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Entouré d’un réseau dense de rivières et de mangroves appartenant à la Réserve mondiale de biosphère de Cân Gio, Thiềng Liềng est le hameau insulaire le plus isolé et le plus difficile d’accès de Thạnh An.
Pour s’y rendre, les visiteurs doivent effectuer deux traversées en barque depuis la terre ferme, en se faufilant à travers des rivières balayées par le vent. Cet isolement géographique a dressé une "barrière naturelle", protégeant la beauté originelle et la pureté de Thiềng Liềng – chose rare dans une métropole dynamique comme Hô Chi Minh-Ville.
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| Les champs de sels constituent un beau paysage de Thiềng Liềng. |
Sous le soleil ardent du début d’année, sur les marais salants qui s’étendent à perte de vue, les paludiers poursuivent inlassablement leur travail, "portant le soleil sur leur dos". À la différence d’autres régions, le sel de Thiềng Liềng cristallise sur bâche plastique au moyen de technologies modernes, produisant des grains de sel d’un blanc pur et propres, particulièrement riches en minéraux provenant de l’estuaire de Gành Rái.
Trân Van Bé, paludier depuis plus de 30 ans, essuie la sueur de son front tout en partageant, d’une voix chaleureuse propre aux gens de mer : "Ce métier est rude, il dépend surtout du ciel. Une pluie hors saison peut anéantir tous nos efforts sous le soleil. Mais la saveur salée de la mer coule dans nos veines, nous ne pouvons l’abandonner. Ici, le grain de sel n’est pas seulement un moyen de subsistance, c’est l’âme même de cette terre. Peu importe jusqu’où la ville se développe, peu importe si l’on construit des ponts ou des quartiers urbains, nous souhaitons toujours préserver ces champs de sel comme nous préservons nos ancêtres".
Selon lui, la production de sel est aujourd’hui bien plus moderne qu’auparavant grâce à l’aide de techniques et de petites machines, ce qui allège considérablement le travail manuel tout en préservant la pureté et la qualité authentique du produit. Cependant, les surfaces salicoles tendent à se réduire sous l’effet du changement climatique et de la transition économique. Pour assurer les revenus familiaux, en plus de faire du sel, M. Bé fait aussi du business dans les services de banquets de mariage.
"Nous, les paludiers, espérons simplement un temps favorable et un prix du sel stable. Actuellement, le prix du sel continue d’être affecté par la situation +Plus la récolte est abondante, plus le prix est bas+, ce qui met les producteurs de sel dans une situation très difficile. Chaque saison, ma famille arrive à mettre de côté environ plus de 50 millions de dôngs, ce qui suffit tout juste à couvrir les dépenses pendant les mois de pluie où l’on ne peut pas faire de sel. Faire du sel, ça ne rend pas riche, mais ça rend heureux", confie M. Bé.
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| La production de sel est un métier traditionnel des habitants de Thiềng Liềng. |
De même, la famille de Lê Van Rôi perpétue le métier du sel depuis trois générations à Thiềng Liềng. Son épouse est décédée à l’âge de 51 ans des suites d’une maladie incurable, après de longues années de traitement resté sans succès, lui laissant la charge d’élever seul leurs trois enfants.
"J’ai repris le métier de paludier de mon beau-père. Grâce à un bon prix du sel, j’ai pu rembourser le prêt bancaire contracté il y a 5 ans. Maintenant je suis âgé, je fais ce que je peux encore faire, et le reste, je le laisse à mes enfants. J’espère qu’ils se donneront du mal, qu’ils s’efforceront de ne pas se laisser distancer par les autres. Faut vraiment avancer", raconte M. Rồi.
Le hameau de Thiềng Liềng compte plus de 200 foyers, dont 80% vivent principalement de la production de sel. Selon Nguyên Van Yên, secrétaire de cellule du Parti et chef du hameau de Thiềng Liềng, commune insulaire de Thạnh An, depuis le 1/7/2025, les autorités locales à deux niveaux ont intensifié la sensibilisation et la mobilisation des paludiers afin qu’ils appliquent les avancées scientifiques et techniques pour produire du sel sur bâche plastique, tout en recourant à des technologies de traitement de l’eau pour accroître la production.
