des institutions financières, Hà Huy Cường, directeur général adjoint de Nam A Bank, a indiqué que la banque avait intégré le crédit vert à sa stratégie dès 2016, devenant ainsi l’un des premiers établissements vietnamiens à appliquer des critères d’évaluation environnementale et sociale à ses activités de prêt. Il a toutefois reconnu que les PME appliquant rigoureusement les critères ESG dans leurs activités restaient "extrêmement rares", obligeant la banque à développer elle-même ses compétences en la matière.
Grâce à des partenariats avec des fonds climatiques et des institutions financières internationales, notamment la Société financière internationale (SFI ou IFC) et Proparco, les lignes de crédit vert de la banque s’accompagnent d’un appui technique et d’un dispositif de gestion des risques environnementaux et sociaux. La banque et ses partenaires ont ainsi élaboré une liste de contrôle simplifiée, estimant que les exigences devaient être formulées de manière accessible pour pouvoir être appliquées par les PME.
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| Le Dr. Hari Ramalu Ragavan, consultant auprès d’AKAR Asia Consulting, représentant de la Table ronde Asie-Pacifique sur la production et la consommation durables (APRSCP) et coordinateur de la session, présente les référentiels internationaux et leur mise en œuvre au sein des entreprises. |
À ce jour, tous les dossiers de prêt font l’objet d’une évaluation selon le système de gestion des risques environnementaux et sociaux (ESMS), élaboré avec l’appui de la SFI. Les entreprises répondant aux critères requis peuvent bénéficier de taux d’intérêt préférentiels financés par des ressources dédiées au crédit vert, ce qui réduit leurs charges financières. Selon Hà Huy Cường, les réductions de taux proposées par les banques se situent actuellement entre 1 et 2 points de pourcentage.
Il considère toutefois que l’effet à long terme est encore plus important : ces premières démarches incitent les entreprises à prendre conscience de la nécessité de se doter d'une politique de gestion des risques environnementaux et sociaux et d’intégrer progressivement l’ESG à leurs pratiques, renforçant ainsi leur compétitivité. Il a insisté sur l’importance d’établir une feuille de route adaptée, soulignant qu’une transition ne pouvait être imposée du jour au lendemain.
Il a également relevé un paradoxe : les entreprises vietnamiennes appliquent en réalité depuis longtemps certains principes ESG à travers des pratiques quotidiennes, comme la réduction de la consommation d’électricité, de papier et d’eau, la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes ou encore la conclusion de contrats de travail conformes aux normes en vigueur. "Nos entreprises mettent déjà en œuvre l’ESG, mais cela n’a pas encore été formalisé sous forme de rapports normalisés", a-t-il déclaré.
Selon lui, nombre d’entreprises continuent de percevoir l’ESG comme un concept éloigné de leurs préoccupations immédiates. Elles ne s’y intéressent véritablement que lorsqu’elles collaborent avec des entreprises à capitaux étrangers (FDI) ou cherchent à exporter vers l’Europe, où les exigences en matière de certification et de conformité se font plus pressantes.
Il revient donc aux banques, aux cabinets de conseil et aux organismes publics de diffuser des guides pratiques et des listes de contrôle adaptés, afin que l’ESG ne soit plus perçu comme une charge supplémentaire, mais devienne une pratique courante et un véritable levier de compétitivité.
Les données, à la fois obstacle majeur et point de départ
Représentant le ministère de l’Industrie et du Commerce, Hoàng Văn Tâm, membre du Département de l’innovation, de la transition verte et de la promotion industrielle, a présenté les résultats de l’évaluation à mi-parcours du Plan d’action national sur la production et la consommation durables (SCP).
Une enquête menée auprès de 700 entreprises manufacturières révèle qu’environ six sur dix ont réduit leur intensité énergétique et matérielle. En revanche, près de quatre sur dix n’ont enregistré aucune amélioration ou ne disposent d’aucun système de suivi des données. Pour Hoàng Văn Tâm, cette situation met en évidence une lacune majeure dans la collecte et l’exploitation des données au sein des PME. Sans données fiables, celles-ci ne peuvent ni établir des rapports ESG crédibles, ni accéder au crédit vert, ni répondre aux exigences des acheteurs, ni anticiper les mécanismes internationaux tels que le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF ou CBAM).
Le ministère préconise quatre axes d’action.
