>> Le Vietnam à la tribune spatiale
>> Porter la coopération économique Vietnam - France à un nouveau niveau
>> La presse française salue la nouvelle dynamique des relations France - Vietnam
>> Vietnam nouveau, nouvelles opportunités pour les entreprises françaises
![]() |
| Le réacteur nucléaire EPR de Flamanville (Manche). |
| Photo : AFP/VNA/CVN |
À l’occasion de la visite en France du secrétaire général du Parti et président Tô Lâm, le Dr. Vu Minh Ngoc a avancé plusieurs pistes pour renforcer les échanges franco-vietnamiens dans les domaines de la formation et de la recherche.
"S’il s’agit uniquement de construire et d’exploiter une centrale nucléaire, nous pouvons acheter des technologies et travailler avec des partenaires internationaux. Mais pour véritablement développer une industrie nucléaire durable et parvenir progressivement à maîtriser les technologies, le Vietnam doit préparer ses ressources humaines dès maintenant et se doter d’une stratégie à long terme", souligne-t-il.
Créer ensemble
Le Vietnam connaît des besoins importants en énergie et souhaite développer des technologies stratégiques. La France pourrait constituer un partenaire important, notamment dans les domaines de l’énergie et du nucléaire, où elle possède une solide base scientifique et industrielle, tandis que le Vietnam dispose de besoins importants en matière de développement et d’application.
Le développement de l’énergie nucléaire ne se résume pas à la construction de quelques centrales. Il peut également contribuer à faire émerger tout un écosystème scientifique et technologique, couvrant les matériaux, la mécanique de précision, l’automatisation, l’électronique, les technologies de l’information, ainsi que la sûreté et la protection de l’environnement.
L’enjeu consiste ainsi à passer progressivement d’une approche fondée sur la "coopération pour recevoir des technologies" à une démarche de "coopération pour créer ensemble des connaissances et des technologies".
Envoyer des étudiants au Vietnam en France pour y suivre une formation est nécessaire, mais ne suffit pas. Les échanges pourraient évoluer vers la codirection de doctorants, l’élaboration de programmes communs et la réalisation de projets scientifiques associant universités, instituts de recherche et entreprises des deux pays.
Couvrir tous les métiers
Le Vietnam doit préparer des compétences couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur du secteur nucléaire. Un programme électronucléaire requiert non seulement des ingénieurs en physique nucléaire, mais aussi des spécialistes de la mécanique, de l’électricité, de l’automatisation, des matériaux, de la chimie, des technologies de l’information, de la construction, de la géologie, de la sûreté, de l’environnement et de la gestion de projets.
La France pourrait jouer un rôle important dans ce processus. Son expérience dans le domaine de l’énergie nucléaire et son écosystème relativement complet offrent au Vietnam la possibilité de tirer des enseignements sur la préparation des compétences nécessaires à l’ensemble de la chaîne de valeur.
Les échanges ne devraient donc pas se limiter à l’envoi d’étudiants vietnamiens en France avant leur retour au pays. Ils pourraient progressivement s’appuyer sur la codirection de doctorants, des programmes d’enseignement communs et des projets de recherche menés conjointement.
La participation directe de scientifiques vietnamiens à des projets conduits avec leurs homologues français leur permettrait d’acquérir non seulement des connaissances, mais aussi des méthodes de recherche, des pratiques d’organisation de projets et une culture scientifique. Autant d’éléments susceptibles de contribuer à la construction progressive des capacités scientifiques et technologiques du Vietnam.
Consolider les capacités nationales
Le renforcement des capacités de recherche au Vietnam doit également se poursuivre. Les programmes internationaux devraient permettre aux équipes nationales de progresser sur plusieurs plans : compétences, méthodes, infrastructures et réseaux scientifiques.
![]() |
| Le Dr. Vu Minh Ngoc, spécialiste vietnamien travaillant à l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA). |
| Photo : CTV/CVN |
Après une formation à l’étranger, un scientifique doit pouvoir poursuivre ses travaux au Vietnam, constituer son équipe, encadrer des étudiants et contribuer à former la génération suivante. C’est à cette condition que les connaissances acquises pourront se diffuser et produire des effets durables.
Ces dernières années, le Dr. Vu Minh Ngoc a eu l’occasion d’accompagner et de mettre en relation plusieurs enseignants, chercheurs et doctorants vietnamiens avec des universités et des équipes scientifiques en France, à travers des projets auxquels il participait.
"Ce que je souhaite, ce n’est pas seulement aider quelqu’un à obtenir un doctorat ou à acquérir quelques années d’expérience à l’étranger. L’essentiel est qu’ensuite, cette personne puisse continuer à développer son expertise, ouvrir de nouvelles pistes de recherche et maintenir son réseau avec des collègues internationaux", explique-t-il.
Une expertise à distance
La communauté vietnamienne active dans les sciences, les technologies et l’ingénierie en France et, plus largement, en Europe constitue une ressource précieuse pour le Vietnam.
Au fil de ses années d’études et de travail en France, le Dr. Vu Minh Ngoc a rencontré de nombreux Vietnamiens hautement qualifiés travaillant dans des universités, des instituts de recherche, des groupes industriels et des entreprises technologiques. Beaucoup souhaitent contribuer à leur pays, mais ne disposent pas encore de mécanismes de mise en relation adaptés.
Le réseau des spécialistes vietnamiens de l’énergie nucléaire à l’étranger (VietNuc) en est un exemple. Il rassemble des Vietnamiens expérimentés dans le domaine nucléaire et travaillant dans plusieurs pays européens, notamment en France, en Belgique, au Royaume-Uni, en Autriche et en Italie, ainsi que dans d’autres pays.
"Ce qui me réjouit, c’est l’enthousiasme des membres et leur volonté de contribuer au programme électronucléaire du Vietnam. C’est une ressource qu’il faut, à mon sens, mieux connecter et valoriser", affirme-t-il.
Contribuer au Vietnam ne signifie pas nécessairement rentrer au pays pour y travailler. Depuis l’étranger, un scientifique ou un ingénieur peut participer à la formation, encadrer des étudiants et des doctorants, mener des travaux conjoints, partager son expertise ou mettre le Vietnam en relation avec des partenaires internationaux.
Il est donc nécessaire de disposer de mécanismes plus actifs pour rapprocher ces spécialistes des universités, instituts de recherche et entreprises du pays.
Des réseaux organisés par domaines d’expertise pourraient permettre aux organismes vietnamiens d’identifier plus facilement les spécialistes correspondant à leurs besoins. En retour, les scientifiques établis à l’étranger doivent mieux connaître les besoins et les enjeux scientifiques et technologiques auxquels le Vietnam souhaite répondre.
La mise en relation de ces deux ressources permettrait au Vietnam de mieux valoriser les connaissances et l’expérience de sa communauté scientifique à l’étranger, tout en renforçant progressivement ses capacités scientifiques et technologiques nationales sur le long terme.
Thao Nguyên/CVN





