Public et privé, les forces du développement

À Hô Chi Minh-Ville, la réforme du secteur public invite à repenser les relations entre l’État et les entreprises privées. Objectif : mieux conjuguer leurs atouts pour soutenir les infrastructures stratégiques, stimuler l’innovation et renforcer la compétitivité de la métropole.

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Le secteur public doit poursuivre sa restructuration pour gagner en efficacité et renforcer sa capacité d’impulsion. 
Photo : VNA/CVN

Les secteurs public et privé ne sont pas nécessairement concurrents. Ils peuvent remplir des fonctions complémentaires : à l’État reviennent l’orientation, la garantie des grands équilibres et les investissements structurants, tandis que le privé constitue un moteur essentiel de croissance, d’innovation et d’ouverture internationale.

À Hô Chi Minh-Ville, les sociétés privées restent toutefois souvent de taille modeste, avec des capacités technologiques et une participation aux chaînes de valeur mondiales encore limitées. L’écosystème de l’innovation peine également à faire émerger des entreprises technologiques de grande envergure.

Le secteur public doit lui aussi poursuivre sa restructuration pour gagner en efficacité et renforcer sa capacité d’impulsion. La mégapole du Sud en gère actuellement près de 50 sociétés, détenues à 100% par l’État ou engagées dans un processus de désengagement.

Selon Trân Anh Tuân, président du conseil d’administration de la Société de développement industriel Tân Thuân, malgré les difficultés de la période 2021-2023, les bénéfices après impôts et le rendement des capitaux propres des entreprises publiques ont continué de progresser.

Accélérer les investissements

Après la fusion, Hô Chi Minh-Ville compte de nombreuses entreprises entièrement publiques ainsi que des sociétés par actions dans lesquelles l’État conserve une participation majoritaire. Pour Nguyên Thê Duy, vice-président du conseil d’administration de Becamex, ces entreprises disposent d’importantes ressources financières et de capacités en matière d’infrastructures et de développement.

Il préconise une feuille de route claire pour leur transformation en sociétés par actions, ainsi qu’une simplification des procédures d’investissement et d’augmentation de capital afin d’accélérer les projets stratégiques.

“Une entreprise publique en développement n’est pas seulement une société commerciale. Elle constitue aussi un instrument permettant à l’État d’investir dans les secteurs qui contribuent au développement local : les infrastructures logistiques, les zones industrielles, la santé, l’éducation ou encore les grands ouvrages de connexion”, explique-t-il.

Les experts recommandent parallèlement de distinguer les entreprises exerçant des fonctions essentielles de celles pouvant être transformées en sociétés par actions ou cédées. Les recettes des désengagements pourraient être réinvesties dans les infrastructures et les secteurs prioritaires, en évitant les projets dispersés.

Pour le Pr.-Dr. Vo Xuân Vinh, directeur de l’Institut de recherche en affaires de l’Université d’économie de Hô Chi Minh-Ville, le public doit garantir une concurrence équitable et intervenir dans les domaines où le privé hésite encore à investir, notamment l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs ou les grandes infrastructures.

“L’État crée un mécanisme équitable, participe au marché dans des conditions équitables et investit dans les secteurs difficiles, les grandes infrastructures et les projets nécessitant des capitaux importants. Les entreprises publiques interviennent tout en encourageant les sociétés privées à participer”, souligne-t-il.

Dans un supermarché de Saigon Trading Group (SATRA), l’une des plus grandes entreprises publiques de Hô Chi Minh-Ville. 
Photo : TP/CVN

L’intervention publique doit ainsi permettre de créer les conditions d’émergence de nouveaux marchés, sans se substituer durablement à l’initiative privée.

Au-delà de la rentabilité

La réforme des entreprises publiques ne se limite pas à l’actionnarisation. Elle peut également passer par une meilleure gouvernance, l’ouverture à la concurrence, la régulation et différentes formes de partenariat avec le secteur privé. L’objectif est également de faire émerger de grands groupes capables d’exercer une influence sur leur marché et d’entraîner les acteurs qui les entourent.

“Toutes les économies ont besoin de grandes entreprises, de véritables locomotives capables de guider leur écosystème”, affirme Nguyên Dinh Tùng, directeur général de Vina T&T Group. Selon lui, les grandes sociétés nationales jouent un rôle moteur dans le développement de leur environnement économique.

Pour le Dr. Nguyên Thê Khang, de l’Université de finance et de marketing, les Résolutions 68 et 79 du Politburo sur le développement du public et du privé soulignent que ces secteurs sont complémentaires. Le premier doit contribuer à la stabilité macroéconomique, aux infrastructures stratégiques et aux services essentiels, tandis que le second doit tirer parti de son dynamisme pour innover, améliorer la productivité, créer des emplois et élargir les marchés.

La performance financière ne peut toutefois constituer l’unique critère d’évaluation des entreprises publiques.

“Le secteur public doit être considéré sous l’angle de l’intérêt social et non uniquement à travers le rendement financier. Un projet peut sembler inefficace financièrement, tout en apportant des bénéfices considérables à la population, aux entreprises et à l’image de la collectivité”, analyse Nguyên Thê Khang.

Les partenariats public-privé (PPP) et les coopérations au sein des chaînes de valeur prennent ainsi une importance croissante. Le PPP permet de réunir les ressources publiques, les capitaux, les technologies et les capacités de gestion du privé afin d’améliorer l’efficacité des investissements.

L’enjeu n’est donc pas de substituer un secteur à l’autre, mais de mieux articuler leurs atouts. Le public peut assumer son rôle structurant et investir là où les risques ou les besoins de capitaux sont élevés, tandis que le privé apporte dynamisme, innovation et capacité d’expansion.

Thao Nguyên/CVN


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