Le cinéma historique, un vecteur de patriotisme et de soft power

Lorsque l’histoire est racontée à travers des destins individuels, dans un langage cinématographique moderne et avec des moyens à la hauteur, le cinéma peut à la fois nourrir l’attachement au pays et devenir un produit culturel compétitif. Il peut ainsi contribuer à transformer les valeurs vietnamiennes en ressources pour le développement et en instruments de soft power, conformément à l’esprit de la Résolution N°80-NQ/TW.

>> Le cinéma vietnamien sur la voie de l’intégration internationale

>> La Résolution N° 80, une feuille de route historique pour la renaissance culturelle

>> Une Semaine du film pour honorer les Invalides de guerre et Héros morts pour la Patrie

>> Hộ linh tráng sĩ - Bí ẩn mộ vua Đinh sélectionné au Festival international du film de Toronto

Depuis 1953, plusieurs générations de cinéastes ont produit des œuvres qui ont conservé la mémoire de la guerre, mais aussi celle de la vie quotidienne et de l’identité vietnamienne.
Photo : CTV/CVN

L’histoire à hauteur d’homme

Pour le réalisateur et Artiste émérite Dô Thanh Hai, vice-président de l’Association du cinéma du Vietnam, plus de sept décennies de cinéma révolutionnaire vietnamien ont constitué un important patrimoine artistique étroitement lié à l’histoire du pays. Depuis 1953, plusieurs générations de cinéastes ont produit des œuvres qui ont conservé la mémoire de la guerre, mais aussi celle de la vie quotidienne et de l’identité vietnamienne. Des films comme Vo chông A Phu, Vi tuyên 17 ngày và dêm, Em be Hanoï, Canh dông hoang ou Bao gio cho dên thang Muoi ont surtout montré la dimension humaine durant les guerres.

Une scène du film "Vo chông A Phu" (A Phu and His Wife). 
Photo : VNA/CVN

Dô Thanh Hai cite ainsi Canh dong hoang (The Wild Field), qui évoque la guerre à travers une famille du Sud vivant au milieu des rizières inondées sous la menace des hélicoptères. Bao gio cho dên thang Muoi (When the Tenth Month Comes), de son côté, aborde les conséquences de la guerre à travers le deuil d’une femme qui cache à son beau-père âgé la mort de son fils. À travers ces destins individuels, le cinéma permet d’aborder l’histoire sous un angle plus humain.

Après la guerre, d’autres œuvres ont exploré ses conséquences, la mémoire, la réconciliation et la dignité humaine. Selon Dô Thanh Hai, leur force tient précisément au fait qu’elles ne demandent pas explicitement au public d’aimer son pays : elles racontent des histoires qui font naître cet attachement. Tôi thây hoa vàng trên co xanh (I See Yellow Flowers on the Green Grass), par exemple, montre comment un village côtier, un paysage familier ou les émotions de l’adolescence peuvent aussi créer un lien profond avec le pays natal.

Le cinéma transmet ainsi la mémoire historique non seulement en rappelant ce qui s’est passé, mais aussi en permettant aux nouvelles générations d’en comprendre la portée dans leur propre vie.

Une scène du film "Em be Hanoï" (The Little Girl of Hanoi). 
Photo : Département du cinéma du Vietnam

La télévision joue également ce rôle. La série Vê nha di con (Come Home, My Dear), à travers l’histoire d’un père et de ses trois filles, met en avant la responsabilité, la tolérance et les liens entre les générations. Không thoi gian (Timeless) relie quant à elle l’image des soldats vietnamiens en temps de guerre à leurs missions en temps de paix.

Pour Dô Thanh Hai, la littérature, les arts, le cinéma et la télévision peuvent aider à mieux comprendre les autres, à réduire les préjugés et à sensibiliser les jeunes générations aux sacrifices de celles qui les ont précédées.

"Une œuvre cinématographique ou télévisuelle ne change peut-être pas la société en un jour, mais elle peut modifier le regard d’une personne, nourrir une conviction ou renforcer certaines normes de comportement. Ces changements individuels peuvent progressivement avoir un effet sur la société. C’est aussi une forme de soft power culturel", souligne-t-il.

Une scène du film "Cô gai trên sông" (The Girl on the River). 
Photo : Archives/CVN

Renouveler la manière de raconter l’histoire

Pour la colonelle et réalisatrice Dang Thai Huyên, Artiste émérite et réalisatrice de Mua do (Red Rain), un film historique ou consacré à la guerre doit avant tout raconter avec justesse des destins humains.