"Grâce à l’application des nouvelles techniques et technologies, la qualité et la production du sel de Thiềng Liềng ont augmenté de manière significative. Par rapport aux années précédentes, le prix de vente est également plus élevé, ce qui permet aux habitants d’épargner une somme appréciable après chaque saison. Toutefois, la saliculture reste tributaire des aléas : bonne saison ou non, tout dépend du climat et… des prix du marché", explique M. Yến.
Toujours selon lui, préserver "l’âme" du grain de sel de Thiềng Liềng est une préoccupation constante des dirigeants locaux. "Nous rappelons sans cesse aux habitants que le métier du sel est notre fondement. Sans ces marais salants d’un blanc éclatant sous le soleil, Thiềng Liềng perdrait son +âme+ profonde. Nous nous efforçons actuellement de bâtir la marque “sel patrimonial”. Cela signifie que le grain de sel d’ici ne sert pas seulement à assaisonner, mais qu’il porte en lui l’histoire de la conquête des terres vierges, la ténacité des habitants de ce hameau insulaire", exprime M. Yến.
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| Les touristes expérimentent le travail de production de sel. |
Quand les paludiers… se lancent dans le tourisme
Il y a un peu plus de trois ans, un souffle nouveau a gagné le hameau lorsque Hô Chi Minh-Ville a lancé le développement d’un modèle de tourisme communautaire à Thiềng Liềng. Ce qui frappe et séduit les visiteurs, c’est que ceux qui assurent directement les services – guidage, restauration ou performance de "Don ca tài tu – sont eux-mêmes des paludiers authentiques et empreints de simplicité.
Nguyên Ngọc Tho, propriétaire d’un homestay proposant également une expérience de fabrication du sel, raconte que son engagement dans le tourisme lui a beaucoup appris, en matière de communication, via des ateliers ouvertes aux compétences nécessaires pour fidéliser les visiteurs. "Je suis très heureux de présenter aux touristes le métier salicole, tradition de nos ancêtres. Le nombre de visiteurs à Thiềng Liềng reste modeste, et les revenus issus du tourisme ne constituent qu’un complément pour la famille, mais l’encouragement moral qu’il apporte est immense", se réjouit-il.
Dans le même esprit, Bùi Thị Dạ, qui tient un petit commerce de boissons rafraîchissantes à base de sâm đất – une plante poussant sur sol salin – confie : "Pour être franche, nous manquons encore de compétences ; toute notre vie, nous n’avons fait que du sel. Maintenant, en faisant du tourisme, on n’a que notre bonne volonté, c’est-à-dire trouver comment rendre les clients les plus contents et les recevoir le plus cordialement du monde".
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| Un habitant de Thiềng Liềng présente aux touristes des mélodies de don ca tài tu (chants des amateurs du Sud) |
La sincérité et la simplicité de personnes comme M. Tho ou Mme Dạ constituent un véritable "aimant" pour les voyageurs à Thiềng Liềng. Nguyên Lê Quỳnh Anh, une touriste venue de Dông Nai, confie qu’en venant à Thiềng Liềng, elle a eu l’impression d’être "guérie" après les heures de travail harassantes et la course effrénée du quotidien.
"Ce qui m’a d’abord touchée, ce sont les habitants : des paludiers engagés dans le tourisme, authentiques, honnêtes et attachants. Même si le tourisme n’est qu’un moyen de subsistance complémentaire, ils accueillent les visiteurs avec +professionnalisme+, toujours avec un sourire optimiste et inspirant. Ici, j’ai pu me reconnecter à la nature, dans un précieux espace vert au cœur d’une grande ville", explique-t-elle.
