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| L’ambassadeur de France au Vietnam, Olivier Brochet (droite), s’entretient avec Dang Nguyên Ngu, directeur général de Schneider Electric pour le Vietnam et le Cambodge. |
| Photo : Thanh Hiêp/VNA/CVN |
"Le Vietnam n’a pas seulement besoin de davantage de capitaux. Il a aussi besoin de technologies, de savoir-faire et d’une montée en gamme vers des activités à plus forte valeur ajoutée", souligne Adam Koulaksezian, directeur général de la Chambre de commerce et d’industrie française au Vietnam (CCIFV).
Des secteurs stratégiques pour approfondir les investissements
Depuis l’élévation des relations Vietnam - France au niveau de partenariat stratégique intégral en 2024, les deux pays disposent d’un cadre de coopération plus ambitieux. La visite en France de Tô Lâm constitue, selon Adam Koulaksezian, une occasion de transformer ce cadre en projets concrets et de donner un nouvel élan aux relations économiques bilatérales.
La CCIFV a notamment étudié la Résolution N°10 sur l’investissement étranger, dont le message est, selon lui, particulièrement clair : le Vietnam ne cherche pas uniquement à attirer davantage de capitaux, mais aussi à acquérir des technologies et des compétences lui permettant de progresser vers les segments à plus forte valeur ajoutée.
"La question n’est donc pas seulement de savoir où les entreprises françaises peuvent investir, mais aussi dans quels domaines leurs technologies et leurs compétences peuvent contribuer aux ambitions du Vietnam", explique-t-il.
Parmi les secteurs prioritaires - semi-conducteurs et électronique, intelligence artificielle et données, biotechnologies, énergie et matériaux avancés, industrie verte, logistique ou encore services financiers –, trois grands ensembles offrent, à ses yeux, des perspectives particulièrement prometteuses.
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| Adam Koulaksezian, directeur général de la Chambre de Commerce et d’Industrie française au Vietnam. Photo : CCIFV/CVN |
Le premier concerne les infrastructures, notamment le ferroviaire, les métros urbains, la future ligne ferroviaire à grande vitesse Nord-Sud, l’énergie, l’eau et les services urbains. Les entreprises françaises disposent déjà d’une expérience au Vietnam à travers leur participation aux projets de métro à Hanoï et à Hô Chi Minh-Ville. Elles peuvent également apporter leur expertise en matière de transfert de compétences techniques et d’exploitation.
Dans le domaine de l’énergie nucléaire, la France dispose d’une chaîne industrielle parmi les plus complètes au monde. Dans l’immédiat, sa contribution pourrait notamment porter sur la formation d’ingénieurs, de techniciens et de spécialistes de la sûreté, en amont de la construction des premières centrales nucléaires vietnamiennes.
Le deuxième ensemble est celui de l’innovation et des technologies de pointe, avec les semi-conducteurs, l’aéronautique et le spatial, l’IA, les infrastructures de données et la formation. La France possède des atouts reconnus dans les domaines spatial et satellitaire, de l’électronique sécurisée et des logiciels industriels, ainsi qu’un important réseau d’écoles d’ingénieurs et d’établissements d’enseignement supérieur coopérant avec le Vietnam, à l’image de l’Université des sciences et technologies de Hanoï (USTH).
Le troisième concerne les futurs centres financiers internationaux de Hô Chi Minh-Ville et de Dà Nang. Pour Adam Koulaksezian, un centre financier ne peut fonctionner avec le seul cadre réglementaire : il doit également pouvoir compter sur des banques, sociétés de gestion d’actifs, assureurs, cabinets d’audit, entreprises de fintech et cabinets juridiques capables d’y installer des équipes.
D’autres secteurs demeurent également porteurs, notamment la santé – vaccins, hôpitaux et produits pharmaceutiques –, l’agroalimentaire et la transition verte. Le commerce de détail, souvent moins visible lorsqu’il est question de grands projets, mérite lui aussi d’être pris en compte. La CCIFV constate en effet l’arrivée régulière de nouvelles entreprises françaises sur le marché vietnamien.
De l’investissement au transfert de technologies
Le secteur aéronautique et spatial illustre particulièrement bien la profondeur que peut atteindre la coopération technologique franco-vietnamienne. Airbus est présent au Vietnam à travers ses activités et partenariats liés à la maintenance, à la formation des pilotes et des ingénieurs, ainsi qu’aux moteurs et équipements. Le satellite VNREDSat-1 a également été développé avec la participation de l’industrie française, accompagnée de formations d’ingénieurs vietnamiens en France.