Les films historiques et ceux consacrés aux guerres révolutionnaires disposent à cet égard d’un vaste patrimoine de récits sur l’histoire du pays, le patriotisme, le sacrifice, la solidarité et la quête d’indépendance. 
Photo : VNA/CVN

Lors du tournage de Mua do, les scènes les plus marquantes n’ont pas nécessairement été les grandes séquences de bataille, mais des moments plus intimes : les funérailles sur la rivière Thach Han du personnage de Ta, ou encore des soldats lisant ensemble des lettres de leurs familles et parlant de leurs mères et de leurs rêves d’avenir.

Le cinéma doit créer une expérience émotionnelle qui permette de comprendre ce que les hommes pensaient, espéraient et choisissaient dans les circonstances les plus difficiles. Plutôt que d’utiliser un événement historique pour présenter un personnage, le destin de ce personnage peut conduire le spectateur au cœur de l’événement.

"L’histoire ne change pas, mais notre manière de la raconter doit évoluer", souligne Dang Thai Huyên. Renouveler le récit ne signifie pas modifier les faits. Les événements et les personnages historiques doivent être respectés, mais les attentes du public et ses façons de découvrir les œuvres ont changé. L’histoire peut ainsi servir de matière à des récits humains racontés avec le regard de chaque époque et de chaque génération.

Une scène du film "Doi cat" (Sandy Lives). 
Photo : CTV/CVN

Dô Thanh Hai estime également que, dans la concurrence mondiale pour capter l’attention, notamment celle des jeunes, les cinéastes doivent proposer des histoires ancrées dans l’identité vietnamienne que le public ait réellement envie de regarder. Si les récits vietnamiens ne sont pas suffisamment attractifs, d’autres récits et d’autres modèles occuperont cette place.

La Résolution N°80-NQ/TW du Bureau politique sur le développement de la culture vietnamienne considère la culture comme une ressource pour le développement et une composante importante du soft power national. Pour le cinéma, l’enjeu est donc de transformer les valeurs vietnamiennes en histoires que le public national souhaite voir, retenir et partager, et que le public étranger ait envie de découvrir.

Les films historiques et ceux consacrés aux guerres révolutionnaires disposent à cet égard d’un vaste patrimoine de récits sur l’histoire du pays, le patriotisme, le sacrifice, la solidarité et la quête d’indépendance. Mais la richesse du sujet ne suffit pas : pour transmettre ces valeurs, un film doit d’abord séduire son public.


Pour la période 2026-2031, l’Association du cinéma du Vietnam prévoit notamment d’élaborer un projet de production de films historiques, sur les guerres révolutionnaires et les dirigeants, ainsi que d’œuvres expérimentales, en perspective des grandes commémorations nationales à venir.

Selon Dô Lênh Hung Tu, président de l’Association du cinéma du Vietnam, le pays ne manque ni d’histoires fortes ni de bons scénarios, mais beaucoup de projets ne parviennent toujours pas jusqu’à l’écran. Il juge nécessaire de mettre en place des mécanismes de commande plus souples, d’investir dès la phase de développement et de garantir les moyens nécessaires aux projets de qualité. Concours, ateliers d’écriture et rencontres professionnelles peuvent également favoriser l’émergence de nouvelles idées.

Pour recréer avec réalisme l’univers de "Mua do" (Red Rain), le Cinéma de l’Armée populaire du Vietnam a reconstitué l'ancienne citadelle de Quang Tri dans des décors conçus avec un grand soin. 
Photo : CTV/CVN

Dang Thai Huyên insiste pour sa part sur la nécessité d’investir davantage dans les scénaristes, la recherche historique et le temps consacré à la création. Elle propose également de créer une base de données numérique commune destinée aux professionnels du cinéma, regroupant des informations vérifiées sur les événements et personnages historiques, mais aussi les uniformes, armes, équipements, architectures, cartes, photographies et archives audiovisuelles. Un tel outil permettrait de réduire les coûts et le temps de préparation des productions.

Pour Dô Thanh Hai, la puissance d’un pays ne se mesure pas uniquement à son économie, mais aussi aux valeurs dont sa population peut être fière et qui lui valent le respect à l’étranger. Par leur capacité à raconter des histoires et à créer des personnages marquants, le cinéma et la télévision peuvent contribuer à faire connaître ces valeurs et, avec elles, la culture et l’identité vietnamiennes.

VNA/CVN

Rédactrice en chef : Nguyễn Hồng Nga

Adresse : 79, rue Ly Thuong Kiêt, Hanoï, Vietnam

Permis de publication : 25/GP-BTTTT

Tél : (+84) 24 38 25 20 96

E-mail : courrier@vnanet.vn, courrier.cvn@gmail.com

back to top