Le Vietnam tout entier ramène ses héros au pays

Plus d’un demi-siècle après la guerre, la recherche et le rapatriement des restes des soldats tombés au combat se poursuivent sur les anciens champs de bataille. À Quang Tri, l’une des terres les plus durement éprouvées par la guerre, chaque dépouille retrouvée et chaque identité établie constituent une émouvante victoire de la mémoire et un témoignage de la profonde gratitude de toute la nation envers ceux qui ont sacrifié leur vie pour l’indépendance et la liberté de la Patrie.

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Le 3 octobre, l’équipe N°1 de recherche et de rapatriement des dépouilles de martyrs, relevant du Département politique du Commandement militaire provincial de Quang Tri, a retrouvé et exhumé trois nouvelles dépouilles dans une forêt de melaleuca du hameau de Bai Dinh, commune de Dan Hoa, province de Quang Tri, avant de les rapatrier. 
Photo : VNA/CVN

Les soldats d’aujourd’hui à la recherche de ceux d’hier

À Quang Tri, une recherche peut parfois commencer par une information toute simple : un habitant se souvient de l’endroit où des soldats sont tombés, un ancien combattant indique le lieu où un camarade a été enterré, ou des vestiges de guerre sont découverts fortuitement lors de travaux.

Le 22 septembre 2026, après avoir reçu des informations faisant état de la présence possible de restes de soldats tombés au combat dans le quartier de Thành Cô, à Quang Tri, l’équipe N°2 chargée de la recherche et du rapatriement des restes de soldats tombés au combat, relevant du Département politique du Commandement militaire provincial, a lancé des opérations de reconnaissance et de fouille.

Sous les couches de terre et de gravats, les vestiges laissés par les soldats d’autrefois sont peu à peu apparus : toile de tente, caisses et boîtes de munitions, sac à dos… En élargissant la zone de recherche, les équipes ont découvert des fragments de tibia, de fémur et des vertèbres mêlés à la terre et aux pierres. Six dépouilles ont ainsi été retrouvées et rapatriées.

Les soldats sont remontés de la terre. Leurs restes ont été placés dans un lieu de recueillement, où ils sont soigneusement conservés et honorés. Sur le terrain, les recherches se poursuivent, mètre après mètre, avec l’espoir qu’aucun homme ne demeure encore sous cette terre qui fut autrefois un champ de bataille.

Ce qui rend ces recherches si particulières, c’est que les soldats d’aujourd’hui n’ont, pour la plupart, jamais connu ceux qu’ils recherchent. Plus d’un demi-siècle les sépare, sans aucun lien de sang. Pourtant, un lien invisible les unit : les soldats d’aujourd’hui recherchent les soldats d’hier.

Un homme est tombé autrefois, dans l’uniforme de son temps. Plus d’un demi-siècle plus tard, un autre homme, vêtu d’un uniforme différent, se penche sur la terre et recherche patiemment un fragment d’os, une dent, un bouton ou le moindre objet ayant appartenu à celui qui a disparu.

Derrière chaque opération de recherche se trouvent des familles qui attendent depuis des dizaines d’années. Certaines ne possèdent plus qu’un avis de décès de leur père, de leur mari, de leur frère ou de leur proche, sans savoir précisément où repose l’être aimé.

Retrouver les restes n’est donc pas la fin du chemin.

Redonner un nom à ceux qui sont tombés

Les recherches des restes des martyrs se poursuivent dans la province de Quang Tri.
Photo : VNA/CVN

Parallèlement aux recherches sur les anciens champs de bataille, une autre quête est menée dans les cimetières militaires de Quang Tri : celle de l’identité de soldats inhumés depuis des décennies dont les tombes ne portent toujours pas leur nom complet ni leur lieu d’origine.

Après 190 jours de mise en œuvre de la campagne des "500 jours et nuits", au 20 septembre 2026, Quang Tri avait achevé l’exhumation de 22.864 tombes dans les 130 cimetières de la province. Au total, 13.221 échantillons biologiques avaient été prélevés pour les analyses ADN, ainsi que des échantillons sur 73 dépouilles nouvellement retrouvées.