L’énergie et l’industrie constituent un autre domaine majeur. Plusieurs usines sont aujourd’hui exploitées par des équipes vietnamiennes, tandis que les fournisseurs locaux se développent et que les capacités nationales sont progressivement renforcées.
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| Conférence de haut niveau Vietnam - France, consacrée à la coopération dans le déploiement de technologies et de produits stratégiques destinés au développement de vaccins de nouvelle génération au Vietnam, le 9 juillet à Hanoï. |
| Photo : VNA/CVN |
Dans le domaine de la santé, la coopération autour de la production de vaccins entre Sanofi et VNVC constitue un exemple de transfert technologique et de développement de capacités locales.
L’éducation joue elle aussi un rôle essentiel dans cette dynamique. Les programmes franco-vietnamiens, notamment ceux de l’USTH ainsi que les formations en management et en ingénierie, ont contribué à former des milliers d’étudiants. Nombre d’entre eux travaillent aujourd’hui dans des entreprises vietnamiennes et internationales.
Pour le directeur général de la CCIFV, ces expériences ont un point commun : une présence inscrite dans la durée, avec des équipes vietnamiennes de plus en plus autonomes et une chaîne d’approvisionnement faisant une place croissante aux entreprises locales.
Cette évolution doit également conduire à repenser la manière d’évaluer l’efficacité des investissements étrangers. "Il ne faut pas seulement regarder le montant des capitaux enregistrés, mais aussi les technologies transférées et le degré de participation des entreprises vietnamiennes aux chaînes de valeur", estime-t-il, conformément à l’esprit de la Résolution N°10.
Trois leviers pour attirer davantage de projets à haute valeur ajoutée
Pour les trois à cinq prochaines années, l’enjeu sera précisément de faire évoluer la coopération économique franco-vietnamienne, en passant de projets principalement axés sur les produits et services à des investissements plus approfondis dans la R&D, la production de composants à forte valeur ajoutée et le développement des compétences.
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| Le secrétaire général du Parti communiste du Vietnam et président de la République, Tô Lâm (gauche), reçu par le président français Emmanuel Macron, le 10 septembre à Paris. |
| Photos : VNA/CVN |
Adam Koulaksezian identifie trois priorités.
La première est de poursuivre la réforme administrative et d’améliorer la prévisibilité du cadre juridique. Les investisseurs français ont généralement une vision de long terme, mais les projets technologiques de grande envergure nécessitent des règles stables et transparentes concernant les autorisations, le foncier, l’énergie, les données et la protection de la propriété intellectuelle.
Les réformes visant à simplifier les procédures, à réorganiser les collectivités territoriales et à mettre en place un cadre juridique plus favorable aux sciences et aux technologies vont dans la bonne direction. Les investisseurs observent toutefois de près leur mise en œuvre au niveau local et, surtout, les délais nécessaires à la concrétisation d’un projet.
La deuxième priorité est la formation des ressources humaines. Le Vietnam dispose d’un vivier important d’ingénieurs talentueux, mais certaines filières restent confrontées à une pénurie de compétences, notamment les semi-conducteurs, l’aéronautique et le spatial, le nucléaire et les logiciels avancés. Le développement de formations conjointes entre universités et entreprises françaises et vietnamiennes, y compris dans l’enseignement professionnel, pourrait constituer un axe d’action rapidement renforcé par les deux gouvernements.
Enfin, la troisième condition est de donner des signaux de marché suffisamment clairs. Les investisseurs dans les technologies de pointe doivent pouvoir évaluer les débouchés de leurs produits. Cela suppose notamment des calendriers précis pour les achats publics dans les domaines ferroviaire, énergétique et numérique, ainsi qu’un traitement équitable des entreprises étrangères dans les procédures d’appel d’offres.
Dans ce contexte, la visite en France de Tô Lâm apparaît comme une opportunité pour mieux faire connaître à la communauté d’affaires française les transformations engagées par le Vietnam et pour stimuler de nouveaux partenariats avec les entreprises vietnamiennes.
L’enjeu dépasse ainsi la seule augmentation des flux d’investissement. Il s’agit de construire une nouvelle génération de projets franco-vietnamiens, capables d’associer capitaux, technologies, recherche, formation et intégration des entreprises locales dans les chaînes de valeur. Pour les entreprises françaises, le "Vietnam nouveau" pourrait ainsi devenir un espace de croissance, mais aussi un partenaire industriel et technologique de long terme.
Nghi Vu - Câm Sa/CVN






