Hô Chi Minh-Ville
Revitalisation des canaux : des eaux noires aux véritables axes de vie urbains

Après plus de trois décennies de relogement, de dragage et de renforcement des berges, Hô Chi Minh-Ville s'engage dans le plus vaste programme de rénovation de son réseau hydraulique jamais entrepris. D'un montant de près de 400.000 milliards de dôngs, ce projet nécessite le déplacement de plus de 41.000 logements riverains.

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Pour la première fois, cette initiative s'accompagne d'un plan de gestion de la qualité des eaux de surface appuyé par des données de surveillance en temps réel. L'objectif ne se limite pas à purifier l'eau, mais vise également à réduire les inondations, à aérer le tissu urbain, à aménager des parcs et des voies sur berge, tout en garantissant des logements sûrs pour les habitants.

Le canal de Nhiêu Lộc - Thị Nghè en offre l'illustration la plus marquante. Lancé en 2002, ce projet s'est étalé sur plusieurs années et a exigé la réinstallation de dizaines de milliers de foyers riverains, pour un investissement total de plus de 8 600 milliards de dôngs. Une fois métamorphosé, ce cours d'eau de près de 10 kilomètres s'est imposé comme un axe paysager majeur. Les artères Hoàng Sa et Trường Sa, qui serpentent le long des deux rives, accueillent aujourd'hui les manifestations culturelles et les festivals nautiques de la métropole.

Plus à l'ouest, la rénovation du canal de Tân Hòa - Lò Gốm, entamée en 2011, a combiné la conservation de sections à ciel ouvert et l'aménagement de canaux couverts. La création d'un nouvel axe routier sur ses berges a permis d'assainir l'environnement tout en désengorgeant le trafic.

Le canal de Hàng Bàng, étroitement lié à l'histoire commerciale de Chợ Lớn, a lui aussi été renforcé par des digues, arboré, sécurisé par des garde-corps et doté d'une promenade piétonne.

Nguyễn Hoàng Y, 55 ans, résidente de longue date, se souvient qu'autrefois l'eau était noire et malodorante, alors qu'aujourd'hui, elle sort s'entraîner l'après-midi avec un sentiment de renouveau et de joie.

Hô Chi Minh-Ville fixe pour objectif le relogement de 4.500 foyers installés le long des canaux et arroyos, tout en y associant des solutions d'évacuation des eaux pluviales.
Photo : Truong Giang/CVN

Cette transformation aura exigé plus de trois décennies d'efforts. Depuis 1993, Hô Chi Minh-Ville a déplacé plus de 44.500 logements insalubres situés au bord de l'eau, principalement le long des canaux de Nhiêu Lộc - Thị Nghè, Tàu Hủ – Bến Nghé et Tân Hòa - Lò Gốm.

Programme 2025-2030 : une envergure sans précédent

Selon le Service de la construction de Hô Chi Minh-Ville, le projet d'aménagement urbain des zones d'habitations situées sur et le long des fleuves, rivières et canaux pour la période 2025-2030 prévoit la mise en œuvre de 117 projets, affectant environ 41 540 logements répartis dans 53 quartiers et communes. La première phase comprend 54 projets pour un coût supérieur à 149 500 milliards de dôngs. La seconde phase rassemble 63 projets mobilisant plus de 232 880 milliards de dôngs. Au total, l'investissement global s'élève à environ 382 000 milliards de dôngs.

L'un des faits marquants réside dans le mode de mobilisation des ressources. Loin de se cantonner aux seuls investissements publics, le programme combine 69 projets financés par les fonds publics et 48 projets menés dans le cadre de partenariats public-privé. La feuille de route s'avère elle aussi nettement structurée.

En 2026, la métropole ambitionne de reloger environ 2.921 foyers, d'engager les travaux du canal de Văn Thánh et d'achever 10 projets en cours. L'année 2028 marquera une phase d'accélération, avec un objectif cumulé de 26 508 habitations déplacées, soit 63,8 % de la planification. Entre 2029 et 2030, la ville entend achever la totalité du programme. L'ancien secteur du 8ᵉ arrondissement enregistre la plus forte concentration d'interventions, comptant 19 canaux et arroyos ainsi qu'environ 14 950 habitations destinées au relogement.

