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| Ingénieur du Centre de transformation numérique, rattaché au Service des sciences et des technologies de la province de Khánh Hoà (Centre), en charge de la cybersécurité. |
| Photo : VNA/CVN |
L’essor du numérique fait émerger un nouvel enjeu de cybersécurité : la protection de l’utilisateur lui-même. Lors du séminaire intitulé “Construire la confiance numérique : les entreprises vietnamiennes unies pour protéger les consommateurs”, tenu le 14 août, le lieutenant-colonel Triêu Manh Tùng, directeur adjoint du Département de la cybersécurité et de la prévention et de la lutte contre la criminalité liée aux hautes technologies (A05), relevant du ministère de la Police, alerte sur un phénomène encore difficile à percevoir.
Selon lui, les utilisateurs risquent d’“être enfermés” par les réseaux sociaux dans une boucle de perception façonnée par les informations qu’elles leur proposent. Les contenus auxquels chacun est quotidiennement exposé ne sont pas nécessairement présentés de manière aléatoire : ils sont activement sélectionnés et orientés par les algorithmes des plateformes.
Du système technique à la sécurité cognitive
Sans prise de conscience de ce mécanisme, l’utilisateur peut ainsi recevoir en continu des informations orientées, susceptibles d’influencer négativement sa perception comme son comportement. La menace ne concerne donc plus seulement la sécurité technique des systèmes, mais également la capacité de chacun à conserver une perception autonome dans l’environnement numérique.
Cette question prend une dimension particulière dans un contexte marqué par la prolifération de fausses informations et de contenus nuisibles sur Internet. Pour le responsable de l’A05, la sécurité cognitive est directement menacée par cette vague d’informations trompeuses et toxiques.
La définition même de la cybersécurité doit ainsi évoluer. Il ne s’agit plus uniquement de protéger les systèmes techniques et les infrastructures d’information, mais également de protéger les personnes qui évoluent dans l’espace numérique. À mesure que l’ensemble des “biens” et des actifs du pays et de sa population sont transférés vers cet environnement, la protection de la perception devient une véritable barrière de sécurité pour chaque individu.
Cette approche place également la protection des données personnelles au cœur de la sécurité numérique. Le colonel Nguyên Hông Quân, directeur adjoint de l’A05, souligne que “chacun peut devenir victime de la cybercriminalité et que la construction d’un cyberespace humain doit permettre à chacun d’y vivre de manière plus bienveillante, plus respectueuse et plus sûre”.
Avec le développement de la vie numérique, les données personnelles circulent dans de nombreux espaces afin de répondre aux besoins des activités numériques. Cette dispersion les rend particulièrement vulnérables à une exploitation malveillante. Selon Nguyên Hông Quân, ces informations peuvent notamment être utilisées pour “personnaliser” des scénarios d’escroquerie visant directement les utilisateurs, leurs familles et leurs enfants.
Dans ce contexte, la protection des données personnelles ne relève plus seulement d’une question technique. Elle constitue, d’après lui, la protection d’un “nouveau droit de l’homme” à l’ère numérique.
L’évolution des réglementations internationales témoigne également de l’importance croissante accordée à cet enjeu. Avant l’entrée en vigueur de la loi vietnamienne sur la protection des données personnelles, environ 80% de la population mondiale était déjà couverte par des législations similaires. Ce taux atteint désormais 98% de la population mondiale vivant dans des territoires disposant de règles relatives à la protection des données personnelles.
Responsabilités partagées
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| La police de Hô Chi Minh-Ville interpelle des personnes impliquées dans une affaire d'escroquerie en ligne. |
| Photo : VNA/CVN |
Pour M. Quân, “la cybersécurité ne peut donc être dissociée de la sécurité de chaque personne participant à la vie numérique. L’être humain doit toujours rester au centre et constituer la finalité ultime du développement et de la protection de la cybersécurité”.
Cette protection ne peut toutefois reposer sur les seuls pouvoirs publics. Les entreprises fournissant des services numé-riques sont également appelées à prendre leur part dans la construction d’un environnement plus sûr.
M. Quân leur rappelle que leurs activités doivent créer des bénéfices allant de pair avec ceux des utilisateurs et qu’une entreprise ne peut rechercher le profit tout en portant atteinte aux droits et intérêts des consommateurs.
Pour Triêu Manh Tùng, directeur adjoint de l’A05, la cybersécurité n’est désormais plus une question propre à chaque système ou à chaque entreprise. Une affaire peut commencer par un faux compte sur un réseau social, se poursuivre par l’exploitation de données personnelles, mobiliser une infrastructure de télécommunications et aboutir à une transaction financière. Une faille au sein d’une entreprise peut ainsi devenir le point de départ d’une chaîne de risques touchant plusieurs organisations et utilisateurs.
Face à cette interdépendance, l’A05 propose quatre priorités aux entreprises : intégrer la cybersécurité dès la conception des produits et services ; passer d’une défense passive à une détection, une alerte et un blocage proactifs des risques ;
renforcer la connexion, le partage d’informations et la coordination entre les différents acteurs ; enfin, associer étroitement cybersécurité, protection des données et des utilisateurs.
Alors que les attaques sont de plus en plus automatisées, le principe avancé est clair : “la vitesse de défense doit être supérieure à la vitesse d’attaque”. Les entreprises sont donc encouragées à accélérer l’utilisation de l’intelligence artificielle, de l’analyse des données et des technologies de lutte contre la fraude afin de détecter, alerter et bloquer les menaces avant qu’elles ne provoquent des dommages.
Dan Thanh/CVN




