Hô Chi Minh-Ville veut transformer ses déchets en ressources

Face à plus de 14.000 tonnes de déchets produites chaque jour, dont près de 59% sont encore enfouies, Hô Chi Minh-Ville accélère sa transformation de la filière de traitement des déchets.

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La métropole vise plus de 90% de traitement par des technologies modernes d’ici 2030, en misant sur l’incinération avec valorisation énergétique, la modernisation des infrastructures de transit et la résorption des stocks accumulés au fil des années.

Une montagne de déchets à résorber

À la suite de sa fusion avec les provinces de Bình Dương et de Bà Ria - Vung Tàu, Hô Chi Minh-Ville compte désormais près de 14 millions d’habitants. Elle produit quotidiennement environ 14.000 tonnes de déchets ménagers, dont près de 10.500 tonnes dans le périmètre de l’ancienne Hô Chi Minh-Ville, quelque 2.400 tonnes à Bình Duong et près de 1.100 tonnes à Bà Ria - Vung Tàu.

Selon les données du Service de l’agriculture et de l’environnement de Hô Chi Minh-Ville, en mars 2026, seules quelque 5.700 tonnes de déchets par jour étaient traitées par incinération avec valorisation énergétique ou transformées en compost, tandis que près de 8.300 tonnes étaient encore enfouies.

Si le volume des déchets continue de progresser au rythme annuel moyen de 6,2%, la ville devra traiter environ 19.000 tonnes par jour dans cinq ans et près de 26.000 tonnes par jour dans dix ans. À cette hausse continue s’ajoute un stock d’environ 37 millions de tonnes de déchets accumulées au fil des ans. Au complexe de Da Phuoc, le site d’enfouissement a déjà dépassé sa capacité maximale autorisée.

Hô Chi Minh-Ville s’est fixé pour objectif de traiter plus de 90% de ses déchets ménagers au moyen de technologies modernes d’ici 2030.
Photo: AI/CVN

Selon des experts, le système actuel reste fragmenté. Le périmètre de l’ancienne Hô Chi Minh-Ville recourt principalement à l’enfouissement, au compostage et à l’incinération ; Bà Ria - Vung Tàu s’appuie essentiellement sur l’enfouissement, tandis que le sud de l’ancienne province de Binh Duong a déjà mis en place une chaîne intégrant tri, recyclage, compostage et incinération avec récupération d’énergie.

L’harmonisation de ces différents modèles au sein d’un système unifié constitue ainsi l’un des principaux chantiers de la période à venir. Hô Chi Minh-Ville s’est fixé pour objectif de traiter, d’ici 2030, plus de 90% de ses déchets ménagers au moyen de technologies modernes.

La résolution du XIe Congrès du Comité du Parti de Hô Chi Minh-Ville avait fixé pour objectif de traiter, en 2025, au moins 80% des déchets ménagers grâce à de nouvelles technologies et au recyclage, avec une cible de 100% à l’horizon 2030. Toutefois, le retard pris par plusieurs projets n’a pas permis d’atteindre cet objectif, conduisant à une révision des indicateurs.

Selon le Service municipal de l’agriculture et de l’environnement, la résolution du Ier Congrès du Comité du Parti de Hô Chi Minh-Ville, pour le mandat 2025-2030, prévoit désormais qu’à l’horizon 2030, 90% des déchets ménagers soient traités au moyen de technologies modernes.

Pour atteindre cette cible, la métropole entend restructurer l’ensemble de la chaîne de gestion des déchets solides, du tri à la collecte et au transit jusqu’au traitement final. L’orientation privilégiée repose notamment sur l’incinération avec valorisation énergétique, complétée par le recyclage et la production d’engrais organiques.

Huit projets pour réduire l’enfouissement

Hô Chi Minh-Ville met actuellement en œuvre huit projets d’incinération des déchets avec valorisation énergétique : trois sont en phase d’investissement, quatre achèvent leurs procédures administratives et un devrait être réalisé dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP).

Dans le complexe de Tây Bac, dans le district de Cu Chi, l’usine Vietstar constitue l’un des projets majeurs. Bien que sa première pierre ait été posée en 2019, les travaux de l’Usine intégrée de traitement des déchets solides ménagers Vietstar n’ont officiellement débuté que le 5 mars 2025. Le projet représente un investissement de 3.500 milliards de dôngs et dispose d’une capacité de traitement de 2.000 tonnes de déchets par jour.

La ville entend restructurer l’ensemble de la chaîne de gestion des déchets solides, du tri à la collecte et au transit jusqu’au traitement final.
Photo : CTV/CVN

Une fois achevée, l’usine devrait permettre à la ville de traiter environ 45 à 50% du volume total des déchets ménagers grâce à des technologies modernes. Selon la feuille de route établie, l’ensemble du projet pourrait à terme atteindre une capacité globale de 10.000 à 12.000 tonnes par jour.

