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| Le complexe paysager de Tràng An à Ninh Binh (Nord), patrimoine mondial mixte reconnu par l’UNESCO. |
| Photo : VNA/CVN |
La Stratégie de développement de la culture diplomatique d’ici 2030, avec une vision 2045 fixe un objectif clair : faire émerger au moins dix destinations de tourisme culturel et patrimonial en tant que références nationales du Vietnam, compétitives à l’échelle mondiale et facilement identifiables sur la scène internationale.
Pour y parvenir, l’approche du patrimoine doit évoluer. Il ne s’agit plus seulement de préserver et d’exploiter des sites de manière isolée, mais de construire un véritable écosystème d’expériences, suffisamment attractif pour que, depuis chaque emplacement, les touristes étrangers puissent reconnaître et s’en souvenir.
Avec plus de 40.000 sites historiques et culturels, dont neuf inscrits au patrimoine mondial de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), le Vietnam dispose d’un socle exceptionnel pour développer des pôles patrimoniaux d’envergure.
Le pays a d’ailleurs été six fois distingué par les World Travel Awards comme “Meilleure destination patrimoniale au monde” (en 2019, 2020, 2022, 2023, 2024 et 2025), une reconnaissance qui confirme l’attrait de son héritage et le potentiel de ces lieux pour positionner l’identité nationale.
À l’international, de nombreuses nations ont réussi à transformer des sites patrimoniaux en véritables symboles nationaux. L’Égypte évoque immédiatement les pyramides de Gizeh, l’Inde, le Taj Mahal, qui signifie “la couronne du palais”, et le Cambodge, Angkor Wat, le plus grand temple du complexe monumental d’Angkor. Dans ces cas, l’héritage dépasse le statut de simple lieu de visite pour devenir le “visage” de la nation, un levier de soft power et de compétitivité.
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| Festival des lanternes de Hô Van à Hanoï. |
| Photo : VNA/CVN |
Le Vietnam ne manque pas d’atouts comparables. Le complexe paysager de Tràng An (Ninh Binh, Nord), premier patrimoine mixte du Vietnam et de l’Asie du Sud-Est, la baie de Ha Long (Quang Ninh, Nord), la ville ancienne de Hôi An (Dà Nang, Centre) et le Parc national de Phong Nha - Ke Bàng (Quang Tri, Centre) sont non seulement des pôles d’attraction locaux, mais aussi des lieux régulièrement primés et cités par des organisations et magazines de voyage internationaux.
Un potentiel remarquable s’offre désormais au Vietnam : transformer ses destinations patrimoniales célèbres en véritables symboles nationaux. Pour y parvenir, l’État doit mettre en place une stratégie globale capable de métamorphoser la valeur du patrimoine en produits, en expériences et en services de qualité, suffisamment marquants pour que, dès qu’on les évoque, le monde pense immédiatement au Vietnam.
Doan Thi Thanh Vân, directrice générale de Lux Travel DMC, une société spécialisée dans le tourisme d’affaires haut de gamme, estime que “le Vietnam dispose de ressources patrimoniales, notamment naturelles, plus belles et plus authentiques que celles de nombreux pays voisins”.
Selon elle, le point faible du tourisme patrimonial vietnamien reste un positionnement encore insuffisant sur la carte internationale.
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| Touristes effectuant une balade sur la rivière Hoài, à Hôi An, ville de Dà Nang (Centre). |
| Photo : VNP/CVN |
Positionner la marque par l’expérience
Le voyageur moderne ne se contente plus de visiter et de prendre des photos. Il veut explorer la profondeur culturelle d’une destination, en lien avec la vie quotidienne des habitants locaux. Chaque site patrimonial doit donc créer sa propre capacité à être mémorisé, en racontant une histoire qui lui est propre, fondée sur ses valeurs distinctives.
Une clé de réussite réside dans la formation des populations locales au tourisme de manière professionnelle, tout en préservant leur simplicité et leur authenticité. Cela garantit la sincérité de l’expérience et permet à “l’âme” du patrimoine d’être transmise naturellement par la communauté.
Plutôt que de multiplier les petites campagnes de promotion menées isolément par chaque lieu ou entreprise, le Vietnam a besoin d’une stratégie de communication à l’échelle nationale. Celle-ci devrait identifier les pôles susceptibles de devenir des symboles, puis construire pour chacune une narration et une image identitaire propres, afin de présenter le patrimoine à l’international de manière coordonnée et cohérente.
Culture, tourisme, communication et diplomatie ne peuvent pas raconter des histoires isolées. Ils doivent s’articuler pour inscrire le patrimoine dans une stratégie de promotion de long terme, cohérente et unifiée, contribuant ensemble à construire un pôle compétitif à l’échelle mondiale.
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| Les neuf urnes trônent dans la cour de Thê Miêu dans la Citadelle de Huê (Centre). |
| Photo : VNA/CVN |
Du point de vue de l’UNESCO, Jonathan Wallace Baker, chef de la représentation de cette institution au Vietnam, souligne que l’inscription d’un site sur les listes internationales n’est pas une fin en soi.
L’essentiel réside dans la manière dont ces distinctions sont exploitées pour générer des bénéfices durables pour les populations et les communautés, en plaçant la culture et l’héritage au cœur de stratégies de développement inclusives, résilientes et centrées sur l’humain.
Développer un tourisme patrimonial durable ne signifie pas supprimer toutes les contraintes pour faciliter au maximum l’accès des visiteurs. Des règles bien conçues, une participation réelle des communautés et des mécanismes équitables de partage des bénéfices contribue à consolider les efforts de conservation et à améliorer la qualité des expériences des visiteurs.
L’héritage doit s’inscrire dans un écosystème créatif plus large, connecté aux villages d’artisanat, aux espaces publics, aux arts de la scène, au design, aux nouveaux produits culturels, devenant ainsi un levier d’innovation et de croissance durable.
Pour porter les valeurs patrimoniales à un public plus large, le Vietnam doit continuer à investir dans les jeunes créateurs et à construire un système complet d’éducation au patrimoine. Il doit également renforcer la coopération entre l’État, le secteur privé et les communautés afin que les idées créatives puissent être mises à l’échelle et soutenues sur le long terme, maximisant ainsi la contribution du patrimoine au développement durable et contribuant à créer l’image d’un Vietnam culturellement distinctif et facilement reconnaissable sur la scène internationale.
Thuy Hà - Trang Anh/CVN