S'agissant du canal de Tham Lương - Bến Cát - Nước Lên, il constitue le plus long cours d'eau de la métropole. Lancé en mars 2023, ce chantier s'étend sur près de 32 kilomètres et traverse sept anciens arrondissements et districts. Doté d'un investissement total de 9.030 milliards de dôngs, le projet affiche aujourd'hui un taux d'avancement de 65 %, avec 35 kilomètres de voies sur berge déjà ouverts à la circulation technique. La livraison définitive est prévue pour décembre 2026.

Projet de dragage, de construction d'infrastructures et de réhabilitation environnementale de la rive nord du canal Dôi.
Photo : CTV/CVN

Une fois achevée, cette artère hydraulique formera un axe de transport stratégique reliant l'ouest et le nord de la ville. Le canal assurera en outre la jonction avec l'ancienne province de Long An (Tây Ninh aujourd’hui) via la rivière Chợ Đệm, ainsi qu'avec les anciennes provinces de Bình Dương et Đồng Nai via la rivière Saïgon.

Concernant la rive nord du canal Đôi, le projet représente un montant global d'environ 7.300 milliards de dôngs, déployé sur la période 2023-2028. Les trois lots de construction enregistrent des taux de réalisation respectifs d'environ 55 %, 75 % et 20 %. Sur l'enveloppe budgétaire de 336 milliards de dôngs allouée pour l'année 2026, environ 241 milliards de dôngs ont déjà été décaissés, soit un taux d'exécution de 71,8 %.

Pour la rive sud, le Comité permanent du Conseil populaire de la ville a effectué, le 20 août 2026, une inspection sur le terrain de quatre projets d'aménagement. Ceux-ci prévoient la construction d'environ 8,8 kilomètres de digues, combinée à l'élargissement de l'artère Phạm Thế Hiển, au déploiement du réseau d'évacuation des eaux, à la création d'espaces verts, à l'installation de l'éclairage public et à l'aménagement de parcs. Le coût total prévisionnel de ces quatre opérations s'élève à près de 55 000 milliards de dôngs.

S’agissant du projet de l'arroyo Xuyên Tâm, selon le Service municipal de la construction, l'investissement total s'élève à 17.229 milliards de dôngs. Le 2 septembre 2026, la voie sur berge gauche relevant du lot de travaux XL-03 (quartier d'An Nhơn) a été ouverte à la circulation technique. La rive droite devrait être ouverte en novembre, en vue d'une finalisation intégrale de ce lot en décembre 2026. Pour l'ensemble du projet, la municipalité ambitionne d'achever les travaux d'ici la fin de l'année 2027.

Concernant les arroyos Văn Thánh et Thủ Đức, le premier représente un montant global d'environ 8.556 milliards de dôngs et accélère actuellement les opérations d'indemnisation et de libération du foncier pour quelque 1.066 ménages impactés. Quant au projet d'aménagement de l'arroyo Thủ Đức (5.124 milliards de dôngs, déployé sur la période 2026-2031), il porte sur la réhabilitation de près de 3 kilomètres de cours d'eau. La capacité de la station de pompage au niveau de l'écluse de Thủ Đức devrait notamment passer de 7.200 à 120.000 m³/heure afin de résorber efficacement les inondations dans le secteur du marché de Thủ Đức.

Un portion de presque 10 km du canal de Nhiêu Lôc – Thi Nghé s’est imposée comme axe paysager majeur, avec les artères Hoàng Sa et Truong Sa, qui serpentent le long des deux rives et accueillent les manifestations culturelles et les festivals nautiques de la métropole du Sud.
Photo: Truong Giang/CVN

"La rivière Saïgon - La rivière de ma ville"

La revitalisation des canaux ne se limite pas au simple renforcement des berges ou au dragage. Le projet d'assainissement environnemental de Hô Chi Minh-Ville – Phase 2, représentant un investment d'environ 10 606 milliards de dôngs, comprend un réseau de collecte, des collecteurs principaux ainsi qu'une station d'épuration des eaux usées d'une capacité de 480 000 m³/jour et nuit, desservant le bassin de Nhiêu Lộc - Thị Nghè et la zone est. L'avancement global atteint environ 82 %, avec 7 des 9 lots de construction déjà achevés. En d'autres termes, la métropole s'attaque directement à la source de la pollution au lieu de se contenter de "maquiller" la surface de l'eau.

