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Onze jours seulement après la signature, à Hanoï, de l’Accord de libre-échange entre le Vietnam et l’Association européenne de libre-échange (AELE), l’ambassadeur de Norvège au Vietnam, Stein Iversen, participait à Hô Chi Minh-Ville au dialogue des ambassadeurs, qui a ouvert le Forum des entreprises nordiques et vietnamiennes 2026. Organisé dans le cadre du Forum économique de l’automne 2026 (AEF 2026), du 26 au 29 octobre, cet événement a été l’occasion de présenter les nouvelles perspectives économiques entre les deux parties.
Le message de l’ambassadeur à la communauté d’affaires est sans équivoque : les cadres politique et juridique sont désormais établis ; il revient aux entreprises et aux investisseurs de concrétiser les possibilités offertes par cet accord.
Deux cadres complémentaires
Selon Stein Iversen, la signature de l’accord intervient dans une année symbolique, marquée par le 55e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Norvège et le Vietnam. En avril dernier, les deux pays avaient également conclu un partenariat stratégique vert, soutenu par leurs gouvernements respectifs, qui place au rang des priorités l’économie océanique durable, la planification de l’espace maritime et les énergies renouvelables.
"L’accord commercial offre un meilleur cadre pour l’investissement et le commerce, tandis que le partenariat stratégique vert constitue un feu vert politique des deux gouvernements", a-t-il expliqué.
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| Dialogue avec l’ambassadeur de Norvège, Stein Iversen, le 29 octobre, dans le cadre du Forum des entreprises nordiques et vietnamiennes 2026, organisé à Hô Chi Minh-Ville à l’occasion du Forum économique de l’automne 2026. |
Pour l’ambassadeur, les autorités ont ainsi posé les fondations nécessaires à l'approfondissement des relations économiques. Il appartient désormais aux entreprises et aux investisseurs de saisir les occasions qui se présentent. De son côté, l’ambassade continuera de les accompagner et de faciliter leurs démarches.
Quatorze ans de négociations, des opportunités dans les deux sens
Stein Iversen a rappelé que la conclusion de l’accord avait nécessité quatorze années de négociations. Si cette durée peut paraître longue, elle n’a rien d’inhabituel pour un accord de libre-échange de cette ampleur et témoigne de la persévérance des deux parties.
Le texte, qui compte 74 pages, 14 chapitres et de nombreuses annexes, mérite, selon lui, une lecture attentive de la part des entreprises afin qu’elles puissent en exploiter pleinement les dispositions.
L’ambassadeur a également tenu à souligner que cet accord ouvre des perspectives dans les deux sens. Il ne s’agit pas seulement d’accroître les exportations norvégiennes de saumon ou de maquereau vers le Vietnam. Les entreprises et les investisseurs vietnamiens bénéficieront eux aussi d'un meilleur accès aux marchés des pays de l’AELE, réputés pour leurs exigences élevées en matière de qualité. Parallèlement, la réduction substantielle des droits de douane sur les produits de la mer norvégiens facilitera leur accès au marché vietnamien.
Au-delà des avantages tarifaires, Stein Iversen a insisté sur l’importance de la prévisibilité et de la stabilité réglementaire, des facteurs qui peuvent compter tout autant, voire davantage, pour les investisseurs engagés dans des projets à long terme.
Les retombées de l’accord ne se feront toutefois pas sentir immédiatement dans leur pleine mesure, mais se concrétiseront progressivement, à mesure que les entreprises s’approprieront les nouvelles dispositions et développeront leurs échanges.
À une échelle plus large, cet accord constitue également une contribution du Vietnam et de l’AELE au renforcement du système commercial multilatéral, soumis à des pressions croissantes. Il offre aux deux parties un levier supplémentaire pour diversifier leurs partenariats commerciaux et consolider leurs relations économiques dans un environnement international de plus en plus incertain.
Quatre secteurs prioritaires
Pour la prochaine décennie, l’ambassadeur a mis en avant quatre secteurs offrant un fort potentiel de coopération.
La pêche et l’aquaculture constituent le principal pilier des échanges économiques bilatéraux, représentant près de 60 % des exportations norvégiennes vers le Vietnam. Le saumon sera exonéré de droits de douane dès l’entrée en vigueur de l’accord, tandis que ceux appliqués au maquereau seront progressivement supprimés sur une période de trois ans.
