Lê Thi Sau, témoignage d’une mère éprouvée par l’histoire

À 103 ans, la Mère Héroïne Lê Thi Sau demeure l’un des derniers témoins d’une époque marquée par des guerres. Son histoire illustre le courage d’une femme dont la famille a payé un lourd tribut pour l’indépendance et la liberté du pays.

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Le secrétaire général du Parti, Tô Lâm, rend visite à la Mère Héroïne vietnamienne Lê Thi Sau à Truong Vinh, province de Nghê An (Centre), en mai 2025. 
Photo : VNA/CVN

Dans sa petite maison à Truong Vinh, dans la province de Nghê An (Centre), le temps semble s’être arrêté. Les années ont blanchi les cheveux de Lê Thi Sau et affaibli sa vue, mais elles n’ont jamais effacé les visages de ses enfants. Lorsque cette femme évoque leurs noms, son émotion reste intacte, mêlant la fierté d’une mère à une peine que rien n’a pu apaiser.

Née en 1923 à Bên Thuy, une localité de Nghê An durement éprouvée par les bombardements, Lê Thi Sau a traversé les décennies au rythme des soubresauts de l’histoire du Vietnam. Avec son époux, elle a élevé trois garçons dans une famille profondément attachée au pays.

Le premier drame s’est produit le 9 juin 1965. Ce jour-là, l’aviation américaine a lancé un violent raid contre le port de Bên Thuy. Chef d’une unité de miliciens, Lê Huy Truong, fils de Mme Sau, s’est précipité vers un navire militaire afin d’évacuer des blessés. Une nouvelle vague de bombes est tombée sur les quais. Le jeune soldat a été tué alors qu’il portait secours à ses camarades.

La nouvelle est arrivée jusqu’à sa mère, qui travaillait dans les rizières. Sous le choc, elle s’est effondrée avant même que le messager n’ait terminé son récit. Quelques instants auparavant encore, son fils faisait partie de son quotidien ; désormais, il appartenait à l’histoire.

Dernier regard de son fils

Le secrétaire général du Parti, Tô Lâm (assis à droite), et la famille de la Mère Héroïne vietnamienne Lê Thi Sau.
Photo : VNA/CVN

La guerre ne s’est pourtant pas arrêtée. Sept ans plus tard, son fils aîné, Lê Huy Minh, a rejoint à son tour le front de Quang Tri.

Le matin de son départ, dans la précipitation, il avait oublié quelques effets personnels. Sa mère a couru jusqu’au débarcadère de Bên Thuy pour les lui remettre. Lorsqu’elle est arrivée, le bac avait déjà quitté la rive et s’éloignait lentement sur les eaux de la rivière Lam.

D’un côté de la rivière, une mère appelait son enfant. De l’autre, un jeune soldat s’est retourné, levant une dernière fois la main en signe d’adieu. Aucun des deux ne savait qu’ils vivaient leurs ultimes instants ensemble.

Le 11 juillet 1972, Lê Huy Minh est tombé lors des combats des 81 jours destinés à défendre l’ancienne citadelle de Quang Tri.

En moins de dix ans, Lê Thi Sau a reçu deux avis officiels annonçant la mort de ses fils. Deux jeunes hommes, à peine entrés dans l’âge adulte, ne sont jamais revenus. Malgré ces épreuves, elle a continué de soutenir sa famille avec une force silencieuse, permettant à son mari de poursuivre son travail et à son dernier enfant de grandir.

Héritage du dévouement

Son époux, Lê Huy Chinh, avait participé à la campagne de Diên Biên Phu avant de travailler successivement à l’usine d’allumettes, puis au port de Bên Thuy. Resté fidèle aux idéaux du soldat vietnamien tout au long de sa vie, il a reçu l’insigne récompensant trente années d’appartenance au Parti avant son décès en 2000.

Cette famille a payé un lourd tribut à l’histoire nationale. Aux vies brisées des deux jeunes combattants se sont ajoutés les renoncements, les larmes et la résilience d’une mère qui n’a jamais cessé d’avancer.

Lê Thi Sau avec sa belle-fille et son fils aîné, Lê Huy Minh, avant le départ de celui-ci pour le front dans le Sud. 
Photo : QDND/CVN

Plus d’un demi-siècle après ces disparitions, les certificats de reconnaissance de la Patrie sont toujours conservés avec le plus grand soin dans la demeure familiale. Aujourd’hui, Lê Thi Sau vit auprès de sa belle-fille, Nguyên Thi Huê, entourée de l’affection des siens.

La transmission de cet engagement se poursuit au sein des nouvelles générations. Son petit-fils aîné, le colonel Lê Huy Nghia, occupe actuellement les fonctions de commandant adjoint et de chef d’état-major du Commandement militaire de la ville de Huê (Centre), prolongeant ainsi une tradition familiale fondée sur le sens du devoir.

À 103 ans, Lê Thi Sau continue de veiller sur les souvenirs de ceux qu’elle a perdus. Son parcours dépasse l’histoire d’une seule famille : il incarne le sacrifice silencieux des Mères Héroïnes vietnamiennes et rappelle aux générations d’aujourd’hui le prix de la paix ainsi que la dette de reconnaissance envers celles et ceux qui ont consacré leur vie à l’indépendance du pays.

Thao Nguyên/CVN

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