Toujours dans le complexe de Tây Bac, l’usine Tâm Sinh Nghia a vu son chantier redémarrer en juillet 2024. Pour cette phase, sa capacité de traitement s’élève à 2.000 à 2.600 tonnes par jour, avec une capacité de production électrique d’environ 60 MW. Le volume d’électricité injecté dans le réseau est estimé à 365 millions de kWh par an. L’achèvement du projet est prévu au début de 2027.

Dans le sud de l’ancienne province de Binh Duong, Biwase exploite depuis le début de 2024 une centrale d’incinération des déchets d’une capacité de 5 MW. L’entreprise investit actuellement dans une nouvelle installation capable de traiter 500 tonnes de déchets par jour et de produire 12 MW d’électricité.

Au complexe de Da Phuoc, outre les installations existantes qui accueillent environ 5.000 tonnes de déchets par jour, un projet de centrale d’incinération avec valorisation énergétique, d’une capacité de 3.000 tonnes par jour, est en cours de préparation. La société Vietnam Waste Solutions (VWS) a par ailleurs indiqué que le site recevait environ 6.500 tonnes de déchets par jour et qu’elle envisageait d’y investir dans une usine de valorisation énergétique des déchets d’une capacité de 50 à 60 MW.

Dans l’ancienne province de Bà Ria - Vung Tàu, le complexe de traitement des déchets de Tóc Tiên prépare également un projet d’incinération avec valorisation énergétique, d’une capacité de 1.000 tonnes par jour et d’une puissance électrique de 20 MW, dans la commune de Châu Pha.

Selon le Comité populaire de Hô Chi Minh-Ville, les différentes centrales d’incinération avec valorisation énergétique devraient entrer progressivement en service entre la fin de 2026 et 2028.

 Coordination des infrastructures

Les orientations données ces derniers mois par les dirigeants de la métropole mettent l’accent sur le respect des délais, la levée des obstacles juridiques et la modernisation coordonnée des infrastructures.

Le 24 novembre 2025, le secrétaire du Comité du Parti de la ville, Trân Luu Quang, a conduit une mission d’inspection au complexe de Tây Bac. Il a souligné à cette occasion que la ville devait passer d’une approche consistant à "considérer les déchets comme un rebut" à celle de "considérer les déchets comme une ressource", afin de stimuler les investissements dans ce secteur.

Il a demandé que les projets, notamment les centrales d’incinération avec valorisation énergétique et les programmes de reconversion technologique, soient achevés dans les délais prévus en 2026. Il a également insisté sur la nécessité de contrôler strictement l’enfouissement des cendres volantes, compte tenu de leur caractère de déchets dangereux.

Lors de cette même réunion, le secrétaire du Comité du Parti de la ville a demandé aux services compétents d’ajuster rapidement le plan d’aménagement local du complexe de Tây Bac, d’y intégrer le tracé de la ligne de raccordement électrique à partir de la ligne 110 kV de Phuoc Hiêp et d’accélérer les opérations d’indemnisation et de libération du foncier.

L’entreprise Biwase exploite depuis le début de 2024 une centrale d’incinération des déchets d’une capacité de 5 MW.
Photo : CTV/CVN

Il a par ailleurs demandé d’accorder la priorité à la construction de nouvelles stations de transit des déchets et à leur équipement en machines afin de mécaniser les premières étapes de collecte et de compactage. Il a enfin chargé le Comité populaire municipal d’élaborer d’urgence un plan d’action visant à résorber les stocks de déchets accumulés au fil des ans, avec pour objectif, à terme, de mettre fin à l’enfouissement des ordures.

Du côté des autorités municipales, le vice-président du Comité populaire de Hô Chi Minh-Ville, Bùi Minh Thanh, a rendu ses conclusions en mai 2026. Il a demandé de maintenir le rythme d’exécution des travaux et de garantir la mise en service des usines de traitement des déchets avec valorisation énergétique, afin de respecter les objectifs fixés par la résolution du Ier Congrès du Comité du Parti de la métropole pour le mandat 2025-2030. Il a également chargé le Service municipal de l’agriculture et de l’environnement de lever les obstacles juridiques liés à l’utilisation du foncier et d’accélérer la finalisation des dossiers de reconversion technologique, conformément à la résolution N° 28/2023 du Conseil populaire municipal.

Le président du Comité populaire de Hô Chi Minh-Ville, Nguyên Van Duoc, a pour sa part indiqué que la municipalité s’orientait progressivement vers des technologies modernes de traitement des déchets, notamment à travers le développement de centrales d’incinération avec valorisation énergétique. Il a également souligné l’importance du tri à la source pour améliorer l’efficacité de la collecte, du recyclage et du traitement.

