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| Les arts de la scène traditionnelle du Vietnam racontent une société, ses croyances, ses valeurs et son rapport au monde. |
| Photo : ST/CVN |
Au Vietnam, les arts de la scène traditionnelle ne se réduisent pas au spectacle. Ils racontent une société, ses croyances, ses valeurs et son rapport au monde. Nés dans des territoires aux histoires différentes, ils ont développé des langages propres, tout en partageant un même goût pour la musique, le geste et la transmission.
Dans le Delta du fleuve Rouge, le chèo (théâtre populaire) reste l’une des expressions les plus populaires de cette culture villageoise. Né dans les communautés rurales, ce théâtre chanté mêle musique, danse, jeu scénique et humour pour évoquer la vie quotidienne. Il célèbre les vertus ordinaires, tourne en dérision les travers humains et dénonce l’injustice avec une liberté de ton souvent mordante.
Des formes traversant les générations
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| Le personnage de Thị Mầu (gauche), figure féminine libre et provocatrice du chèo (théâtre populaire), traverse les générations. |
| Photo : VNA/CVN |
Autrefois, une simple natte déployée dans la cour d’un village suffisait à créer la scène. Le tambour donnait le rythme et les comédiens dialoguaient directement avec le public. Des personnages comme Thị Mầu figure féminine libre et provocatrice, ou les rôles comiques du Hề (figure de bouffon et de satire) ont ainsi traversé les générations.
Le tuồng (théâtre classique), appelé aussi hát bội dans le Sud, appartient à un registre différent. Plus solennel et codifié, il s’est particulièrement développé sous la dynastie des Nguyên (1802-1945), puisant dans l’histoire et les récits anciens. Ses personnages incarnent la fidélité, le courage et le sacrifice au service d’un idéal collectif.
Ici, chaque geste compte. Le maquillage, les costumes, les déplacements et les mouvements des mains composent un langage symbolique précis. Les couleurs et les traits du visage permettent notamment d’identifier le caractère des personnages dès leur entrée en scène. Accompagné par les tambours, le jeu théâtral acquiert une dimension à la fois spectaculaire et cérémonielle.
Dans le Sud, le cải lương (théâtre classique rénové) témoigne, au contraire, d’un goût marqué pour le renouvellement. Apparu au début du XXe siècle sur le terreau du đờn ca tài tử (chant des amateurs du Sud) et des chants populaires méridionaux, il associe récit théâtral, musique et chant. Le vọng cổ (chant nostalgique), avec ses mélodies mélancoliques, en constitue l’une des signatures. Au fil du temps, le genre a intégré des thèmes sociaux et psychologiques contemporains, tout en faisant dialoguer instruments traditionnels et instruments occidentaux.
Sur la côte centrale, avec le bài chòi, jeu populaire mêlant chant, musique et interaction, la relation avec le public prend une tout autre dimension. Inscrit par l’UNESCO au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, cet art populaire est issu des jeux organisés lors des fêtes villageoises. Installés sur de petites constructions en bois ou en bambou, les participants suivent les “anh Hiệu” et “chị Hiệu”, chanteurs qui annoncent les cartes en improvisant des vers et des airs populaires.
L’improvisation, l’humour et la vivacité des échanges donnent au bài chòi une dimension profondément collective. Plus qu’un spectacle, il constitue un espace de rencontre où la parole, la musique et le rire contribuent à resserrer les liens au sein de la communauté.
Un héritage vivant qui se réinvente
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| Une représentation de đờn ca tài tử (chant des amateurs du Sud). |
| Photo : VNA/CVN |
Cette relation entre art et vie quotidienne se retrouve également dans les marionnettes. Qu’elles soient à fils, à gaine, à baguettes ou d’ombres, elles permettent de raconter aussi bien des récits anciens que des histoires contemporaines. Le savoir-faire des artistes transforme le bois, le bambou et les tissus en personnages capables d’exprimer toute une palette d’émotions.
Mais c’est sans doute dans les marionnettes sur l’eau que cette inventivité atteint sa forme la plus singulière. Nées dans les villages rizicoles du Nord, elles utilisent la surface d’un bassin ou d’un étang comme scène. Dissimulés derrière un rideau, les marionnettistes manipulent les figurines de bois à l’aide de longues perches et de mécanismes ingénieux.
Au son des tambours et des instruments traditionnels, le personnage de Tễu (narrateur), reconnaissable à son allure joviale, accueille le public dans un univers inspiré de la vie rurale : travaux des champs, fêtes villageoises, combats de lutte ou danses du dragon. L’eau devient alors à la fois décor, matière et espace de jeu.
De la natte d’une cour de village au théâtre aquatique, du rire du chèo aux accents du vọng cổ, ces formes artistiques racontent une même histoire : celle d’un patrimoine qui continue de vivre par le geste, la voix et la rencontre avec le public. C’est dans cette transmission, renouvelée de génération en génération, que réside aujourd’hui la vitalité de la scène traditionnelle vietnamienne.
Huong Giang/CVN






