Préservation de la culture khmère dans le nouvel espace de développement

Le ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme, celui de la Police, le Comité des affaires ethniques et religieuses ainsi que le Comité populaire municipal de Cân Tho ont coprésidé récemment une conférence intitulée "Préserver et promouvoir les valeurs culturelles traditionnelles de l'ethnie khmère".

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Ont participé à cette conférence la vice-ministre de la Culture, des Sports et du Tourisme, Trinh Thi Thuy ; le vice-ministre des Affaires ethniques et religieuses Y Thông ; des représentants des ministères et organismes centraux et locaux ; des chercheurs et experts en ethnologie, patrimoine et tourisme ; ainsi que des dignitaires et moines du bouddhisme theravāda khmer et des personnalités influentes de la communauté khmère.

Course de bœufs à An Giang.
Photo : CTV/CVN

La communauté khmère compte actuellement plus de 1,3 million de personnes, vivant principalement dans le Sud du Vietnam : An Giang, Cà Mau, Cân Tho, Dông Nai, Dông Thap, Tây Ninh, Hô Chi Minh-Ville et Vinh Long.

Cette communauté, installée depuis longtemps dans la région, a façonné un espace culturel original et fortement identitaire, jouant un rôle important dans la culture vietnamienne unifiée.

Actuellement, le Sud-Ouest du pays compte plus de 450 pagodes bouddhistes theravāda khmères. Ces temples occupent une place essentielle dans la vie communautaire : ils sont non seulement des centres religieux et spirituels, mais aussi des lieux de préservation et de transmission de la langue, de l’écriture, de l’éducation morale et des valeurs culturelles traditionnelles aux jeunes générations khmères.

Les fêtes traditionnelles telles que Chôl Chnăm Thmây, Sene Dolta, Oóc Om Bók ou encore les courses de pirogues Ngo continuent d’être célébrées dans les localités où vit une forte population khmère.

Ces événements ne sont pas seulement des activités culturelles et spirituelles communautaires, mais aussi des espaces de pratique et de transmission de nombreuses formes artistiques traditionnelles telles que le théâtre Dù kê, le Rô băm, la musique Ngu âm, le chant Aday, les danses Chăn, Rom vong ou Lâm thôn.

Plusieurs formes du patrimoine culturel khmer ont été inscrites à la Liste nationale du patrimoine culturel immatériel, notamment : l’art du Dù kê khmer du Sud, le théâtre Rô băm, la fête Oóc Om Bók, la musique folklorique Ngũ âm, le métier traditionnel de fabrication du cốm dẹp ou encore les danses populaires khmères.

Selon la vice-présidente du Comité populaire de la ville de Cân Tho, Nguyên Thi Ngoc Diêp, la province de Sóc Trang compte actuellement de nombreuses pagodes bouddhistes theravāda khmères de renom. Parmi elles, deux pagodes - Kh’leang et Dơi sont classées monuments nationaux. De nombreux artisans issus des minorités ethniques de la région ont également reçu du Président vietnamien les titres d’"Artiste du peuple" et d’"Artiste émérite" dans le domaine du patrimoine culturel immatériel.

Parmi les patrimoines culturels immatériels du Sud figure un patrimoine reconnu au niveau de l’humanité : l’art du don ca tài tu (chant des amateurs) du Sud, ainsi que de nombreux patrimoines inscrits à la Liste nationale du patrimoine culturel immatériel, dont l’art folklorique du chant Aday des Khmers.

Nguyên Thi Ngoc Diêp a souligné que les localités accordaient depuis longtemps une attention particulière à la préservation et à la valorisation de la culture traditionnelle khmère.

Les municipalités mettent également en œuvre de manière coordonnée et efficace les politiques ethniques nationales, notamment le Programme national cible de développement socio-économique des régions montagneuses et des zones peuplées de minorités ethniques.

Plusieurs provinces comptant une importante population khmère intensifient leurs efforts pour préserver et promouvoir les valeurs culturelles de cette communauté.

Prenant la parole lors de la conférence, la vice-ministre Trinh Thi Thuy a souligné que, grâce aux orientations du Parti et aux politiques de l’État en matière ethnique et culturelle, la préservation et la valorisation de la culture khmère avaient obtenu de nombreux résultats positifs.

Cependant, la réalité actuelle pose encore de nombreuses difficultés et défis. Certaines formes culturelles traditionnelles risquent de disparaître ; les artisans vieillissent ; et la transmission culturelle au sein des communautés, notamment auprès des jeunes générations, reste difficile.

En outre, l’urbanisation, les migrations de travail et l’économie de marché transforment progressivement l’espace culturel traditionnel des minorités ethniques en général, et des Khmers en particulier.

Pour que la culture khmère continue de rayonner

Pour Nguyên Hoàng Hành, responsable du ministère des Affaires ethniques et religieuses, le problème le plus préoccupant aujourd’hui n’est pas seulement le risque d’érosion culturelle, mais plus profondément encore celui d’une rupture de la transmission culturelle chez les jeunes générations.

Danse des tambours Chhay-dăm à An Giang.
Photo : CTV/CVN

Il a également estimé que certaines politiques restaient dispersées et manquaient de coordination, tandis que certaines actions de préservation demeuraient trop administratives ou symboliques. Certaines valeurs culturelles risquent même d’être commercialisées ou "mises en scène", au détriment de leur environnement culturel originel.

Dans ce nouveau contexte, il devient donc nécessaire de renouveler profondément la gouvernance culturelle ainsi que les politiques ethniques et religieuses, notamment en développant des politiques intégrées, interdisciplinaires et adaptées aux nouvelles réalités du développement.

Nguyên Hoàng Hành a insisté sur la nécessité de passer d’une logique de "préservation culturelle pure" à une approche de "gestion du développement fondée sur les valeurs culturelles". L’État doit jouer un rôle de facilitateur du développement, tandis que la communauté doit devenir le véritable acteur central de la préservation, de la création et de la diffusion culturelle.

"La transformation numérique ne consiste pas seulement à numériser des données culturelles, mais aussi à numériser la capacité de diffusion de l’identité culturelle et à reconnecter les jeunes générations à leurs racines par des moyens modernes et attractifs", a-t-il souligné.

Dans le domaine éducatif, le Dr. Ngô Sô Phe, recteur de l’École des langues, cultures et arts khmers du Sud et des sciences humaines (CLASKA) relevant de l’Université de Trà Vinh, a estimé qu’il fallait continuer à renforcer le rôle des établissements éducatifs dans la formation des ressources humaines culturelles et artistiques, la formation des enseignants ainsi que le développement d’intellectuels et d’artistes maîtrisant la langue et la culture khmères.

Selon lui, le développement de la recherche scientifique et la numérisation des valeurs culturelles des régions khmères contribueront à créer davantage de ressources pour préserver et promouvoir l’identité culturelle dans cette nouvelle phase de développement.

Les participants à la conférence ont également partagé l’idée que, dans le contexte actuel, la préservation de la culture khmère doit être envisagée dans une perspective plus large, non seulement comme une sauvegarde du patrimoine, mais aussi comme un levier de développement socio-économique et d’amélioration des conditions de vie des communautés.

Minh Thu/CVN

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