Un défi majeur demeure toutefois : la plupart des déchets ménagers sont encore collectés en mélange, faute de tri préalable à la source, ce qui complique leur collecte, leur traitement et leur valorisation. Selon Nguyên Van Duoc, Hô Chi Minh-Ville produit actuellement environ 800 tonnes de déchets plastiques par jour, mais seulement quelque 200 tonnes sont collectées et recyclées.

Moderniser toute la chaîne de traitement

Le bon fonctionnement des usines de traitement dépend aussi d’un approvisionnement régulier en déchets, collectés et acheminés dans de bonnes conditions. C’est pourquoi, pour la période 2026-2030, la métropole prévoit de mettre en œuvre 68 projets d’investissement public dans le domaine de la protection de l’environnement.

Ces projets comprennent notamment la couverture des alvéoles d’enfouissement du complexe de Tây Bac, le parachèvement des infrastructures techniques des complexes de Tây Bac et de Da Phuoc, ainsi que la construction de stations de transit modernes.

Selon le plan d’investissement public à moyen terme, la ville prévoit notamment de financer 62 stations de compactage et de transit des déchets, dont 12 devraient entrer en chantier dès 2026.

La mégapole produit actuellement environ 800 tonnes de déchets plastiques par jour.
Photo : CTV/CVN

Le tri à la source, maillon essentiel

Au-delà des infrastructures, la municipalité entend également généraliser le tri à la source sur l’ensemble de son territoire. Si les centrales d’incinération modernes peuvent traiter des déchets non triés, un tri efficace permet de réduire les volumes destinés à l’incinération, d’optimiser les coûts d’exploitation et d’augmenter les taux de recyclage.

Sur le terrain, le respect des calendriers constitue toutefois l’un des principaux défis. Bien que la première pierre de l’usine Vietstar ait été posée en 2019, les travaux n’ont officiellement débuté qu’en mars 2025, retardant à plusieurs reprises les objectifs de réduction de l’enfouissement fixés par Hô Chi Minh-Ville. Plus de sept ans après le lancement du projet, le site n’est toujours pas pleinement opérationnel. Si une partie des installations est désormais en activité, une partie des déchets continue d’être stockée temporairement en décharge.

Durant cette période de transition, la métropole reste donc dépendante de l’enfouissement. Le Comité populaire municipal doit ainsi continuer à acheminer les déchets vers la décharge de Da Phuoc, dans l’attente de la mise en service d’autres centrales d’incinération modernes. Il a sollicité l’appui du ministère de l’Agriculture et de l’Environnement pour mener les démarches administratives nécessaires afin de porter la capacité de ce site de 24 à 41 millions de tonnes. La ville doit ainsi composer avec une équation complexe : répondre aux besoins urgents à court terme tout en réduisant durablement sa dépendance à l’enfouissement.

Dressant un bilan de la situation, le Dr. Phạm Viêt Thuân, directeur de l’Institut d’économie des ressources et de l’environnement de Hô Chi Minh-Ville, estime que l’enfouissement présente l’avantage d’exiger des investissements relativement faibles et d’être facile à mettre en œuvre lorsque les réserves foncières sont suffisantes. Cette solution ne répond toutefois qu’aux besoins immédiats. À plus long terme, elle entraîne des risques de pollution des sols et des ressources en eau, tout en nécessitant une emprise foncière toujours plus importante.

Au-delà du respect des délais, les projets d’incinération avec valorisation énergétique doivent répondre à des exigences strictes en matière de traitement des émissions atmosphériques, des eaux usées et des mâchefers. Selon les orientations définies pour le projet d’une capacité de 1.000 tonnes par jour, les eaux usées après traitement doivent être réutilisées en priorité dans le circuit, tandis que les mâchefers doivent être recyclés ou traités conformément à la réglementation. Les dirigeants de la métropole ont insisté à plusieurs reprises sur ces exigences environnementales.

L’usine de traitement des déchets Tâm Sinh Nghia devrait être achevée au début de 2027.
Photo : CTV/CVN

Vers la fin progressive de l’enfouissement

D’ici 2030, à mesure que les centrales d’incinération avec valorisation énergétique entreront progressivement en service, la structure du traitement des déchets à Hô Chi Minh-Ville devrait connaître une transformation profonde. Si les projets de Vietstar, Tâm Sinh Nghia et Biwase, ainsi que ceux de Da Phuoc, Tóc Tiên et de l’installation de 1 000 tonnes par jour, sont achevés conformément à la feuille de route, la part de l’enfouissement devrait fortement diminuer par rapport aux quelque 59% actuels.

Au cours du mandat 2025-2030, Hô Chi Minh-Ville entend ainsi s’attaquer à la question des déchets en agissant sur l’ensemble de la chaîne, de la collecte au traitement final. Cette transition repose notamment sur trois leviers : le respect des calendriers des projets, la modernisation et la coordination des infrastructures, ainsi que la généralisation du tri à la source. La transformation des déchets en ressource constitue désormais l’une des orientations majeures de la politique environnementale de la métropole.

Truong Giang/CVN

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