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Zahra Joya est une journaliste afghane exilée à Londres. Le 15 août, date anniversaire de la prise de Kaboul par les talibans, reste un traumatisme. Pour elle, c’est "un jour très douloureux", celui "où j’ai tout perdu dans mon pays". Quelques jours avant la chute de Kaboul, elle travaillait encore comme journaliste et déjeunait avec une amie au restaurant. Puis, en quelques heures, elle a perdu sa "liberté" et s’est retrouvée "en prison" chez elle, raconte-t-elle à l’AFP.
Fondatrice de Rukhshana Media, un média consacré aux femmes afghanes, Zahra Joya a quitté le pays pour le Royaume-Uni. Elle continue pourtant à travailler avec des journalistes restées en Afghanistan, contraintes d’exercer dans le secret pour protéger leur sécurité.
Son propre parcours illustre les obstacles auxquels les Afghanes sont confrontées. "Aux yeux des talibans, tout ce qui me définissait était mauvais. (...) Le fait même d’être une femme, mon métier de journaliste, mais aussi mon origine ethnique en tant que femme hazara", explique-t-elle.
École et travail interdits
Depuis 2021, les talibans ont notamment interdit l’enseignement secondaire et supérieur aux filles. L’Afghanistan est désormais le seul pays où les filles ne peuvent officiellement plus étudier après le primaire. Les femmes sont aussi exclues de nombreux secteurs professionnels, tandis que leurs déplacements sont soumis à des restrictions. Selon l’ONU, seules 7% des Afghanes ont un emploi.
"Les jours où je me réveillais au son de mon réveil et me préparais pour aller à la télévision sont devenus des jours où je sais que je vais devoir rester toute la journée à la maison", raconte à la BBC Zuhal, une ancienne présentatrice de télévision. Son emploi était, assure-t-elle, "une partie de mon identité et de ma vie".
À Kaboul, Ela décrit une société accaparée par la survie. "Les gens sont tellement submergés par la pauvreté et les difficultés quotidiennes que beaucoup ont été contraints de mettre de côté leur éducation, leurs rêves et leurs espoirs pour l’avenir", témoigne-t-elle. "Aujourd’hui, survivre est devenu la priorité."
Des conséquences jusqu’aux soins
Avec 521 décès maternels pour 100.000 naissances vivantes en 2023, l’Afghanistan reste l’un des pays les plus dangereux au monde pour accoucher, selon l’OMS. Les restrictions qui limitent l’accès aux soins dispensés par des hommes peuvent avoir des conséquences dramatiques. La sage-femme Marzia raconte avoir vu mourir une mère de six enfants arrivée d’un district isolé. "Nous avons réussi à sauver le bébé, mais je ne cesse de penser à son avenir et à celui de ses six autres enfants", confie-t-elle.
Les talibans contestent l’idée d’une interdiction généralisée. Leur ministre des Affaires étrangères, Amir Khan Muttaqi, assure que les femmes ne sont pas "totalement restreintes dans tous les domaines de la vie" et affirme que trois millions de filles fréquentent écoles et madrassas.
"Nous avons besoin de solidarité"
Certaines Afghanes continuent pourtant de résister. Noori, privée de la fin de ses études de droit, a créé une entreprise de confitures employant dix femmes. Elle veut leur permettre de devenir "indépendantes, fortes et prospères".
Pour Zahra Joya, ces initiatives ne suffisent pas face à l’ampleur de l’effacement des femmes de l’espace public. "Les femmes afghanes se battent seules", dénonce-t-elle. Elles mènent cette guerre "les mains nues", faute de moyens pour se défendre. "Nous avons l’impression que le monde nous a abandonnées", ajoute-t-elle, appelant à "la solidarité".
AFP/VNA/CVN


