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| Dans “Những lớp phù sa”, les danseurs évoquent le fleuve Rouge et la culture du Nord du Vietnam. |
| Photo : CTV/CVN |
Une goutte d’eau tombe du ciel. Elle rejoint le fleuve Rouge, traverse les terres, les villages et les vies. Aucun mot n’est nécessaire. Le mouvement suffit à raconter.
C’est par cette image simple que “Những lớp phù sa” raconte le lien entre un territoire et ceux qui y habitent. Création conjointe du Collège des arts de Hanoï et de la société de création artistique CNA, le spectacle associe danse contemporaine, musique, lumière et projections pour faire émerger les différentes strates culturelles du Delta du fleuve Rouge.
Le récit suit le voyage d’une goutte d’eau en cinq mouvements : “Goutte d’eau”, “Village”, “Marché”, “Amour” et “Fête”. Du fleuve naît la terre. De la terre naissent les villages. Dans les villages se transmettent les métiers, les gestes, les croyances et les histoires.
Mais l’ambition dépasse la seule évocation d’un patrimoine. “Những lớp phù sa” cherche à faire voyager cette mémoire au-delà des frontières. Car la danse possède une force particulière : elle peut transmettre une émotion, une image ou une histoire sans passer par les mots.
De l’artisanat au mouvement
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| L'"Artiste du Peuple" Trân Ly Ly. Photo : CTV/CVN |
Pour l’“Artiste du Peuple” Trân Ly Ly, directrice artistique générale du spectacle, cette dimension est essentielle. La création contemporaine peut s’inspirer des traditions sans les enfermer dans une reconstitution du passé.
“+Những lớp phù sa+ porte l’idée d’un courant culturel qui se transmet et se dépose avec le temps”, explique-t-elle. Le limon devient ainsi une métaphore de la culture. Des particules minuscules s’accumulent, nourrissent la terre et permettent à la vie de prendre racine. De la même manière, les gestes et les savoir-faire transmis de génération en génération construisent une mémoire collective.
L’eau constitue le premier mouvement du spectacle. Une goutte minuscule devient le point de départ d’un voyage. Elle pénètre la terre et contribue à faire naître le limon. Sur scène, cette transformation est suggérée par le corps et le mouvement. Le geste devient matière. Le souffle devient rythme.
Cette écriture chorégraphique permet ensuite d’entrer dans l’univers des villages de métiers du Nord. Trois traditions occupent une place particulière : le tressage du bambou et du rotin, la céramique et la soie.
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| Dans “Những lớp phù sa”, les danseurs évoquent le fleuve Rouge et la culture du Nord du Vietnam. |
| Photo : CTV/CVN |
Le tressage évoque la souplesse et la résistance. Les fibres s’entrecroisent comme les liens qui unissent une communauté. La céramique fait dialoguer la terre et le feu. La matière brute se transforme sous l’effet de la chaleur, comme l’être humain se construit par l’épreuve et le temps. La soie apporte enfin une dimension plus légère. Ses mouvements évoquent l’amour, la douceur et la sensualité.
Ces métiers ne sont pas présentés comme de simples objets patrimoniaux. Ils deviennent des sources de mouvement. “Derrière chaque objet, il y a un territoire, une technique, une vie et la mémoire d’une communauté”, souligne Trân Ly Ly.
La scène ne cherche donc pas à reproduire littéralement le travail des artisans. Elle en extrait l’essentiel pour le traduire dans un autre langage. Un langage sans sous-titres, qui peut être reçu aussi bien par un spectateur vietnamien que par un visiteur étranger.
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| La séquence de hầu đồng, rituel lié au culte des Déesses-Mères, avec l’artiste Nguyên Duc Hiên dans le rôle de Chúa Thượng Ngàn (la Déesse de la Haute-Forêt). |
| Photo : CTV/CVN |
Le spectacle fait également entrer sur scène le hầu đồng, rituel lié au culte des Déesses-Mères, avec l’artiste Nguyên Duc Hiên dans le rôle de Chúa Thượng Ngàn (la Déesse de la Haute-Forêt). Cette séquence inscrit une autre dimension de la culture vietnamienne dans l’écriture contemporaine.
Un langage pour franchir les frontières
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| Dans “Những lớp phù sa”, les danseurs évoquent le fleuve Rouge et la culture du Nord du Vietnam. |
| Photo : CTV/CVN |
Là encore, l’enjeu est de faire ressentir avant d’expliquer. Pour un public qui ne connaît ni la langue ni les codes culturels du Vietnam, les couleurs, les costumes, les gestes, la musique et les corps peuvent constituer une première porte d’entrée vers cet univers.
Cette capacité à franchir la barrière linguistique donne à la danse une place particulière dans le développement des industries culturelles.
Trân Ly Ly estime que le potentiel de cette discipline est considérable. La danse accompagne déjà de nombreux spectacles et événements. Le défi consiste désormais à créer des œuvres capables d’attirer le public par leur propre force.
“Une création de petite dimension doit être précise. Il faut en extraire, en distiller l’essentiel”, affirme-t-elle.
Cette exigence se retrouve dans “Những lớp phù sa”. Certains des mouvements les plus simples sont aussi les plus difficiles à réaliser. Le déplacement d’une goutte d’eau, un geste de la main, une respiration peuvent demander des semaines de travail. “Il faut parfois tout un mois pour trouver la bonne combinaison entre un geste et le souffle”, raconte la chorégraphe.
Pour elle, l’avenir de la danse repose sur deux dynamiques complémentaires : élargir le nombre de personnes qui la pratiquent et former, au sein de cette nouvelle génération, des artistes capables d’atteindre un haut niveau d’exigence.
Cette recherche de précision n’est pas seulement une question technique. Elle conditionne aussi la capacité d’une œuvre à circuler. Pour toucher un public international, il ne suffit pas de montrer le Vietnam. Il faut trouver une forme capable de faire ressentir son identité sans l’expliquer longuement.
C’est là que “Những lớp phù sa” trouve sa singularité. Le spectacle ne traduit pas simplement une culture en français, en anglais ou dans une autre langue. Il la traduit en mouvements.
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| Dans “Những lớp phù sa”, les danseurs évoquent le fleuve Rouge et la culture du Nord du Vietnam. |
| Photo : CTV/CVN |
La goutte d’eau devient une histoire. Les gestes des artisans se transforment en chorégraphie. Le fleuve devient un récit. Et ce patrimoine, porté par les corps, peut voyager bien au-delà des mots.
Lorsque les mots s’effacent, le mouvement prend le relais. Avec lui, c’est toute une mémoire du Nord du Vietnam qui peut franchir les frontières.
Huong Giang/CVN