Chaque échantillon porte un espoir. D’un côté, ce qui subsiste d’un homme disparu ; de l’autre, les données génétiques de ceux qui vivent encore. La science tente de relier ces deux rives du temps, afin que ceux qui ont donné leur vie il y a des décennies puissent retrouver leur nom, leur terre natale et leur lieu de repos.

Au 20 septembre, les forces de Quang Tri avaient retrouvé et rapatrié 175 dépouilles de soldats tombés au combat. Après cette date, les recherches se sont poursuivies. Le 22 septembre, l’équipe n°2 en a retrouvé six autres dans le quartier de Thanh Co.

Retrouver un homme est déjà difficile. Lui rendre son identité peut être un chemin encore plus long.

Toute la nation se souvient de ses héros

La guerre a laissé des pertes que toutes les recherches ne peuvent malheureusement pas réparer.

Certains ont été retrouvés sans que leur nom puisse être établi. D’autres reposent encore quelque part sous les anciens champs de bataille. Certains ont disparu dans les eaux de la rivière Thach Han, où le temps et les transformations du cours d’eau ont effacé les dernières traces de leur passage.

Mais pour ceux qui ont sacrifié leur vie, il n’y a pas d’oubli.

La Campagne des 500 jours et nuits se poursuit dans la province de Quang Tri pour ne pas laisser les martyrs tomber dans l'oubli.
Photo : VNA/CVN

Selon Nguyên Thi Trang, directrice du Comité de gestion du site historique de la citadelle de Quang Tri, après les 81 jours et nuits de combats de 1972, nul ne sait encore exactement combien de soldats sont tombés ni combien reposent toujours sur cette terre. Pourtant, à la citadelle, ils ont toujours un lieu où leurs camarades et les générations suivantes viennent se recueillir.

Chaque 16 septembre, date marquant la fin des 81 jours et nuits de combats pour défendre la citadelle et la ville de Quang Tri en 1972, anciens combattants, familles de martyrs et habitants se rendent sur les lieux. Pour ceux qui sont attachés à la citadelle, cette journée est aussi celle où l’on retrouve symboliquement ceux qui y ont combattu et sont tombés.

Le colonel Truong Viêt Hai, commissaire politique du Commandement militaire provincial de Quang Tri, souligne que retrouver et rapatrier les restes constitue un résultat précieux. Mais ce que les familles espèrent plus que tout, c’est connaître le nom, le lieu d’origine et la dernière demeure de leur proche disparu.

"Pour nous, chaque dépouille retrouvée est un retour ; chaque identité établie permet à une famille d’alléger sa douleur et à une mère, une épouse ou un enfant de pouvoir enfin prononcer le nom de l’être cher devant sa tombe", confie-t-il.

Et lorsque la guerre et le temps ont effacé jusqu’à la dernière trace d’un homme, il lui reste encore un lieu où sa mémoire demeure.

À la citadelle, il y a ses camarades. Au pied des remparts s’étend la terre qu’ils ont autrefois défendue. Plus loin coule la Thach Han, rivière qui a accompagné tant d’hommes vers le combat et qui en a gardé tant d’autres. Les volutes d’encens allumées par ceux qui viennent après eux deviennent alors un hommage silencieux à ceux qui n’ont plus de tombe portant leur nom.

Pour les anciens combattants, les familles de martyrs et même ceux qui sont nés longtemps après la fin de la guerre, la citadelle est ainsi devenue un lieu de mémoire et de recueillement. Certains viennent pour rendre hommage, d’autres pour apaiser leur cœur. Certains souhaitent simplement pouvoir, un jour, se tenir devant la citadelle, allumer un bâton d’encens et déposer une fleur sur les eaux de la Thach Han.

Plus d’un demi-siècle s’est écoulé, mais la quête n’est pas terminée. Toute la nation continue de tout mettre en œuvre pour rendre à ceux qui ont sacrifié leur jeunesse à la Patrie leur nom, leur terre natale et leurs camarades, dans une fidélité et une gratitude qui ne s’éteindront jamais.

VNA/CVN

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