La musique traditionnelle vietnamienne change de dimension

À l’horizon 2031, le Vietnam veut faire de l’Orchestre national de musique traditionnelle un véritable espace artistique, où patrimoine, créativité et intégration internationale pourraient converger pour donner un nouvel élan au développement culturel du pays.

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Représentation de l’Orchestre national de musique traditionnelle. 
Photo : VNA/CVN

La musique traditionnelle vietnamienne est une richesse considérable, mais toutes ses possibilités sont encore loin d’être exploitées. Du đàn tranh (cithare à 16 cordes) au đàn bầu (cithare monocorde), en passant par le sáo (flûte traditionnelle) et le đàn nguyệt (luth à deux cordes), elle rassemble des instruments aux sonorités, aux techniques de jeu et aux histoires très différentes.

Un projet approuvé par le ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme prévoit de faire évoluer, d’ici à 2031, l’Orchestre national de musique traditionnelle vers un véritable espace artistique national, destiné à accompagner les activités culturelles au Vietnam comme à l’étranger. Cette orientation marque une étape importante : la musique traditionnelle ne serait plus seulement présente à travers des spectacles ponctuels, mais disposerait d’un cadre permanent pour développer son répertoire et ses pratiques.

L’enjeu dépasse toutefois la constitution d’un orchestre de grande taille. Réunir les instruments au sein d’une même formation permettrait d’approfondir les recherches sur leurs caractéristiques sonores, leurs techniques et leurs possibilités d’association. La confrontation de timbres très différents pourrait ainsi faire émerger de nouvelles couleurs musicales et révéler des capacités d’expression encore peu explorées.

Un patrimoine appelé à se renouveler

La finesse du đàn tranh est indispensable lors des représentations de l'Orchestre national de musique traditionnelle.
Photo : CTV/CVN

Chaque instrument possède en effet sa propre personnalité. La finesse du đàn tranh, la sonorité particulière du đàn bầu, les nuances du sáo ou les accents du đàn nguyệt sont liés à des traditions et à des contextes culturels précis. Les réunir dans un ensemble orchestral suppose donc un travail de recherche, d’arrangement et d’interprétation qui pourrait contribuer à mieux définir leur place dans la création musicale contemporaine.

Mais faire vivre un patrimoine ne signifie pas uniquement conserver ce qui existe. La création de nouvelles œuvres sera indispensable pour donner à l’orchestre une véritable identité artistique. De nouvelles formes d’arrangement pourront placer les instruments traditionnels dans un dialogue avec l’écriture contemporaine, sans pour autant effacer leurs caractéristiques.

Pour les compositeurs, ce cadre ouvrirait un espace d’expérimentation. Pour les interprètes, il offrirait de nouvelles possibilités de développer leur technique et d’explorer les possibilités de leur instrument. À mesure que de nouvelles œuvres seraient créées, le répertoire de la musique instrumentale vietnamienne pourrait lui aussi s’enrichir.

L’objectif serait ainsi de trouver un équilibre entre fidélité et renouvellement. La modernisation ne consisterait pas à abandonner les formes traditionnelles, mais à leur permettre de continuer à évoluer et à trouver de nouvelles façons de parler au public d’aujourd’hui.

Cette ambition artistique pose naturellement la question du public. Pour s’inscrire dans la durée, l’orchestre ne pourra se limiter aux grandes cérémonies et aux manifestations officielles. Il devra construire une véritable programmation, avec des concerts réguliers, des tournées et des rencontres permettant d’installer progressivement une relation avec les spectateurs.

Une scène pour le Vietnam et au-delà

Đàn bầu, đàn nguyệt et sáo sont trois instruments emblématiques du patrimoine musical vietnamien.
Photo : CTV/CVN

Le numérique pourra compléter cette présence sur scène. Les réseaux sociaux offrent notamment la possibilité de diffuser des extraits de concerts, de présenter les instruments, de suivre le travail des musiciens ou de raconter l’histoire d’une œuvre. Ces contenus peuvent toucher des personnes qui ne fréquentent pas spontanément les spectacles consacrés à la musique traditionnelle, en particulier les jeunes générations.

Cette diversification des publics est d’autant plus importante que l’orchestre pourrait devenir un espace de rencontre entre tradition vietnamienne et création internationale. Une organisation fondée sur une approche académique favoriserait le développement d’œuvres orchestrales de plus grande ampleur, mais aussi l’exploration de nouvelles formes d’orchestration.

L’adaptation d’œuvres du répertoire mondial aux instruments vietnamiens constituerait une piste particulièrement intéressante. Faire entendre une œuvre étrangère au đàn bầu, au đàn tranh ou au sáo permettrait de montrer les possibilités expressives de ces instruments sous un angle différent. Dans le même temps, cette confrontation donnerait aux musiciens l’occasion de se familiariser avec d’autres écritures et d’autres traditions musicales.

L’ouverture pourrait également fonctionner dans l’autre sens. En accueillant des artistes étrangers ou en développant des collaborations avec des formations internationales, l’orchestre créerait de nouvelles occasions de dialogue. La musique traditionnelle vietnamienne ne serait alors plus seulement présentée comme un patrimoine à découvrir, mais comme une expression artistique capable d’entrer en conversation avec d’autres cultures.

Cette dimension pourrait trouver naturellement sa place dans les activités de coopération et de diplomatie culturelle du Vietnam. Sur les scènes étrangères, les instruments traditionnels offriraient une manière sensible de raconter le pays, sans passer uniquement par les discours institutionnels.

Reste cependant un défi essentiel : donner à l’orchestre une vie qui lui soit propre. Sa présence lors des grands rendez-vous nationaux, culturels ou diplomatiques ne suffira pas à construire une institution durable. Il lui faudra un public régulier, des œuvres nouvelles, des artistes identifiés et une programmation suffisamment variée pour susciter l’envie de revenir.

C’est dans cette relation quotidienne avec la création et les spectateurs que se mesurera sans doute la portée réelle du projet. Le Vietnam dispose déjà d’un patrimoine musical foisonnant. L’enjeu, désormais, est de lui offrir un espace où ses instruments puissent continuer à se faire entendre, à se rencontrer et à évoluer, au pays comme sur les scènes du monde.

HUONG GIANG/CVN


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