>> À Genève, le Vietnam mise sur la finance verte et l’agriculture durable
>> Développement d’une agriculture durable liée à la préservation des écosystèmes
>> Vers une agriculture durable grâce à la filière du cocotier biologique
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| La ferme intelligente Delco Farm, implantée dans la commune de Thuân Thành (province de Bac Ninh, au Nord), est un modèle d'agriculture de haute technologie. |
| Photos : Vietnam Illustré/CVN |
Au Vietnam, l'heure est à la mise en œuvre vigoureuse des percées stratégiques en matière de transformation numérique et d'innovation. L'écosystème national des start-up se trouve à la croisée des chemins, porté par une dynamique de croissance verte. Cependant, pour franchir les frontières nationales et séduire les investisseurs internationaux, les entreprises ne peuvent plus se contenter d'idées novatrices ou de technologies de pointe. Elles doivent désormais apporter la preuve irréfutable de la transparence de leurs données sur l'ensemble de leur chaîne de valeur.
La blockchain : une "infrastructure de la confiance"
Selon les experts, la crise de confiance qui frappe actuellement de nombreuses chaînes d'approvisionnement provient essentiellement d'un manque de synchronisation des données. Ces informations, souvent opaques ou vulnérables aux manipulations, empêchent les entreprises de certifier l'origine et le processus de fabrication de leurs produits. Ce déficit est particulièrement pénalisant face aux marchés exigeants en matière de critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG).
Jlo Trân, cofondatrice et directrice exécutive de VBI Academy, représentante de GFI Ventures, souligne ce changement de paradigme : "La blockchain est en train de passer du statut de technologie émergente à celui d'infrastructure de la confiance dans l'économie numérique. Grâce à sa capacité de stockage de données immuables et vérifiables, elle permet d'enregistrer l'intégralité du cycle de vie d'un produit. C'est un levier majeur pour renforcer la réputation de la marque et faciliter l'accès aux marchés internationaux".
Sur le terrain, la transparence n'est plus une option, mais le fondement même du commerce durable. Pour les secteurs de l'agriculture, de l'agroalimentaire ou les produits issus du programme OCOP (À chaque commune son produit), la traçabilité classique via de simples codes QR ne suffit plus. Une traçabilité authentique doit couvrir l'ensemble du parcours, des matières premières à la distribution, avec des données interconnectées et inviolables.
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| Les mangues Cát Chu de la province de Dông Tháp bénéficient désormais d'un suivi transparent, facilitant leur accès aux marchés internationaux les plus exigeants. |
| Photos : CTV/CVN |
À ce titre, le Vietnam enregistre déjà des succès notables. L'application de la blockchain pour le fruit du dragon ou la mangue Cát Chu à Dông Thap a permis non seulement de valoriser ces produits, mais aussi d'ouvrir les portes de nouveaux marchés d'exportation.
Le défi de la standardisation pour les PME
Malgré ces avancées, le chemin reste semé d'embûches. Plus de 97% des entreprises vietnamiennes sont des PME qui peinent encore à bâtir des systèmes de données transparents. Les informations relatives à la production et à la logistique sont souvent fragmentées, compliquant la démonstration de la qualité ou de l'origine des produits.
C'est ici qu'intervient le "trio technologique" : Intelligence artificielle (IA), Big Data et Internet des Objets (IoT). En numérisant et en analysant les données en temps réel, les entreprises peuvent optimiser leurs ressources et réduire leur empreinte énergétique. Couplées à la blockchain, ces technologies consolident la confiance du marché et assurent une gestion plus rigoureuse des opérations.
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| L'adoption des critères ESG (Environnement, Social et Gouvernance) agit comme un véritable "passeport" pour l'intégration des entreprises dans la chaîne de valeur mondiale. |
| Photos : VNA/CVN |
Cadre institutionnel et finance verte : les nouveaux leviers
Au-delà de la technologie, l'environnement des start-up vertes est façonné par un cadre législatif en pleine mutation. Trân Van Khai, vice-président de la Commission de la science, de la technologie et de l'environnement de l'Assemblée nationale, apporte un éclairage crucial. Selon lui, au Vietnam, l'ESG est comparable à "un passeport" pour une intégration internationale durable. "Bien que les entreprises subissent la pression des réglementations nationales et des partenaires étrangers, l'ESG apporte des bénéfices concrets : économies à long terme et accès aux capitaux verts. Cependant, l'ESG n'a de valeur que s'il est appliqué de manière substantielle, en évitant le piège du "greenwashing" ou des engagements purement formels", a-t-il remarqué.
Ces dernières années, le corridor juridique s'est précisé. La Loi sur la protection de l'environnement de 2020, complétée par les décrets no 08/2022 et no 05/2025, a posé les jalons d'une gestion environnementale plus transparente. Une étape majeure a été franchie avec la Décision no 21/2025/QĐ-TTg, entrée en vigueur en août 2025, qui définit pour la première fois la nomenclature nationale de classification verte. Ce texte permet d'orienter précisément les flux de capitaux vers les projets durables.
Parallèlement, la Loi sur l'industrie technologique numérique de 2025, qui prendra effet le 1er janvier 2026, devrait transformer l'évaluation des risques pour les projets d'innovation. Elle permettra aux institutions financières et aux fonds d'investissement d'auditer les projets numériques liés à la finance verte avec une précision accrue.
Vers un modèle d'entreprise circulaire
Le manque de données prouvant l'impact environnemental reste pourtant un frein majeur pour l'accès aux financements. Les experts conseillent aux entreprises de définir clairement leur positionnement au sein de la nomenclature verte nationale.
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| L'écosystème des start-up nationales se mobilise pour répondre aux défis climatiques par l'innovation numérique. |
| Photos : CTV/CVN |
Le Dr Pham Hông Hai, de la Faculté d'administration des affaires de l'Université de finance et de marketing, estime que les start-up vertes vietnamiennes font face à une double pression : Elles doivent "garantir la croissance économique" tout en répondant aux "exigences de réduction des émissions et de préservation des ressources". D’expliquer également que "dans ce contexte, le modèle d'économie circulaire ne considère pas le "vert" comme un simple attribut du produit, mais comme une organisation systémique de l'entreprise, de la chaîne d'approvisionnement aux mécanismes de distribution de la valeur".
Pour soutenir cette transition, le ministère des Finances a déployé un outil politique de premier plan : la Liste de classification verte. Celle-ci recense 45 types de projets répartis dans 7 secteurs clés, tels que les énergies renouvelables, les transports verts ou l'agriculture circulaire. Il s'agit d'une avancée décisive pour mobiliser les ressources nationales et internationales en faveur du développement durable.
À l'ère du numérique, la confiance du marché se construit sur des données vérifiables. En misant sur la transparence de leurs opérations, les start-up vietnamiennes ne se bornent pas de répondre à des normes ; elles se forgent un avantage compétitif pour s'imposer comme les futurs leaders de l'économie verte.
Hông Anh/CVN







