>> La fabrication du papier dó du peuple Muong
>> Magnifiques peintures sur papier dó par Bui Chat
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| Peintures traditionnelles et modernes créées sur papier dó. |
| Photo : TTVH/CVN |
Fabriqué artisanalement à partir de l’écorce du poonah (connu localement sous le nom dó - Rhamnoneuron balansae), le papier fin et poreux exige une maîtrise absolue. Son pouvoir absorbant requiert un dosage précis d’encre et d’eau : un excès peut ruiner la surface. Résistant à la pourriture et aux termites sans aucun traitement chimique, il assure une conservation durable des œuvres et documents historiques.
Variations et expérimentations
Historiquement utilisé pour les estampes populaires de Dông Hô, Hàng Trông, les manuscrits han-nôm (idéogrammes sino-vietnamiens) et les édits royaux, le papier dó s’assouplit en vieillissant. Les couleurs s’y diffusent harmonieusement, offrant une profondeur esthétique unique. Les artistes privilégient des palettes douces, des traits précis et un “espace de respiration” qui met en valeur sa translucidité naturelle.
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| "Dam cuoi chuôt" (Mariage de rats), estampe iconique de Dông Hô sur papier dó. |
| Photo : CTV/CVN |
Du papier simple et souple aux versions multicouches plus rigides, chaque épaisseur ouvre des possibilités créatives. Les techniques fusionnent : encre de Chine, aquarelle, acrylique ou même huile sur ce support rustique. Cette polyvalence élargit le champ expressif, mêlant héritage populaire à des thèmes urbains, lyriques ou abstraits.
La pratique quotidienne forge cette retenue : coups de pinceau doux, maîtrise de l’humidité. Au-delà de l’art, en cultivant l’arbre dó et en transmettant le savoir-faire, les villages d’artisanat préservent cette part de culture populaire vietnamienne.
Renouvellement des traditions
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| Le papier dó peut être combiné à divers médiums, de l’encre de Chine à l’aquarelle en passant par l’acrylique et la peinture à l’huile. |
| Photo : TTVH/CVN |
Autrefois cantonné aux traditions populaires et aux villages d’artisanat, ce matériau réapparaît aujourd’hui dans les espaces d’art contemporain, s’imposant dans des expositions, pratiques individuelles et œuvres expérimentales d’une nouvelle génération d’artistes.
Organisée fin décembre 2025 au Musée des beaux-arts du Vietnam (au 66, rue Nguyên Thai Hoc, Hanoï), l’exposition “Góp dó 3” (Peintures sur dó rassemblées) a fédéré 15 artistes de générations et d'horizons variés, tous animés par leur passion pour ce support. La centaine d'oeuvres présentée a témoigné de la polyvalence du matériau, invitant à explorer des styles du lyrique au réaliste, en passant par l’expressionnisme et l’abstrait.
L’artiste Dang Tiên raconte que le groupe Góp dó a été fondé en 2018 par un petit cercle de collègues avant de s’étendre progressivement au fil des expositions.
Bien que tous les membres ne travaillent pas ce matériau de façon régulière, l’événement a mis en lumière sa capacité à absorber divers styles et techniques.
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| Une visiteuse admire une œuvre à l’exposition “Góp dó 3”, tenue fin décembre 2025 au Musée des beaux-arts du Vietnam, à Hanoï. |
| Photo : TTVH/CVN |
Parmi les artistes, Bùi Van Tuât s’est distingué par sa technique à l’huile, réaliste et raffinée, Doàn Duc Hùng par son travail au pinceau expressionniste et audacieux, et Bùi Tiên Tuân par la douceur qu’il insuffle au papier avec de la peinture sur soie.
La série Dêm (Nuit) de Hà Huy Muoi explore les variations tonales et le rythme, tandis que Dang Huu présente des compositions urbaines dynamiques aux coups de pinceau rapides et énergiques.
Évoquant l’attrait du matériau, Dang Tiên souligne que le papier dó peut être combiné à divers médiums, de l’encre de Chine à l’aquarelle en passant par l’acrylique et la peinture à l’huile, à condition que les artistes en comprennent les qualités intrinsèques. Son caractère rustique et sa profondeur expressive continuent de séduire les jeunes talents.
Vu Thai Binh l’exploite depuis plus de vingt ans et le décrit comme un médium à la fois magnifique et exigeant. Doux et très absorbant, le papier dó ne tolère que peu de corrections et requiert une manipulation délicate et une maîtrise acquise au fil du temps.
Pour lui, c’est plus qu’un matériau traditionnel : c’est un fondement typiquement vietnamien de l’expression artistique contemporaine.
À “Góp dó 3”, la tradition n’est pas figée comme un héritage immuable, mais réinterprétée à travers une expérimentation novatrice, réaffirmant ainsi la vitalité du papier dó dans l’art vietnamien contemporain.
Thuy Hà/CVN