Nguyên Anh Quân, un visiteur venu de Hanoï, partage son émerveillement face à cet environnement encore intact, loin de toute "bétonisation" : "Venir ici et vivre l’expérience de faire du sel avec les sauniers m’a permis de comprendre la véritable essence du sel de Thiềng Liềng – cette +perle offerte par le ciel+ – ainsi que l’histoire de la conquête des terres par les générations passées".
Thiềng Liềng a forgé sa propre identité autour du principe des "5 non" : pas de fléaux sociaux, pas de déchets plastiques, pas de fumées industrielles, pas de bruit urbain et pas de rythme effréné.
Selon Nguyên Thị Bạch Tuyết, directrice de la Coopérative d’agriculture, de commerce, de services et de tourisme de Thiềng Liềng, 18 membres officiels issus de 15 familles participent actuellement aux activités touristiques. Cependant, l’effectif engagé de manière non officielle peut atteindre 30 à 40 personnes selon les périodes.
"Les participants exercent des activités non spécialisées, en complément de leur métier principal de paludier traditionnel. Lorsqu’il y a des circuits réservés à l’avance pour des groupes, je contacte les membres de la coopérative afin qu’ils organisent leurs travaux agricoles. Pendant la saison des pluies, lorsque la production de sel s’interrompt, nous coordonnons les effectifs pour accueillir les visiteurs de manière plus soignée. La plupart des habitants sont enthousiastes et heureux de prendre part à ce modèle de tourisme communautaire", partage-t-elle sur le mode d’organisation particulier du tourisme dans ce hameau insulaire.
Elle reconnaît toutefois que l’activité touristique reste à un niveau moyen et que les services tendent à piétiner sur place après plus de trois ans de lancement. "Pour rivaliser avec d’autres modèles de tourisme communautaire émergents à Hô Chi Minh-Ville et dans les provinces voisines, nous avons défini la qualité des services et l’environnement vert comme priorités absolues. Les membres de la coopérative s’orientent vers un tourisme responsable, plantent davantage d’arbres et enrichissent les activités d’expérience afin de fidéliser les visiteurs", souligne Mme Tuyết.
Du point de vue des autorités, Huỳnh Thanh Nghị, vice-président du Comité populaire de la commune de Thạnh An, affirme que Thiềng Liềng est un "joyau précieux" dans la stratégie de développement de l’économie maritime et de l’écotourisme de Thạnh An en particulier et de Hô Chi Minh-Ville en général.
"Nous ne privilégions ni la bétonisation des infrastructures ni la construction d’ouvrages monumentaux susceptibles d’altérer le paysage. Notre objectif central est de faire de Thiềng Liềng un modèle exemplaire de +village culturel de tourisme communautaire+. La ville poursuit la mise en œuvre de programmes de soutien financier et de formation aux compétences touristiques professionnelles ainsi qu’à l’anglais de base, pour que les habitants deviennent de véritables acteurs principaux capables d’attirer les visiteurs", indique Huỳnh Thanh Nghị.
Le défi majeur actuel demeure les infrastructures de transport et la connectivité. Selon le vice-président du Comité populaire de la commune de Thạnh An, la commune appelle activement les entreprises à investir dans des moyens de transport de passagers spécialisés et propose à la ville de développer des lignes de bus fluviaux. Une fois l’accessibilité améliorée, Thiềng Liềng pourra devenir une étape incontournable pour tout visiteur de cette ville.
Au cœur d’une mégapole de plus de 14 millions d’habitants en perpétuel mouvement, Thiềng Liềng résonne comme une "note grave", émouvante, rappelant l’engagement en faveur d’un environnement vert et de la préservation des "perles" offertes par la nature. Le sel conserve sa saveur intense, le sourire optimiste des paludiers reste lumineux, et le vert des mangroves est protégé avec amour et responsabilité.
Aujourd’hui, Thiềng Liềng n’est pas seulement un nom sur la carte touristique : il incarne une vitalité puissante et l’aspiration à préserver les valeurs originelles au cœur du courant impétueux de l’urbanisation.
Texte et photos : Quang Châu/CVN







