Construire un écosystème cohérent pour attirer les talents hautement qualifiés

Un niveau de rémunération compétitif constitue une condition importante pour attirer les talents, mais il ne suffit pas à les fidéliser ni à leur permettre de donner pleinement la mesure de leurs compétences. L’attraction et la valorisation des talents exigent la mise en place d’un écosystème cohérent, reposant sur des mécanismes de recrutement souples ainsi qu’une évaluation des experts fondée sur leurs réalisations et leur efficacité concrète.

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Les chercheurs travaillent au Centre de R&D du SHTP.

Au sein de la Zone agricole de haute technologie de Hô Chi Minh-Ville, les besoins en experts ne cessent de croître. Les activités de recherche ne se limitent plus aux domaines traditionnels, mais s’étendent désormais aux applications de la biotechnologie, à l’édition génomique, à la robotique, à l’automatisation, à l’intelligence artificielle (IA), à l’Internet des objets (IoT), aux technologies numériques et à la transition verte dans l’agriculture.

Entre 2015 et 2023, l’unité a attiré sept experts et scientifiques vietnamiens et étrangers dans des domaines tels que la sélection variétale végétale et animale ou encore les applications de la biotechnologie à l’agriculture. Fort de cette expérience, Nguyên Thanh Hiên, directeur adjoint du Comité de gestion de la Zone agricole de haute technologie, estime que l’attraction des experts doit aller de pair avec leur utilisation, leur accompagnement et la valorisation de leurs compétences. L’objectif n’est pas seulement de recruter des personnes hautement qualifiées, mais surtout de leur offrir un environnement leur permettant de mettre pleinement à profit leur expertise et de produire directement des résultats scientifiques et technologiques à forte valeur ajoutée, répondant aux besoins concrets de la société.

Pour y parvenir, l’unité définit dès le départ le problème auquel l’expert doit apporter une réponse, les objectifs à atteindre, les résultats attendus, le calendrier d’exécution ainsi que le champ de ses responsabilités professionnelles. Elle veille également à garantir les conditions de travail et de recherche nécessaires afin que les experts et scientifiques puissent commencer à mettre en œuvre leurs missions dès leur arrivée.

Dans la gestion des experts et des scientifiques, l’unité privilégie une approche démocratique et respecte leur indépendance scientifique. Elle prend en considération les avis professionnels pertinents et leur permet de proposer eux-mêmes des solutions, de choisir les méthodes de recherche et d’organiser la mise en œuvre des travaux dans le cadre des missions qui leur sont confiées.

Malgré ces résultats positifs, les responsables de la Zone agricole de haute technologie reconnaissent que l’attraction des experts reste confrontée à de nombreuses difficultés, notamment parce que certains critères et normes de sélection ne correspondent pas pleinement aux spécificités de l’agriculture de haute technologie.

Dans la pratique, certains scientifiques titulaires de titres et de diplômes académiques élevés et disposant de nombreuses publications internationales possèdent une expérience limitée dans le déploiement de technologies en conditions réelles de production. À l’inverse, certains ingénieurs et spécialistes technologiques, bien que ne disposant pas de titres ou de diplômes académiques particulièrement élevés, sont capables de maîtriser des procédés, de résoudre des problèmes concrets et de transférer des technologies du laboratoire vers la production.

Les circuits intégrés (CI) et les semi-conducteurs y sont développés par les chercheurs et les employés du centre.

Les besoins en personnel hautement qualifié devraient continuer à augmenter alors que Hô Chi Minh-Ville élargit son réseau de zones agricoles de haute technologie. Actuellement, la Zone agricole de haute technologie recherche neuf experts dans des domaines allant de la planification stratégique du développement de l’agriculture de haute technologie à la biotechnologie, aux cultures, à l’élevage, à l’aquaculture et aux technologies post-récolte, en passant par la transformation numérique, la constitution de bases de données et les systèmes d’intelligence artificielle.

Le renforcement de ces effectifs devrait contribuer à accélérer la recherche et le transfert de technologies, à mettre au point de nouveaux procédés techniques et à répondre aux défis émergents de l’agriculture de haute technologie.

Au Centre de recherche et de développement de la Zone de haute technologie de Hô Chi Minh-Ville (SHTP Labs), les besoins en personnel hautement qualifié sont également liés à l’objectif de développer des secteurs technologiques stratégiques et de renforcer les coopérations internationales.

Avant 2018, le centre avait conclu des contrats avec plusieurs experts étrangers pour participer à des travaux de recherche, fournir des conseils et élaborer les orientations de développement de l’unité. Après l’entrée en vigueur d’un nouveau mécanisme en 2018, les revenus proposés aux experts ont considérablement diminué par rapport à la période précédente. La pandémie de COVID-19 a par ailleurs rendu plus difficile leur venue et leur travail en présentiel.

Après 2022, le SHTP Labs a néanmoins poursuivi sa coopération avec deux experts étrangers. L’un d’eux exerce les fonctions de directeur scientifique du centre. L’autre participe à un projet de recherche consacré aux capteurs de gaz destinés à des applications dans les domaines biomédical, environnemental, des villes intelligentes et de l’agriculture.

L’expérience montre que les besoins de Hô Chi Minh-Ville en ressources humaines hautement qualifiées augmentent non seulement en nombre, mais aussi en termes de compétences recherchées. Les exigences portent désormais davantage sur les capacités de leadership, l’expertise interdisciplinaire, ainsi que sur l’aptitude à appliquer et à transférer les technologies.

