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La plateforme de design Canva compte aujourd’hui plus de 260 millions d’utilisateurs actifs chaque mois dans le monde, avec plus de 30 milliards de créations réalisées dans 190 pays. Au Vietnam, ses outils attirent également des millions d’utilisateurs depuis plusieurs années, avant son implantation officielle en avril dernier.
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| Lâm Trung Quân, directeur national de Canva Vietnam, août 2026. Photo : Vnexpress/CVN |
Selon le directeur national de Canva Vietnam, Lâm Trung Quân, le design est progressivement en train de devenir une compétence complémentaire dans de nombreux domaines, plutôt qu’un métier spécialisé.
Pourquoi Canva a-t-il décidé de s’implanter officiellement sur le marché vietnamien à ce moment précis ?
Les utilisateurs vietnamiens utilisent Canva depuis longtemps. C’est le signal le plus clair que le marché est désormais prêt pour un investissement plus important et structuré, plutôt que de se limiter à l’utilisation spontanée d’un produit déjà accessible.
Le Vietnam fait partie des économies créatives connaissant la croissance la plus rapide de la région, avec un volume considérable de créations produites chaque mois. Avant notre implantation officielle, nous avons consacré plusieurs mois à analyser les comportements des utilisateurs, à travailler avec nos partenaires et les autorités locales, notamment dans le cadre d’un accord de coopération signé avec Hô Chi Minh-Ville fin 2025. Nous avons également échangé directement avec des créateurs de contenus, des enseignants et des petites entreprises afin de mieux comprendre leurs besoins concrets.
Nos observations montrent que la demande d’outils créatifs au Vietnam ne se limite pas à la production de beaux designs. Elle concerne également la capacité à créer rapidement des contenus adaptés au contexte local et directement utiles dans le cadre professionnel. Il s’agit d’une évolution importante, car la création numérique devient progressivement une compétence au service du travail quotidien de nombreux utilisateurs, plutôt qu’un domaine professionnel à part entière.
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| L’éducation est l’un des trois piliers stratégiques de Canva au Vietnam, aux côtés de l’économie et de la culture. |
| Photo : VNA/CVN |
En quoi les utilisateurs vietnamiens se distinguent-ils, et que révèlent ces particularités sur le marché ?
Le plus frappant est que les utilisateurs vietnamiens ne se contentent pas de consommer des contenus : ils en produisent également beaucoup. Le marché se caractérise par une communauté jeune, très présente sur les appareils mobiles et particulièrement active dans la création de contenus pour les réseaux sociaux ainsi que pour les petites activités commerciales.
Dans ce contexte, le besoin de créer ne vient plus uniquement des designers professionnels. Il existe également une très grande communauté de personnes qui ne se considèrent pas comme des designers, mais qui produisent pourtant des contenus au quotidien. Il peut s’agir du propriétaire d’une petite boutique ayant besoin de visuels promotionnels, d’un enseignant préparant des supports pédagogiques ou encore d’un particulier développant sa marque personnelle sur les réseaux sociaux.
Un autre aspect important concerne la culture et la langue. Les utilisateurs souhaitent disposer d’outils et de ressources qui reflètent leur manière de communiquer, leurs fêtes, leur culture et le contexte économique vietnamien. Autrement dit, lorsqu’une plateforme mondiale se développe au Vietnam, sa simple traduction en vietnamien ne suffit pas. Elle doit comprendre la manière dont les Vietnamiens utilisent le produit et les types de contenus dont ils ont réellement besoin. Par exemple, nous avons ajouté plus de 500 polices vietnamiennes, ainsi que des modèles de design et des ressources pédagogiques liés à la culture, aux fêtes et au contexte commercial du pays. Mais au-delà du produit lui-même, je considère que cela montre surtout que le marché vietnamien de la création numérique arrive à maturité. Les utilisateurs ne recherchent plus seulement un outil disponible : ils commencent à attendre de celui-ci qu’il soit adapté à leurs besoins et à leur culture.
À partir du moment où chacun peut créer, grâce à l’IA, un design, une vidéo ou un contenu relativement abouti, quel rôle les compétences des professionnels de la création vont-elles continuer à jouer ?
L’IA contribue à réduire considérablement les barrières à l’entrée dans le domaine de la création. Une personne qui ne possédait auparavant aucune compétence en design peut désormais réaliser un produit relativement professionnel en peu de temps.
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| Le Vietnam est l’une des économies créatives à la croissance la plus rapide de la région, avec un volume considérable de créations réalisées chaque mois. |
| Photo : VNA/CVN |
Mais je ne pense pas que cela signifie que les compétences créatives ne sont plus nécessaires. Lorsque tout devient plus facile, la capacité à déterminer ce que l’on veut créer, pourquoi on veut le créer et à évaluer si le résultat est pertinent devient au contraire encore plus importante. L’IA peut aider une personne à concrétiser plus rapidement une idée, mais l’idée elle-même, le contexte, l’identité et la capacité d’évaluation restent du ressort de l’être humain.
