Le patrimoine, levier d’avenir des villes vietnamiennes

Longtemps considéré comme un simple legs, l’héritage culturel s’affirme désormais comme une ressource stratégique pour le développement urbain. À travers la culture, le tourisme et la transformation numérique, les villes patrimoniales disposent de nouvelles perspectives de croissance.

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Le 7 novembre 2003, le "nha nhac" (musique de cour) de Huê a été reconnu par l’UNESCO comme patrimoine culturel immatériel de l’Humanité. 
Photo : VNA/CVN

Depuis de nombreuses années, lorsqu’on évoque la croissance économique, on pense d’abord à l’industrie, aux infrastructures, à l’urbanisation, à l’investissement ou à la technologie. Bien que la culture et l’héritage culturel aient toujours été reconnus comme des fondements spirituels de la société, ils ont souvent été considérés, en pratique, comme des domaines nécessitant d’être préservés, plutôt que comme des ressources susceptibles de contribuer à la progression.

Dans ce contexte, la Résolution N°80 du Politburo du Parti sur le développement de la culture vietnamienne et la Résolution N°28 de l’Assemblée nationale sur la dynamique de la culture vietnamienne revêtent une importance particulière. Le message fondamental de ces deux textes est d’établir clairement que la culture n’est pas seulement un objectif de la croissance, mais aussi un moteur de celle-ci ; qu’elle n’est pas uniquement un actif spirituel, mais également une ressource économique ; et qu’elle ne doit pas seulement être préservée, mais aussi valorisée et promue afin de créer de nouvelles valeurs pour la société.

Pour les villes patrimoniales du Vietnam, cela représente une opportunité majeure.

La Résolution N°28 introduit plusieurs mécanismes visant à créer une dynamique nouvelle, notamment la garantie de ressources d’investissement en faveur de la culture, l’essor des industries culturelles, la promotion de la transition numérique, l’encouragement à l’innovation et l’expérimentation de modèles de villes patrimoniales assortis de politiques préférentielles appropriées.

Huê, un héritage à réinventer

Perchée sur la colline de Hà Khê, la pagode Thiên Mu surplombe la paisible rivière des Parfums, au cœur de Huê.
Photo : VNA/CVN

Cela montre que la culture n’est plus gérée selon une logique consistant simplement à “préserver le statu quo”, mais qu’elle est désormais placée au cœur d’un nouvel écosystème d’expansion, dans lequel elle est étroitement liée au tourisme, à la technologie, à l’éducation, aux médias, à l’économie nocturne, aux industries créatives et à l’économie numérique.

C’est précisément la voie choisie par de nombreux pays développés. Des villes de renommée mondiale telles que Kyoto, au Japon, Gyeongju, en République de Corée, Florence, en Italie, et Québec, au Canada, ont toutes fait de leur héritage un levier d’essor du tourisme, des industries créatives, de l’éducation, des arts et de leur image de marque. De nombreuses villes vietnamiennes sont parfaitement en mesure de suivre la même voie.

Huê, en particulier, ville relevant directement de l’autorité centrale, possède un capital culturel matériel et immatériel exceptionnellement riche, avec huit titres patrimoniaux reconnus par l’UNESCO, des milliers de monuments historiques et de sites pittoresques, des centaines de festivals, des villages d’artisanat traditionnel et une gastronomie renommée. Plus important encore, ces richesses ne doivent pas seulement être préservées : elles peuvent également constituer des ressources essentielles pour le développement des industries culturelles.

La création de l’ao dài (tunique fendue traditionnelle des Vietnamiennes) de Huê peut ainsi être déployée au sein d’un véritable écosystème économique créatif. La cuisine de Huê peut devenir une marque culturelle reconnue à l’international.

Le nha nhac (musique de cour), le tuông (théâtre classique) de cour royale, le ca Huê (chant populaire de Huê) et d’autres formes d’arts traditionnels peuvent servir de sources d’inspiration à une large gamme de créations artistiques contemporaines. Les monuments historiques peuvent être convertis en espaces de création, d’éducation et d’expériences culturelles. Les archives historiques peuvent être numérisées afin de produire des contenus numériques, des musées numériques, un tourisme intelligent et des produits faisant appel aux nouvelles technologies.

Nouveau regard, nouveau potentiel

Touristes à la Citadelle impériale de Huê. 
Photo : VNA/CVN

Cependant, les opportunités ne se mueront pas automatiquement en réalisations concrètes. Ce dont les villes patrimoniales ont le plus besoin aujourd’hui, c’est d’un changement fondamental de leur vision de la croissance. Il est nécessaire de passer résolument d’une logique de “préservation statique” à celle d’une “préservation au service du développement” ; de considérer le patrimoine non plus comme une charge pour le budget de l’État, mais comme une ressource d’investissement ; et de passer d’une gestion purement administrative à une gouvernance fondée sur un écosystème culturel et créatif.

Cette évolution devrait s’accompagner de la mise en place de mécanismes spécifiques pour les villes patrimoniales, de la promotion des partenariats public-privé dans la préservation et la valorisation du legs culturel, du développement de ressources humaines dans les secteurs créatifs, de l’accélération de la numérisation, de la création d’espaces dédiés à la créativité et de l’attraction d’entreprises désireuses d’investir dans le secteur culturel.

Au XXIe siècle, l’avantage concurrentiel le plus durable d’une ville réside dans ce qui ne peut être reproduit ailleurs : son identité, sa mémoire et la singularité de son héritage. Dès lors, préserver ne signifie plus seulement conserver, mais aussi transmettre, faire vivre et créer de nouvelles valeurs à partir de ce capital.

Les Résolutions N°80 et N°28 offrent désormais un cadre favorable à cette évolution. Reste aux collectivités à s’en saisir pleinement, en mobilisant l’investissement, l’innovation, les talents et les acteurs privés pour faire du patrimoine un véritable moteur de développement.

Avec la richesse exceptionnelle de son héritage, Huê dispose de tous les atouts pour ouvrir cette voie. Plus qu’une destination culturelle, la ville pourrait ainsi devenir un nouveau modèle urbain, où patrimoine, créativité et économie se renforcent mutuellement. Une ambition qui pourrait faire de Huê une référence pour les autres villes patrimoniales du Vietnam.

Thúy Hà/CVN


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