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| L'ambassadeur de France au Vietnam, Didier Le Bret, lors d'une interview accordée à la presse vietnamienne. |
| Photo : Hông Anh/CVN |
Le 30 octobre, à Hanoï, l’ambassadeur de France au Vietnam, Didier Le Bret, a tenu une rencontre avec la presse à l'occasion du début de son nouveau mandat, partageant des analyses approfondies sur le potentiel de développement du Vietnam ainsi que sur les orientations majeures de la coopération entre les deux pays pour la période à venir.
Vous venez de prendre vos fonctions d'ambassadeur de France au Vietnam. Quelles seront vos trois grandes priorités durant votre mandat pour donner une nouvelle impulsion aux relations bilatérales ?
J'ai la chance de disposer d'une feuille de route assez précise. Ma première priorité est de transformer le très bel investissement réalisé depuis maintenant 30 ans dans le rapprochement de nos deux sociétés, à travers la formation, l'éducation, la jeunesse et la culture. Il s'agit de poursuivre et de valoriser ce travail de longue haleine qui constitue un socle particulièrement solide de notre relation bilatérale.
Ma deuxième priorité est de développer des coopérations dans des secteurs présentant un fort potentiel de développement pour le Vietnam et un intérêt commun pour nos deux pays. Je pense notamment au spatial, au numérique, au quantique, aux semi-conducteurs et aux terres rares. Ce sont des domaines d'avenir dans lesquels la France et le Vietnam ont tout intérêt à renforcer leurs partenariats.
Enfin, ma troisième priorité concerne un atout considérable dont dispose la France : l'importante diaspora vietnamienne présente sur son territoire. Elle représente une formidable réserve de talents pour le Vietnam et pour le rapprochement entre nos deux pays. Nous devons savoir mobiliser ce potentiel humain afin de créer de nouvelles passerelles et de renforcer encore les liens entre nos deux sociétés.
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| La visite officielle en France du secrétaire général du Parti et président de la République, Tô Lâm, du 10 au 12 septembre, a marqué une nouvelle étape dans le renforcement du Partenariat stratégique global entre les deux pays. |
| Photo : VNA/CVN |
À la suite de la visite officielle du secrétaire général, président de la République,Tô Lâm, en France et de l'adoption du plan d'action bilatéral 2026-2028, quelles avancées concrètes souhaitez-vous voir émerger dans les relations franco-vietnamiennes ?
Nous disposons d'abord d'un socle extraordinairement solide, celui des relations humaines. Lors de sa visite officielle à Paris, le secrétaire général, président Tô Lâm s'est notamment rendu dans plusieurs installations de recherche, à Saclay et au Commissariat à l'énergie atomique. À cette occasion, plusieurs accords intergouvernementaux et arrangements techniques entre ministères ont été signés dans les domaines de la science, de la technologie et de la formation.
Pourquoi est-ce important ? Parce que nous ne partons pas de rien. Nous avons aujourd'hui un dispositif de coopération exceptionnel. Près de 7.000 étudiants vietnamiens poursuivent leurs études en France, avec environ 1 500 nouveaux départs chaque année. Le Vietnam dispose également de structures de formation franco-vietnamiennes qui correspondent précisément aux domaines d'excellence qu'il souhaite développer : les sciences de l'ingénieur, la gestion, les technologies, le numérique et le spatial.
Les trois grandes structures que sont le Programme de formation d'excellence en ingénierie (PFIEV), l'Université des sciences et technologies de Hanoï (USTH) et le Centre franco-vietnamien de gestion (CFVG) comptent ensemble plus de 17.000 anciens élèves. À cela s'ajoutent nos deux lycées français à Hanoï et à Hô Chi Minh-Ville, ainsi qu'une quarantaine d'écoles labellisées permettant l'apprentissage du français comme deuxième langue étrangère.
Nous souhaitons naturellement poursuivre cet effort. Notre dispositif scientifique est également très présent sur le territoire vietnamien, avec l'Institut français et plusieurs organismes de recherche français, notamment le CIRAD, l'IRD et l'Institut Pasteur. Sa particularité est d'être entièrement au service des priorités de développement du Vietnam, avec des programmes construits dans un esprit de partenariat. La recherche menée ici est utile non seulement au Vietnam, mais aussi à la France et au reste du monde.
Parallèlement, nous voulons être présents dans les secteurs considérés aujourd'hui comme prioritaires par les autorités vietnamiennes, notamment les infrastructures, les transports et l'énergie. Les entreprises françaises et européennes disposent de compétences reconnues dans ces domaines. Airbus a ainsi contribué au développement de la flotte aérienne vietnamienne au cours des vingt dernières années. Alstom vient de signer un important contrat avec Vingroup pour la livraison de 200 rames. CMA CGM est également très présent dans le transport maritime au Vietnam, avec notamment la perspective de livrer une barge électrique destinée à relier le port en eau profonde à Hô Chi Minh-Ville.