Selon le Service des sciences et des technologies de Hô Chi Minh-Ville, l’évaluation des besoins réels fait apparaître qu’en 2026, les différentes unités de la ville souhaitent attirer 43 personnes, dont 39 experts, trois personnes dotées de talents exceptionnels et un architecte de projet.

Concevoir des missions à la hauteur des talents

Hô Chi Minh-Ville est en train de finaliser un système de politiques couvrant l’ensemble du parcours des talents : identification, recherche, attraction, recrutement, affectation, utilisation, rémunération, évaluation, développement et fidélisation des ressources humaines hautement qualifiées.

 Ces dernières années, Hô Chi Minh-Ville a mis en place des politiques importantes afin de faciliter et de soutenir les activités des chercheurs invités.

Cette orientation traduit une évolution importante de la conception des politiques de ressources humaines. Il ne s’agit plus simplement de rechercher des candidats pour pourvoir les postes vacants, mais d’identifier les personnes les plus compétentes afin de leur confier des missions ambitieuses. L’attraction des talents ne repose donc pas uniquement sur la rémunération, mais aussi sur la création d’un environnement leur permettant de développer leurs compétences et de produire une valeur durable.

La ville prévoit de mettre en œuvre trois modalités : l’attraction, le recrutement et la sélection. Cette approche vise à élargir le vivier de talents externes tout en identifiant et en valorisant les compétences au sein des équipes existantes.

Ainsi, la ville pourra conclure des contrats avec des experts et des personnes dotées de talents exceptionnels afin de mettre en œuvre des programmes, projets, ouvrages et missions prioritaires. Elle recrutera également de nouveaux personnels possédant un haut niveau de qualification et sélectionnera les meilleurs éléments parmi les effectifs actuels afin de leur appliquer des politiques adaptées.

Les laboratoires nécessitent toutefois des investissements importants pour assurer leur fonctionnement et leur développement.

En matière de rémunération, les politiques envisagées seront proportionnelles au niveau de contribution de chaque personne. Pour les experts et les personnes dotées de talents exceptionnels recrutés sous contrat, une prime initiale unique pourrait être comprise entre 15 et 100 fois le salaire minimum régional de niveau I, soit environ 80 à 530 millions de dôngs, en fonction du niveau de qualification et de l’expertise professionnelle.

Le revenu mensuel de ces talents devrait se situer entre 20 et 50 fois le salaire minimum régional de niveau I, soit environ 100 à 265 millions de dôngs. Le montant serait déterminé en fonction des qualifications, des compétences et de la réputation de chaque personne. La politique de rémunération serait également liée à la valeur des réalisations, notamment lorsque les travaux des experts sont approuvés, reconnus ou commercialisés.

Pour les personnes disposant d’un haut niveau de qualification et d’expertise, le soutien financier mensuel serait directement lié aux résultats de l’évaluation de leur travail. Cette approche traduit la volonté d’offrir une rémunération plus attractive tout en établissant des exigences plus précises en matière de responsabilités, de résultats et d’impact concret.

Au-delà de la rémunération, la ville accorde une importance particulière à la création d’un environnement permettant aux talents de donner leur pleine mesure. Les différentes unités seront encouragées à instaurer un cadre de travail professionnel, ouvert et démocratique, à leur confier des missions d’envergure et à leur faciliter l’accès aux données, aux laboratoires et aux bibliothèques. Elles devront également prévoir des financements pour la recherche, des équipements adaptés et du personnel de soutien afin de permettre aux experts de mener à bien leurs travaux.

Il s’agit d’un changement de perspective majeur : passer de "recruter des personnes compétentes" à "créer les conditions permettant aux personnes compétentes de réaliser de grandes missions". La politique prend également en compte les conditions de logement et la situation familiale des experts, afin de leur permettre de travailler sereinement et de s’inscrire dans la durée.

Le Dr. Trinh Xuân Thang, directeur du Centre de recherche et de développement de la Zone de haute technologie de Hô Chi Minh-Ville, estime que cette nouvelle orientation politique constitue une avancée importante et traduit une approche plus ouverte des ressources humaines hautement qualifiées.

Selon lui, l’un des aspects les plus remarquables est que la ville ne cherche plus seulement à savoir combien de personnes elle peut attirer, mais s’attache davantage à "créer de grandes missions" auxquelles les talents pourront contribuer. Elle accorde également une plus grande attention à l’identification et à la valorisation des personnes compétentes qui travaillent déjà au Vietnam et au sein des structures existantes.

Pour les experts internationaux de premier plan, estime Trinh Xuân Thang, les mécanismes d’attraction devraient être encore plus flexibles. Il faudrait notamment leur permettre de conserver des fonctions dans des institutions étrangères, de travailler à distance et d’être évalués sur la base de leurs résultats et de leurs réalisations plutôt que principalement sur leur temps de présence ou leurs horaires administratifs.

La définition claire de leurs responsabilités et de leur autonomie professionnelle permettrait également aux scientifiques de prendre eux-mêmes les décisions concernant leurs orientations de recherche et de mieux valoriser leurs compétences.

Trinh Xuân Thang propose enfin que la ville envisage d’accorder aux experts un financement annuel de recherche compris entre 300 et 500 millions de dôngs, selon leur niveau de responsabilité. Une telle enveloppe permettrait aux scientifiques, une fois recrutés, de mettre immédiatement en œuvre leurs idées, de développer des technologies et d’engager des activités de transfert technologique, sans devoir attendre la constitution d’un nouveau projet ou d’un programme de recherche pour disposer des ressources nécessaires.

Texte et photos : Quang Châu/CVN

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