La sécurité, enjeu du café durable

La durabilité de la filière café ne se limite plus aux performances agronomiques ni à la qualité des récoltes. Elle passe également par des exploitations plus sûres et une meilleure protection des travailleurs.

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Grâce au programme NESCAFÉ Plan, Mme Dung et M. Ngoc Anh améliorent la productivité et la qualité de leur café.
Photo : DT/CVN

À Buôn Ma Thuôt, la journée de Van Thi My Dung commence avant le lever du soleil. Depuis les années 1990, elle exploite, avec son mari Do Ngoc Anh, une plantation familiale de plus de dix hectares, où le café est cultivé aux côtés du poivre.

Comme beaucoup de petits producteurs des Hauts Plateaux du Centre, le couple a longtemps travaillé dans un environnement marqué par les contraintes du terrain, le manque d'équipements adaptés et une connaissance encore limitée des règles de prévention. Les accidents et les risques liés au travail faisaient alors partie du quotidien.

Cette réalité, souvent méconnue des consommateurs, rappelle que la durabilité de la filière café dépend aussi des conditions de travail de celles et ceux qui cultivent les caféiers.

Selon l'Organisation internationale du travail (OIT), la filière café vietnamienne, essentiellement portée par de petites exploitations familiales des Hauts Plateaux du Centre, fait vivre plus de 1,4 million de personnes, dont 44% de femmes. Malgré son rôle majeur dans l'économie agricole, elle reste confrontée à de nombreux défis, parmi lesquels des conditions de travail insuffisamment sûres, des inégalités de genre, un accès encore limité aux droits du travail et à la protection sociale, ainsi que les conséquences grandissantes du changement climatique.

Prévenir les risques

Depuis son adhésion au programme NESCAFÉ Plan en 2014, la famille de Mme Dung a progressivement adopté des pratiques agricoles inspirées de l'agriculture régénératrice. Ces méthodes ont contribué à améliorer à la fois les rendements et la qualité du café.

Mené en partenariat avec le Vision Zero Fund de l'Organisation internationale du travail (OIT), le programme ne se limite plus aux seules pratiques culturales. Il intègre désormais la santé et la sécurité au travail ainsi que les conditions sociales dans les exploitations agricoles.

Sous la supervision de la Croix-Rouge du Vietnam, les participants s’exercent aux gestes de premiers secours en situation réelle.
Photo : DT/CVN

Pour atteindre cet objectif, l'OIT s'appuie sur la méthode WIND/PAOT, qui encourage les producteurs à observer leur propre environnement de travail afin d'identifier les risques potentiels. Circulation dans les parcelles, rangement des outils, stockage des intrants, manutention ou postures de travail sont ainsi passés en revue avant la mise en œuvre d'améliorations concrètes.

Les participants sont ensuite invités à mettre en œuvre des améliorations simples, rapides et peu coûteuses : réorganiser les espaces de travail, signaler les zones à risque ou encore adapter certains gestes afin de limiter les accidents au quotidien.

Le projet comprend également un volet consacré aux premiers secours. Lors d'une session organisée à Dak Lak, une trentaine de producteurs et de techniciens agricoles venus de Dak Lak, Dak Nông et Lâm Dông se sont exercés à arrêter une hémorragie, immobiliser un membre fracturé ou transporter une victime en utilisant le matériel disponible sur une exploitation, comme des foulards, des cordes ou des vestes.

À cette occasion, le caféiculteur Lam Dzy Long, installé dans la province de Lâm Dông, a estimé que personne ne souhaitait être confronté à un accident, mais qu'il restait indispensable de savoir réagir avant l'arrivée des secours.

Au-delà de ces apprentissages, les formations abordent également les droits du travail, la protection sociale et les mécanismes favorisant une plus grande formalisation de l'emploi agricole.

Une responsabilité partagée

Des dispositifs de protection sont installés sur les parties mobiles des machines afin de garantir la sécurité des travailleurs.
Photo : DT/CVN

En décembre 2025, une session de formation organisée à Buôn Ma Thuôt a réuni une trentaine de producteurs venus de Dak Lak et de Dak Nông autour de situations inspirées de la réalité des récoltes. Les participants ont été confrontés à plusieurs scénarios, parmi lesquels l'embauche de travailleurs saisonniers sans accord préalable, la confiscation de documents d'identité ou encore le recours à des mineurs pour des tâches pénibles ou dangereuses.

Ces échanges ont mis en évidence que des pratiques longtemps considérées comme anodines pouvaient entraîner des conséquences tant pour les travailleurs que pour les exploitants. La conformité aux règles est ainsi apparue non plus comme une simple obligation administrative, mais comme un facteur de protection, de stabilité et de responsabilité au sein de la filière.

Le projet entre désormais dans une nouvelle phase, marquée par le transfert progressif des compétences aux équipes locales. Selon l'OIT, une session de remise à niveau organisée à Gia Nghia, dans la province de Lâm Dông, et achevée le 22 mai, a été assurée pour la première fois exclusivement par les formateurs locaux du partenaire, sans l'appui direct d'experts internationaux.

Responsable du projet NESCAFÉ Plan, Nguyên Trong Tuong a expliqué que cette étape allait au-delà d'une simple actualisation des connaissances. Selon lui, elle devait permettre aux agriculteurs référents d'acquérir l'assurance nécessaire pour diffuser les bonnes pratiques en matière de santé et de sécurité au travail et accompagner les groupes dont ils assurent le suivi.

Des outils soigneusement rangés pour un travail plus efficace et plus sûr.
Photo : DT/CVN

À la fin de 2025, le projet avait déjà bénéficié à 21.872 producteurs grâce à 455 sessions de formation consacrées à la santé et à la sécurité au travail. Au total, 21.513 participants avaient également été sensibilisés au droit du travail, tandis que 628 exploitations avaient engagé 2.256 améliorations en matière de sécurité et de santé au travail, dûment répertoriées.

Pour Nestlé, cette coopération avec l'OIT s'inscrit dans une stratégie de long terme visant à construire une chaîne d'approvisionnement plus responsable, où la qualité du café va de pair avec la protection des producteurs et le respect de leurs droits.

Car, au bout de la chaîne de valeur, la durabilité d'une filière ne se mesure pas uniquement aux volumes produits ou aux performances à l'exportation. Elle se reflète aussi dans la capacité de chaque travailleur à exercer son métier dans des conditions sûres, à préserver sa santé et à assurer durablement les moyens de subsistance de sa famille.

Thao Nguyên/CVN

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