Cela entraîne également une évolution dans notre manière de considérer les compétences en design. Auparavant, une partie de la valeur résidait dans la maîtrise des logiciels. À l’avenir, cette valeur pourrait davantage se déplacer vers la capacité à réfléchir, à développer des idées, à raconter des histoires et à prendre des décisions créatives. C’est à la fois une opportunité et un défi.
L’opportunité réside dans le fait qu’un plus grand nombre de personnes peuvent participer à l’économie créative. Le défi est que le rythme d’évolution des technologies exige des investissements continus en R&D, tandis que la concurrence dans le secteur devient également plus dynamique. Nous devons veiller à ce que l’IA soutienne la pensée créative humaine plutôt qu’elle ne la remplace. C’est ainsi que les créateurs pourront préserver la confiance et l’identité propres à chacune de leurs productions.
De ce point de vue, comment l’éducation doit-elle évoluer alors que l’IA fait désormais partie du processus ?
L’éducation constitue l’un des trois piliers stratégiques de Canva au Vietnam, aux côtés de l’économie et de la culture.
Je pense que l’objectif ne devrait pas être uniquement d’apprendre aux élèves à utiliser un outil d’IA spécifique. L’essentiel est de les aider à comprendre comment exploiter la technologie dans leur manière de penser, de créer et de résoudre des problèmes. Il en va de même pour les enseignants. Les outils peuvent les aider à préparer plus rapidement leurs cours ou à créer des supports pédagogiques, mais ce sont toujours les enseignants qui décident des contenus adaptés à leurs élèves, de la manière d’organiser la classe et des objectifs pédagogiques.
C’est pourquoi nous nous intéressons non seulement au nombre d’enseignants ou d’élèves qui s’inscrivent pour utiliser ces outils, mais aussi à la mesure dans laquelle la technologie transforme réellement les méthodes d’enseignement et d’apprentissage. Si nous comptons des centaines de milliers de comptes supplémentaires sans que les méthodes pédagogiques évoluent, ce ne sera pas le résultat que nous recherchons.
Je pense que l’éducation sera l’un des domaines où les changements induits par l’IA seront les plus visibles. Si nous voulons faire entrer la technologie dans les salles de classe, il faut commencer par les enseignants. Un enseignant bien formé ne se contente pas d’utiliser l’IA dans son travail : il peut également aider plusieurs générations d’élèves à développer leur capacité à travailler avec la technologie.
Canva prévoit, avec ses partenaires, de former environ 30.000 enseignants au Vietnam. La formation, d’une durée de huit heures, couvrira notamment la conception de cours interactifs et l’utilisation de l’IA dans l’enseignement. Au-delà de l’apprentissage de l’utilisation de Canva, le programme vise à aider les enseignants à mettre ces compétences en pratique dans leurs classes et dans leurs cours.
Après avoir étudié le marché vietnamien avant votre implantation officielle, qu’estimez-vous qu’il lui manque aujourd’hui pour accélérer le développement de la création numérique ?
Le Vietnam dispose déjà d’une communauté d’utilisateurs très dynamique et d’une forte demande en matière de création. L’étape suivante consiste à continuer d’investir dans les compétences numériques, notamment dans la capacité à utiliser les nouveaux outils de manière responsable et efficace. Nous devons également créer davantage de conditions permettant aux petites entreprises, aux enseignants, aux élèves et aux créateurs d’accéder aux technologies sans être freinés par leur coût ou par un manque de compétences.
Un autre facteur important est l’adaptation des contenus et des outils aux réalités du marché local. Pour les plateformes mondiales, être présentes au Vietnam ne devrait pas signifier simplement proposer un produit existant. Il s’agit plutôt d’un processus d’apprentissage auprès des utilisateurs et de construction conjointe avec l’écosystème local.
Le Vietnam pourrait également occuper une place plus importante dans le paysage de la création numérique en Asie du Sud-Est. La région, qui bénéficie d’une population jeune et d’une numérisation rapide, joue un rôle croissant dans la stratégie mondiale de Canva. Ce qui nous intéresse, ce n’est pas seulement la taille du marché en termes d’utilisateurs, mais aussi la manière d’approfondir nos relations avec les pouvoirs publics, le secteur de l’éducation et les communautés créatives locales.
Le Vietnam constitue un test important pour cette approche. Si ce modèle produit les résultats escomptés, nous pourrons en tirer des enseignements et les reproduire sur des marchés similaires dans la région.
Quê Anh/CVN