Dans les énergies renouvelables, des équipements européens, notamment ceux de Schneider Electric, contribuent également aux projets développés dans le pays.
Notre ambition est donc de maintenir les piliers traditionnels de notre coopération tout en nous engageant davantage dans les secteurs qui seront vitaux pour l'économie vietnamienne dans les années à venir.
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| Vingroup et Alstom ont signé le 6 octobre 2026 un contrat portant sur la fourniture de rames et le transfert de droits d'utilisation de la technologie. |
| Photos : Vingroup/CVN |
La coopération franco-vietnamienne s'oriente de plus en plus vers les technologies de pointe. Quels sont les domaines dans lesquels les deux pays peuvent développer des partenariats stratégiques ?
Sur l'innovation et les nouvelles technologies, je distinguerais trois grands domaines d'intervention, qui répondent à des attentes fortes tant du côté vietnamien que du côté français.
Le premier concerne l'observation spatiale. Une grande partie des phénomènes liés au changement climatique peut aujourd'hui être observée depuis le ciel. Il y a plus de 20 ans, la France a fourni au Vietnam un satellite d'observation qui arrive désormais en fin de vie. Nous sommes donc en négociations avancées avec les autorités vietnamiennes pour renouveler cette coopération et envisager la livraison d'un nouveau satellite. Au-delà de l'équipement lui-même, ce projet permettra à toute une communauté de chercheurs et de scientifiques de travailler ensemble et de favoriser le transfert de compétences.
Le deuxième domaine est celui du quantique. Le président Tô Lâm nous a demandé d'être présents dans ce secteur. Une grande entreprise française, Candela, a récemment signé un accord avec FPT, une importante entreprise vietnamienne, pour travailler ensemble sur les ordinateurs quantiques. Cette coopération fonctionne dans les deux sens : FPT fournit également des logiciels utilisés en France par des industriels comme Airbus.
Enfin, le troisième domaine concerne les matériaux minéraux critiques et les terres rares. Ces ressources sont devenues indispensables aux deux grandes transformations industrielles actuelles : la transition vers une économie bas carbone et la révolution numérique. Les éoliennes, les installations solaires et les batteries ont besoin de terres rares. De même, les téléphones, les ordinateurs, les centres de données et les semi-conducteurs nécessitent des minerais critiques.
Or, le Vietnam dispose de ressources très importantes dans ce domaine. Les autorités vietnamiennes ont donc demandé à la France et à l'Europe de les accompagner dans la mise en place de programmes de coopération permettant d'identifier précisément ces ressources, de les transformer sur place et ensuite de les exploiter.
C'est ce que j'appelle un partenariat gagnant-gagnant. Le Vietnam peut devenir un acteur majeur sur un sujet stratégique, tandis que la France et l'Europe peuvent diversifier leurs sources d'approvisionnement. Ces trois domaines constituent des secteurs d'avenir dans lesquels nous devons investir dès aujourd'hui.
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| De nombreux accords de coopération dans les secteurs de pointe ont été déjà signés dans le cadre de la visite d'État du président français Emmanuel Macron au Vietnam en 2025. |
| Photo : VNA/CVN |
Qu'attendez-vous du XXe Sommet de la Francophonie à Phnom Penh et comment la France et le Vietnam peuvent-ils contribuer ensemble à renforcer la place de la Francophonie en Asie-Pacifique ?
Le Sommet de Phnom Penh, prévu à la mi-novembre, permettra d'abord à nos chefs d'État de se retrouver et de faire un nouveau point sur notre feuille de route et notre partenariat stratégique global. La question de la désignation du prochain secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) figurera également parmi les sujets importants à l'ordre du jour.
Mais au-delà de ces enjeux institutionnels, je pense que le Vietnam, qui a accueilli en 1997 le premier Sommet de la Francophonie en Asie, a de grandes ambitions et des idées intéressantes pour l'avenir de cet espace. Je pense notamment au sport. Le Vietnam souhaite être très présent lors des prochaines compétitions sportives internationales et la Francophonie peut constituer un espace intéressant pour accompagner cette ambition.
Le Sommet sera également une occasion de favoriser les échanges économiques et l'innovation. Comme lors des précédents rendez-vous, un village de la Francophonie permettra aux pays du Nord comme du Sud de partager leurs expériences et leurs bonnes pratiques. Le Vietnam y sera représenté par une délégation d'entreprises et de jeunes entrepreneurs, notamment dans le secteur des technologies. C'est une opportunité de rencontrer l'innovation au sein de l'espace francophone.