Dans l'ancienne zone de Bình Dương, des projets de drainage à grande échelle sont également déployés. L'axe d'évacuation des eaux de Chòm Sao - Suối Dọn et le système de Bình Hòa ont permis de résorber les inondations sur un bassin versant de près de 2.900 hectares, englobant notamment une section de la route nationale 13 et la zone industrielle VSIP 1.

Ce chantier d'envergure ne se résume pas aux seuls grands travaux. Au cours du Mois de la Jeunesse 2026, les jeunes de Hô Chi Minh-Ville ont achevé la totalité des travaux de réhabilitation du ruisseau Tám Cao en seulement un jour et demi de mobilisation, dans le cadre de la quatrième phase du projet "La rivière Saïgon - La rivière de ma ville". Le cours d'eau a ensuite été remis aux autorités locales afin d'en assurer la gestion et la pérennité. Cette démarche revêt une importance cruciale, car la salubrité des canaux dépend en ultime ressort de la prise de conscience et de l'incivisme ou de la vigilance du quotidien des riverains.

De l'aveu même des autorités municipales, la principale complexité du programme réside dans le sort des habitations précaires bordant les cours d'eau, ainsi que dans la situation sociale critique des ménages vivant le long de l'arroyo Văn Thánh et du canal Đôi. Certains foyers de dix personnes s'entassent dans à peine 80 mètres carrés. D'autres occupent un logement d'un peu plus de 50 mètres carrés acquis en 1967, mais subissent à chaque marée basse l'accumulation des détritus qui viennent s'échouer sur les berges. De nombreux foyers espèrent une indemnisation équitable afin de pouvoir se réinstaller par leurs propres moyens. En contemplant la rive nord du canal Đôi, où les travaux ont déjà commencé, Mme Phạm Thị Phát confie : "Ce n'est que lorsque les deux rives seront achevées que le canal Đôi renaîtra vraiment."

Les ouvriers s'activent au dragage, à la construction de digues pérennes et à la rénovation paysagère des deux rives de l’arroyo Ba Do, un projet déployé le long de la route Vo Nguyên Giap avec un investissement de plus de 86 milliards de dôngs.
Photo : Truong Giang/CVN

La municipalité a préparé plusieurs options. Une enquête menée en 2025 par l'Institut d'études sur le développement de Hô Chi Minh-Ville révèle que 65,7 % des habitants préfèrent recevoir une indemnisation financière au prix du marché, 21,2 % optent pour un relogement sous forme de parcelle de terrain ou d'appartement, tandis que 13,1 % expriment d'autres souhaits. Le Service municipal de la construction estime qu'environ 60 % des foyers opteront pour la compensation financière afin de se reloger par eux-mêmes, tandis que 40 % (soit environ 15 300 ménages) nécessiteront une solution de relogement. Pour y répondre, la ville déploie 46 projets de logements de réinstallation, représentant plus de 18 100 appartements et terrains bâtissables, en donnant la priorité au maintien des habitants dans leur quartier de résidence ou à proximité.

Sur le plan politique, Đậu An Phúc, directeur du Comité de gestion des projets d'investissement et de construction des infrastructures urbaines, indique que le Comité permanent du Comité du Parti de la ville a approuvé l'application de mesures de soutien spécifiques pour les deux projets de la rive nord du canal Đôi et de l'arroyo Xuyên Tâm, suscitant une forte adhésion populaire, en particulier chez les propriétaires ne disposant pas de titres de propriété complets. La métropole finalise actuellement ce cadre réglementaire afin d'en étendre l'application. Également sur le plan local, le quartier de Thạnh Mỹ Tây a établi un plan d'accompagnement post-déménagement, accordant la priorité aux foyers comptant des personnes âgées, des personnes handicapées, des enfants ou vivant dans la précarité, tout en facilitant le transfert scolaire des élèves, l'accès à des prêts préférentiels et la recherche d'emploi.