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| L’ambassadeur de Norvège, Stein Iversen (à droite), présente les avantages et les perspectives d’investissement qu’offre l’accord AELE - Vietnam aux entreprises des deux parties. |
Plusieurs entreprises norvégiennes, parmi lesquelles SalMar, Mowi, ScaleAQ et Skretting, sont déjà implantées au Vietnam et interviennent à différents maillons de la chaîne de valeur : alimentation, génétique, santé des poissons, technologies d’élevage et transformation. Les produits de la mer importés constituent également des matières premières pour les entreprises vietnamiennes de transformation et de distribution, contribuant ainsi à la création d’emplois et à une plus grande valeur ajoutée locale.
Les industries maritimes offrent un autre terrain prometteur de coopération, illustrant la volonté des deux pays de dépasser le cadre des échanges commerciaux traditionnels. Le Vietnam dispose de solides capacités de construction navale, d’une main-d’œuvre industrielle qualifiée et d’une économie maritime en plein essor.
L’ambassadeur a notamment évoqué le cas d’un constructeur naval dont il a visité le chantier de Vũng Tàu, dont les dimensions l’ont particulièrement impressionné. Celui-ci fabrique des navires spécialisés destinés au marché international et vient d’ouvrir un bureau d’ingénierie à Hô Chi Minh-Ville. Selon Stein Iversen, la combinaison du savoir-faire technologique norvégien et des capacités industrielles vietnamiennes pourrait permettre au Vietnam de monter en gamme dans la chaîne de valeur maritime.
L’économie circulaire constitue également une priorité du partenariat stratégique vert. La croissance rapide du pays exerce une pression croissante sur les ressources et les infrastructures de traitement des déchets, tandis que la Norvège possède une expertise reconnue dans le recyclage et la gestion des déchets.
À Phú Quôc, une entreprise norvégienne spécialisée dans les hautes technologies mène ainsi un projet pilote associant collecte, consigne et recyclage, qui pourrait être étendu à plus grande échelle. Parallèlement, l’institut de recherche SINTEF collabore avec des partenaires vietnamiens à la mise au point de solutions permettant de traiter les déchets plastiques non recyclables dans l’industrie cimentière, responsable de 17% des émissions de carbone du pays. Ces initiatives représentent un levier important pour accompagner le Vietnam dans sa transition vers la neutralité carbone à l’horizon 2050.
L’énergie constitue le quatrième axe de coopération. La croissance économique soutenue du Vietnam entraîne une hausse de ses besoins énergétiques, tandis que la Norvège figure parmi les grandes puissances énergétiques mondiales. Plusieurs entreprises norvégiennes sont déjà présentes sur le marché vietnamien, et le fonds public d’investissement Norfund finance de nombreux projets dans les énergies renouvelables et l’économie circulaire.
Pour l’ambassadeur, ces quatre secteurs présentent un dénominateur commun : ils permettent de faire converger l’expertise norvégienne et les ambitions de développement du Vietnam, qui entend accéder au statut de pays à revenu élevé d’ici 2045 et atteindre la neutralité carbone en 2050.
Cette approche rejoint la vision défendue par le Premier ministre Lê Minh Hưng et les dirigeants de Hô Chi Minh-Ville : "investir avec le Vietnam, et pas seulement investir au Vietnam".
Trois conseils aux entreprises
Au cours du dialogue, le diplomate norvégien a formulé trois recommandations à l’intention des entreprises souhaitant tirer parti du nouvel accord.
Premièrement, il les a invitées à étudier attentivement le texte, notamment le calendrier de réduction des droits de douane, les documents exigés et les règles d’origine. Pour les accompagner, elles peuvent faire appel à l’ambassade, à Innovation Norway à Hanoï ou au secrétariat de l’AELE, dont les équipes maîtrisent le texte "virgule par virgule".
Deuxièmement, il leur a conseillé de ne pas attendre pour se préparer. La signature ne suffit pas à rendre l’accord applicable : celui-ci doit encore être ratifié par les quatre États membres de l’AELE - le Liechtenstein, l’Islande, la Norvège et la Suisse - ainsi que par le Vietnam. Son entrée en vigueur interviendra trois mois après la ratification par le Vietnam et par l’un des États de l’AELE. Dans le scénario le plus optimiste, cette échéance pourrait être atteinte au premier semestre 2027.
Troisièmement, les entreprises doivent se familiariser avec les normes en vigueur sur le marché de leur partenaire et veiller à s’y conformer. Pour l’ambassadeur, ces exigences ne doivent pas être considérées comme de simples contraintes administratives, mais comme une véritable feuille de route pour renforcer leur compétitivité.
Enfin, Stein Iversen a encouragé les entreprises à faire remonter leurs observations si l’accord ne répond pas à leurs attentes ou si sa mise en œuvre rencontre des difficultés.
"Les gouvernements ne peuvent agir que s’ils reçoivent ces retours", a-t-il souligné.
Texte et photos : Truong Giang/CVN