Je considère également que la Francophonie peut jouer un rôle important face aux grands défis internationaux. Elle rassemble près d'une centaine de pays qui peuvent trouver des façons de travailler ensemble sur des questions comme la préparation aux chocs climatiques ou la coopération internationale. Cet espace permet aussi de favoriser le dialogue et la médiation entre des pays qui peuvent connaître des différends.
Beaucoup de pays francophones sont nés des grands mouvements de décolonisation et de libération nationale. Ils sont profondément attachés au respect de leur souveraineté, à l'intangibilité de leurs frontières et au règlement des différends par la négociation, conformément aux règles des Nations unies. La Francophonie est ainsi un espace de promotion du multilatéralisme et de la coopération internationale, où les pays peuvent dialoguer de manière moins clivante.
Depuis votre arrivée au Vietnam, qu'est-ce qui vous a le plus marqué dans le pays ? Vous avez également évoqué l'importance de la diaspora vietnamienne en France. Comment souhaitez-vous faire de cette communauté un levier supplémentaire du rapprochement franco-vietnamien ?
Ce qui m'a le plus marqué depuis mon arrivée, c'est d'abord l'hospitalité, puis le dynamisme du Vietnam. Les deux sont étroitement liés. Lorsqu'une nation a confiance en elle-même et en son développement, elle peut accueillir le monde entier avec beaucoup d'ouverture et de générosité. C'est précisément ce que fait aujourd'hui le Vietnam.
J'étais déjà venu dans votre pays il y a un peu plus de 15 ans. À l'époque, lorsque je me promenais dans les rues de Hanoï ou de Hô Chi Minh-Ville, on voyait surtout des vélos. Aujourd'hui, on découvre des scooters, des scooters électriques, une flotte de taxis modernes et électriques, ainsi que des infrastructures qui témoignent de la transformation du pays. À Hô Chi Minh-Ville, les gratte-ciel pourraient se trouver à New York ou à São Paulo. Lorsque l'on prend la ligne 3 du métro à Hanoï, on retrouve des infrastructures dignes des grandes capitales européennes.
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| L’ambassadeur de France au Vietnam, Didier Le Bret, a multiplié les activités et les rencontres dès sa prise de fonctions en septembre 2026, avec pour objectif de renforcer et de dynamiser la coopération bilatérale dans ses différents domaines. |
| Photo : DSQ/CVN |
Mais ce qui me frappe particulièrement, c'est la capacité du Vietnam à conjuguer modernité et patrimoine. On peut faire ses courses dans les magasins les plus modernes tout en visitant des temples traditionnels. Le véritable luxe est de ne pas avoir à choisir entre le développement, l'histoire et le patrimoine. Le progrès n'est pas synonyme d'amnésie. C'est d'ailleurs une dimension de la culture vietnamienne que nous, Français, pouvons aussi apprendre à apprécier.
Mon attachement à ce pays est également familial. Mon père est né au Vietnam et ma grand-mère était vietnamienne. J'ai donc moi-même des racines vietnamiennes, ce qui explique aussi pourquoi j'ai souhaité venir exercer cette mission dans un pays auquel je suis particulièrement attaché.
La diaspora vietnamienne en France représente, à mes yeux, un levier considérable pour rapprocher encore davantage nos deux pays. Elle comprend plusieurs générations : des personnes nées au Vietnam et installées en France depuis longtemps, celles qui sont parties dans les années 1970-1980, mais aussi leurs enfants et leurs petits-enfants, dont certains sont aujourd'hui étudiants. Au total, on peut estimer cette communauté entre 300.000 et 500.000 personnes, soit près d'un demi-million de personnes qui entretiennent un lien particulier avec le Vietnam. Toutes ne parlent pas vietnamien, mais elles conservent une relation avec ce pays à travers leur histoire familiale et leurs origines.
Il existe également une caractéristique particulièrement remarquable de cette communauté : elle détient le record absolu de diplômés parmi les diasporas étrangères en France, sur deux générations. Moins de 7% des personnes des générations nées en France au sein de cette communauté ne possèdent aucun diplôme. La grande majorité est même surdiplômée.
C'est une réserve de talents extraordinaire pour le Vietnam, mais aussi pour la relation entre nos deux pays. Ces femmes et ces hommes peuvent contribuer à développer les échanges, à transmettre leurs compétences et à créer de nouvelles passerelles entre les sociétés française et vietnamienne.
Il faut donc savoir mobiliser ce formidable potentiel humain. Au-delà des accords institutionnels, des investissements et des projets économiques, les relations entre la France et le Vietnam reposent aussi sur des histoires personnelles, des parcours familiaux et des liens humains. Je souhaite que cette richesse puisse être pleinement mise au service du rapprochement entre nos deux pays.
Propos recueillis par Hông Anh/CVN







