Vietnam - Tanzanie : parlementaires et scientifiques face aux défis technologiques

Un dialogue de haut niveau entre parlementaires réunis à Arusha, en Tanzanie, et scientifiques présents à Quy Nhon, au Vietnam, s’est tenu le 7 octobre dans le cadre de la 153e Assemblée de l’Union interparlementaire (UIP).

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La session spéciale de l’UIP s’est tenue simultanément à Arusha et à Quy Nhon, le 7 octobre.

 Consacrée à la diplomatie parlementaire et scientifique en temps de conflit, la rencontre a notamment porté sur la gouvernance de l’intelligence artificielle et la préservation de la liberté scientifique et académique.

Un dialogue inédit entre parlementaires et scientifiques

Intitulée "Diplomatie parlementaire et scientifique en temps de conflit – Échange conjoint Arusha-Quy Nhon", la session s’est déroulée simultanément à Arusha, où se tient la 153e Assemblée de l’UIP du 5 au 9 octobre, et à Quy Nhon, où des scientifiques et experts internationaux étaient réunis à l’occasion de la conférence "Science et technologie pour le développement durable", les 7 et 8 octobre.

Cette rencontre a réuni des membres du Groupe de travail de l’UIP sur la science et la technologie, à Arusha, ainsi que des scientifiques et autres participants présents à Quy Nhon. Organisée sous la forme d’un dialogue interactif, elle a alterné de courtes interventions introductives et des échanges directs entre les participants des deux sites.

Depuis Arusha, M. Nophadol In-na, de Thaïlande, vice-président du Groupe de travail de l’UIP sur la science et la technologie, a ouvert la session en mettant l’accent sur la nécessité, pour les parlements, de s’appuyer sur les connaissances scientifiques en période de conflit.

À Quy Nhon, M. Michel Spiro, président du Comité de pilotage de la conférence "Science et technologie pour le développement durable", a souligné l’importance du dialogue entre parlementaires et scientifiques ainsi que le rôle de la rencontre organisée à Quy Nhon dans cette dynamique.

Cette première rencontre conjointe de haut niveau s’inscrit dans une série de discussions engagées depuis 2024 entre les deux communautés, notamment à Quy Nhon et au Rayonnement synchrotron pour la science expérimentale et ses applications au Moyen-Orient (SESAME - Synchrotron-light for Experimental Science and Applications in the Middle East), en Jordanie.

Science et décision publique face aux nouveaux défis

Prenant la parole au nom de la communauté scientifique, M. Maurizio Bona, ancien conseiller du directeur général du CERN, a abordé les liens entre science, diplomatie et élaboration des politiques, soulignant la nécessité de renforcer les synergies pour répondre aux défis mondiaux.

De leur côté, les parlementaires ont été invités à préciser ce qu’ils attendent de la communauté scientifique afin de légiférer de manière responsable et de mieux protéger l’intérêt public. Les interventions de Mme Sahar Attia, d’Égypte, et de Mme Sashi Kiran, des Fidji, ont notamment nourri cette réflexion.

Les discussions ont ensuite porté sur plusieurs questions sensibles liées à l’intelligence artificielle et à l’intelligence artificielle générale (Artificial General Intelligence, AGI), à la recherche à double usage, aux conflits, à la raréfaction des ressources, aux forces du marché, au rôle des acteurs non étatiques et au bien-être humain.

Le développement rapide de l’intelligence artificielle et sa convergence attendue avec d’autres technologies de rupture, notamment l’informatique quantique, soulèvent en effet des questions qui dépassent largement le cadre de la réglementation technique.

Ces évolutions sont susceptibles de transformer en profondeur l’éducation, la recherche scientifique, la prise de décision démocratique, les services publics, la sécurité, les rapports de force économiques et, plus largement, l’organisation des sociétés.

Dans ce contexte, la responsabilité des scientifiques ne se limite plus à innover. Ils doivent également expliquer, alerter et aider les sociétés à comprendre les conséquences de leurs découvertes et de leurs innovations.

La diplomatie scientifique peut notamment contribuer à réduire la méfiance, à répondre aux problèmes de pénurie, à favoriser la coexistence et à éviter que la compétition technologique n’alimente davantage les conflits.

La rencontre s’est achevée par une réflexion commune sur les convergences apparues au cours des échanges et les perspectives de poursuite du dialogue entre les communautés parlementaire et scientifique.

De leur côté, les parlementaires sont appelés à mieux comprendre les transformations scientifiques et technologiques afin de pouvoir les traduire en politiques publiques, légiférer de manière pertinente, allouer les ressources nécessaires et contrôler la mise en œuvre des décisions.

AGI et liberté scientifique au cœur des échanges

Une attention particulière a été accordée à l’évolution et à la gouvernance de l’AGI, définie comme une forme d’IA hautement autonome capable de dépasser les capacités humaines dans la plupart des activités économiquement utiles.

Alors que les applications d’IA destinées au grand public sont déjà largement répandues, l’émergence d’une AGI pourrait constituer une nouvelle étape majeure de la transformation technologique. Les participants ont ainsi discuté de mécanismes de gouvernance susceptibles d’accompagner cette évolution, notamment des accords multilatéraux, une surveillance internationale des capacités de calcul et l’intégration de dispositifs de sécurité dès la conception des systèmes.

La liberté scientifique et académique a constitué le second grand axe des discussions. Les participants ont examiné les moyens de préserver la liberté de recherche dans les universités et les institutions scientifiques, alors que certaines activités sont de plus en plus confrontées à une approche fondée sur le "double usage", associant recherche civile et applications militaires.

Parmi les participants réunis à Quy Nhon figuraient notamment M. Csaba Kőrösi, président de la 77e session de l’Assemblée générale des Nations unies et directeur stratégique de la Blue Planet Climate Protection Foundation ; M. Alvin Kwock, cofondateur d’AIFT ; M. Lê Bô Linh, ancien vice-président de la Commission des sciences, des technologies et de l’environnement de l’Assemblée nationale du Vietnam ; ainsi que M. Tatsujiro Suzuki, professeur invité au Centre de recherche pour l’abolition des armes nucléaires (RECNA - Research Center for Nuclear Weapons Abolition) de l’Université de Nagasaki et président du comité exécutif des Conférences Pugwash sur la science et les affaires mondiales.

La rencontre s’est achevée par une réflexion commune sur les convergences apparues au cours des échanges et les perspectives de poursuite du dialogue entre les communautés parlementaire et scientifique.

À travers l’échange Arusha-Quy Nhon, l’UIP et les participants ont ainsi mis en avant la nécessité de rapprocher davantage l’expertise scientifique et la décision publique, afin que les institutions démocratiques puissent mieux anticiper les transformations technologiques, protéger l’intérêt public et contribuer à la paix et au développement durable.

Texte et photos : Thanh Tuê/CVN

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