Indemnisation et dégagement du foncier

Toutefois, de nombreux projets de plusieurs milliers de milliards de dôngs accusent encore des retards en raison d'obstacles juridiques, de contraintes d'infrastructures et de difficultés liées à la libération du foncier. Le projet de l'arroyo Xuyên Tâm a notamment connu une grande lenteur dans la remise des terrains, qui n'atteignait parfois qu'un peu plus de 21 %, contraignant la direction municipale à intervenir fermement. Le Comité de gestion du projet souligne que la principale difficulté réside dans le déplacement des réseaux techniques tels que l'électricité, l'eau potable et les télécommunications, directement tributaire du rythme de libération des voiries par les riverains.

Face à ce constat, le président du Conseil populaire de Hô Chi Minh-Ville, Võ Văn Minh, a exigé la conduite en parallèle des différents chantiers, désignant l'indemnisation et le dégagement du foncier comme le maillon clé conditionnant l'avancement de l'ensemble du programme.

L’arroyo Ba Do, long de près de 2 km, prend sa source à proximité de l'intersection avec la rue Nguyen Hoang (quartier d'An Khanh) et se jette dans la rivière Saïgon.
Photo: Truong Giang/CVN

Lors d'une visite d'inspection effectuée le 20 août, le premier vice-président du Conseil populaire, Nguyễn Văn Thọ, a invité les maîtres d'ouvrage à réexaminer minutieusement l'envergure, le coût total et l'origine des fonds, afin de garantir la faisabilité et l'efficacité des interventions, tout en évitant la dispersion des ressources et les surcoûts injustifiés.

Selon le Dr Phạm Viết Thuận, directeur de l'Institut d'économie des ressources et de l'environnement de Hô Chi Minh-Ville, la lenteur observée ces dernières années s'explique principalement par la limitation des ressources financières. Il préconise la diversification des sources de capitaux ainsi que le maintien de politiques stables et transparentes pour attirer les investisseurs, tout en exhortant à traiter cette démarche comme une mission prioritaire et continue, plutôt que sous forme d'actions morcelées ou de campagnes éphémères.

Sur le plan de la conception, l'architecte-urbaniste Ngô Viết Nam Sơn rappelle que de nombreux canaux ont été remblayés au fil du processus d'urbanisation, à l'image des actuelles avenues Nguyễn Huệ et Hàm Nghi. D'après lui, revitaliser le réseau hydraulique permet de raviver la mémoire urbaine tout en façonnant une "trame verte" reliant plans d'eau, espaces végétalisés et équipements publics. La présence de l'eau contribue en outre à rafraîchir le climat urbain, à filtrer les poussières, à résorber les nuisances sonores et à faciliter le drainage des eaux pluviales. Il souligne toutefois qu'"il ne convient pas d'imposer un modèle unique" à l'ensemble des réseaux. Qu'il s'agisse de prioriser l'évacuation des crues, de préserver un cadre naturel ou de développer le transport fluvial, chaque option peut s'avérer pertinente, à condition d'être en adéquation avec les objectifs propres à chaque projet.

Modèle d'aménagement intégré

Dans l'ensemble, la démarche de Hô Chi Minh-Ville a évolué d'une simple intervention sur les infrastructures vers un modèle d'aménagement intégré. Au terme de chaque projet, il ne s'agit plus seulement d'élever des digues, d'installer des collecteurs ou de tracer des voies de circulation, mais d'aménager des parcs, des promenades piétonnes et des espaces de vie communautaires au bord de l'eau. Cette orientation s'inscrit en parfaite adéquation avec les résolutions des congrès du Comité du Parti de la ville pour les mandats 2020-2025 et 2025-2030, qui désignent la lutte contre les inondations, le traitement des eaux usées et la rénovation urbaine comme des missions prioritaires.

D'ici 2030, Hô Chi Minh-Ville continuera d'accélérer la finalisation progressive des chantiers des canaux de Tham Lương - Bến Cát, Xuyên Tâm et Văn Thánh, tandis que le Conseil populaire examinera la politique d'investissement pour la rive sud du canal Đôi et l'arroyo Thủ Đức. Le succès de ce programme ne se mesurera pas uniquement au kilométrage de digues construites ou au nombre de logements relogés. Il s'évaluera également à l'amélioration du cadre de vie des habitants, bénéficiant d'un logement plus stable, d'une eau plus claire, de risques d'inondation réduits et d'espaces de promenade au quotidien. Comme le résument de nombreux riverains, leur aspiration profonde réside dans un lieu de vie propre, pérenne et serein.

Truong Giang/CVN

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