Lâm Dông : un nouvel élan pour un village de poterie Cham

Inscrite à l’UNESCO, la poterie Cham de Binh Duc connaît un renouveau spectaculaire. Entre tradition ancestrale et modernité numérique, ce savoir-faire unique a échappé à l’extinction pour conquérir de nouveaux marchés, portés par une jeunesse engagée et fière.

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Habitants locaux s’activant pour expédier à temps les commandes de poterie vers les points de vente. 
Photo : VNA/CVN

Berceau ancestral de l’ethnie Cham, le village de Binh Duc (ou village de Go) se niche dans la province de Lâm Dông. Ce site séculaire, jadis tombé dans l’oubli, vit aujourd’hui une transformation profonde sous l’impulsion d’une reconnaissance internationale.

Depuis son inscription par l’UNESCO sur la Liste du patrimoine immatériel nécessitant une sauvegarde urgente, cet artisanat bénéficie d’une dynamique inédite. Désormais conscients de l’exceptionnelle valeur de leur héritage, les potiers locaux s’engagent avec ferveur dans la pérennisation et le rayonnement de leur identité culturelle.

Une vitalité retrouvée

Fin 2025, le changement est palpable pour quiconque traverse Binh Duc. Autrefois moribond et menacé de disparition, ce foyer de l’artisanat cham pulse désormais d’une énergie nouvelle. Dans les ateliers, l’effervescence a remplacé le silence : les artisans s’activent, tandis que les cargaisons s’enchaînent pour ravitailler les marchés locaux. Un renouveau qui redonne enfin des couleurs à la poterie traditionnelle.

Tôt le matin, la famille de Tiên Thi Hoa illustre ce regain d’acti-vité en chargeant plus de 600 pièces sur un camion. “C’est notre plus grosse commande depuis le début de 2025”, se réjouit-elle. Entre fourneaux, marmites en terre et moules à gâteaux, ces ustensiles du quotidien s’apprêtent à conquérir les foyers de la province et des régions voisines.

Forte de quarante ans d’expé-rience, Mme Hoa n’a ressenti ce basculement que très récemment. La sauvegarde du patrimoine, couplée à un regain d’intérêt des consommateurs, a redonné des couleurs au marché local. “La vente est devenue plus fluide, et de nombreux foyers ont repris le chemin des ateliers”, observe-t-elle avec satisfaction.

Pour s’adapter à l’époque, sa famille mise désormais sur Facebook, TikTok et Zalo. En exposant les coulisses de leur savoir-faire en vidéo, ils ont vu leur clientèle exploser. Ce succès digital a un impact social direct : “Nous avons dû embaucher trois ouvrières supplémentaires, offrant ainsi un emploi stable à des femmes du village”, précise l’artisane.

Un pont entre générations

Si la production se limitait autrefois aux objets utilitaires et rituels, elle s’oriente désormais vers l’art décoratif pour séduire les sites touristiques et les cafés branchés. Ce virage esthétique attire une nouvelle vague de pratiquants, des aînés aux plus jeunes. Trân Thi Bao Hòa, potière depuis dix ans, illustre cet engagement quotidien : “Dès que les travaux des champs me le permettent, je façonne entre 40 et 50 pièces par jour”. Une production artisanale vendue sur les marchés locaux, symbole d’une économie rurale qui reprend vie.

Pour Mme Hòa, la stabilité prime sur le gain financier, mais l’essentiel est ailleurs : dans la transmission. “Je suis convaincue que les jeunes ne voient plus ce métier comme un fardeau. En alliant les techniques de leurs mères à une vision moderne, ils feront rayonner l’essence de notre art”, confie-t-elle. Cette renaissance de Binh Đuc prouve que la culture Cham, loin de s’effacer, s’épanouit face à la modernité.

Si Lâm Dông abrite une importante communauté Cham, seul le hameau de Binh Đuc préserve ce savoir-faire séculaire, transmis intact de génération en génération. Ici, le processus reste immuable, du choix de l’argile jusqu’aux finitions.

La singularité absolue de cette poterie réside dans l’absence de tour : l’artisan ne fait pas tourner l’argile, il tourne lui-même autour d’une base fixe dans une chorégraphie rythmée.

Vers un tourisme durable

Dans l’Espace d’exposition de la culture des Cham, au village de Binh Duc. 
Photo : VNA/CVN 

La cuisson à ciel ouvert constitue une autre prouesse technique et communautaire. Sur une aire exposée aux vents, les pièces sont empilées entre paille et bois de chauffage. Après une heure de brasier, les poteries brûlantes sont aspergées d’une décoction de fruits de thi (Diospyros decandra) ou de coques de noix de cajou. Ce choc thermique crée des mouchetures noires aléatoires, une signature visuelle qui distingue la poterie cham de toutes les autres productions mondiales.

Aujourd’hui, le village de Binh Duc compte 43 foyers permanents et une soixantaine de familles saisonnières qui font vivre cet art. Face à cet enjeu, les autorités locales ont réagi. Trân Quôc Tuân, vice-président du Comité populaire de la commune de Bac Binh, souligne l’impact de l’UNESCO : “Nous avons mis en place des solutions concrètes, notamment l’aménagement d’une zone d’extraction d’argile exclusive-ment dédiée aux artisans”.

Outre la sécurisation des matières premières, un espace d’exposition culturelle a vu le jour, tandis que la planification de nouvelles aires de cuisson à ciel ouvert est en cours pour pérenniser la production dans le respect des normes locales.

L’avenir s’écrit aussi à travers le soutien financier et la formation. La commune facilite désormais l’accès aux prêts pour permettre aux potiers d’agrandir leurs ateliers et de moderniser leur promotion.

En parallèle, le Centre d’exposition culturelle Cham (Musée provincial de Lâm Dông) joue un rôle de catalyseur en reliant les artisans aux circuits touristiques. Entre démonstrations en direct, concours de savoir-faire et expositions, la poterie de Binh Duc ne se contente plus de survivre : elle s’impose comme une destination culturelle incontournable, prête à conquérir des marchés toujours plus vastes.

Huong Linh - Hông Hiêu/CVN

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