Premièrement, partir des données déjà disponibles. Les factures d’électricité, de carburant et d’eau, les relevés de consommation de matières premières ainsi que les contrats de collecte des déchets couvrant douze mois permettent d’établir une première référence en matière de consommation énergétique, d’eau et de matériaux, de production de déchets et d’émissions relevant des scopes 1 et 2, sans nécessairement recourir à des consultants. Les entreprises peuvent ensuite progresser par étapes : commencer par l’enregistrement des données issues des factures, installer des sous-compteurs sur les équipements les plus énergivores, puis passer au suivi des données par produit et à la traçabilité.
Deuxièmement, harmoniser les règles et les méthodes de calcul, en élaborant des indicateurs sectoriels conformes à la réglementation nationale relative à l’inventaire des gaz à effet de serre.
L’objectif est d’appliquer le principe "mesurer une seule fois, utiliser plusieurs fois", afin d’éviter qu’une PME doive remplir des questionnaires différents pour chacun de ses acheteurs, auxquels s’ajoutent les formulaires demandés par les banques.
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| Hà Huy Cường, directeur général adjoint de Nam A Bank, présente l’expérience de la banque en matière de crédit vert et les avantages offerts aux entreprises. |
Troisièmement, développer des infrastructures de données partagées au sein des zones et des grappes industrielles afin de favoriser la symbiose industrielle. Il s’agit, par exemple, de valoriser les sous-produits ou la chaleur fatale d’une entreprise en les mettant à la disposition d’une autre qui en a besoin, tout en garantissant que les entreprises conservent la maîtrise de leurs propres données.
Quatrièmement, relier les données aux produits afin de préparer leur compatibilité avec le passeport numérique des produits de l’Union européenne et de privilégier les données réelles d’émissions plutôt que les valeurs par défaut utilisées dans le cadre du CBAM.
Le ministère se dit prêt à conduire des projets pilotes avec les collectivités locales, notamment à Hô Chi Minh-Ville, et à mettre à leur disposition des outils d’auto-évaluation.
Le "passeport" ESG, indispensable pour intégrer les chaînes d’approvisionnement
Un représentant d’un cabinet de conseil en finance durable, spécialisé dans l’accompagnement des PME pour l’accès au crédit vert, a rappelé que les entreprises intégrées aux chaînes d’approvisionnement de grandes marques telles que Nike et Adidas, ainsi que de groupes des secteurs électronique et électrotechnique, doivent se conformer aux exigences de leurs donneurs d’ordres. Elles sont notamment évaluées au moyen de dispositifs tels qu’EcoVadis.
Face aux ressources limitées des PME, il a formulé trois recommandations.
La première consiste à bâtir une relation de confiance authentique plutôt qu’à se contenter d’engagements de façade. La deuxième est de pouvoir étayer chaque déclaration par des éléments vérifiables : données chiffrées, traçabilité, périmètres et méthodologies clairement définis, ou encore vérification par des tiers. La troisième est d’engager sans attendre des actions concrètes, même modestes, en sélectionnant un produit ou un enjeu prioritaire, en établissant une situation de référence (baseline) et en mesurant les progrès au fil du temps.
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| Des délégués découvrent le modèle de gouvernance administrative à deux niveaux en marge de l’événement. |
"Il n’y a pas de grand soir (Big Bang) en matière d’ESG", a-t-il affirmé.
Il a ainsi présenté l’ESG comme un "passeport" indispensable pour accéder aux grandes chaînes de valeur et aux financements, mais aussi comme un moyen de construire des chaînes de valeur durables, d’améliorer l’image de marque et la réputation des entreprises et de renforcer leur capacité à mobiliser des financements.
Une mobilisation collective pour passer à l’action
En conclusion des échanges, le représentant du ministère de l’Industrie et du Commerce a souligné que le cadre politique était désormais en place et que la priorité consistait à le traduire en mesures concrètes accessibles à toutes les entreprises.
Le ministère entend publier des règles et des lignes directrices claires, constituer un ensemble de données normalisées utilisables par les banques, les acheteurs et les autorités de régulation, et renforcer les liens entre les différents acteurs de l’écosystème, des parcs industriels et associations professionnelles aux chaînes d’approvisionnement, afin de multiplier les solutions fondées sur l’économie circulaire.
Selon lui, aucun acteur ne peut réussir cette transition isolément : l’État définit le cadre, les banques orientent les financements et les entreprises sont les moteurs du changement.
Le Programme de transition ESG de Hô Chi Minh-Ville, lancé à cette occasion, illustre précisément cette approche partenariale. Son ambition est de transformer les coûts liés à la conformité réglementaire en un véritable avantage concurrentiel pour les entreprises vietnamiennes.
Texte et photos: Truong Giang/CVN







