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| Le Professeur Dang Duong Bang. |
| Photo : CTV/CVN |
Très tôt, un accomplissement scientifique marque son nom. Alors que le chercheur Dang Duong Bang n’était encore que titulaire d’un master en biologie-chimie, trois mois de recherches intensives lui suffirent pour isoler chez une levure un gène capable de restaurer et réparer l’ADN altéré par les rayons ultraviolets - cause de mutations à l’origine des cancers. Cette découverte ouvrit un champ d’études entièrement nouveau pour le laboratoire où le scientifique visionnaire travaillait et lui valut une bourse doctorale de cinq ans aux Pays-Bas (1990-1995).
Il aime dire que cette découverte ressemblait à un conte, surgie dans les mains d’un jeune chercheur venu d’un pays où l’on utilisait encore la machine à écrire. Même son professeur néerlandais, incrédule, plaisanta en affirmant qu’il avait dû trouver un gène de crocodile quelque part. Trois mois plus tard, l’artiste-scientifique parvenait à cloner ce gène et à démontrer sa sensibilité aux ultraviolets - preuve irréfutable de son intuition scientifique.
En 1998, l’Européen d’adoption s’installe définitivement au Danemark. En 2012, il devient membre de la prestigieuse Université technique du Danemark. Obtenir ce titre dans un pays nordique est déjà un défi; pour un scientifique d’origine étrangère n’ayant pas renoncé à sa nationalité, c’est une ascension exceptionnelle.
Hanoï : les racines indélébiles
Né en 1951 dans la province de Vinh Phuc (désormais rattachée à la province de Phu Tho, au Nord), mais issu d’une lignée de sept générations originaires du village de Vân Hô à Hanoï, Dang Duong Bang, surnommé plus tard le “Lotus vietnamien”, regagne la capitale à peine âgé de quelques jours dans un panier que sa mère porte sur l’épaule, veillant à ce que le nouveau-né ne pleure pas. Hanoï devient ainsi sa racine profonde - lieu d’enfance, de guerre, de beauté.
Entre 1965 et 1968, l’écolier qu’il était dut s’évacuer avec ses camarades et enseignants lors des bombardements américains. En 1972, alors que le créateur termine brillamment ses études à la faculté de biologie-chimie de l’Université de Hanoï, il est témoin des destructions qui frappent la capitale. La maison familiale à Ha Hồi fut touchée : une partie du toit s’effondra, brisant le piano - symbole d’un monde fragile mais tenace.
La capitale est aussi le berceau des lettres et des arts. Il y apprend le ballet pendant l’été, mais surtout la peinture au bord du lac de l’Ouest, auprès de son oncle - le peintre Nguyên Tiên Chung - puis auprès d’autres artistes tels que Pham Viêt Song ou Trân Dông Luong. Plus tard, l’amitié profonde qui le lie au maître-peintre Bùi Xuân Phai forge sa sensibilité artistique.
Hanoï incarne pour lui la tendresse de sa mère et de sa grand-mère - deux femmes fortes, douces, aimantes - et un lieu où le sens du lien humain, de la dignité et du respect mutuel demeure essentiel. Il confie qu’à chaque retour, les larmes lui viennent, tant la ville d’aujourd’hui diffère de celle qu’il porte en mémoire.
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| Le Professeur Dang Duong Bang exprime et partage son attachement au Vietnam à travers ses peintures. |
| Photo : NVCC/CVN |
Bien que l’homme du Nord vive depuis des décennies loin de son pays natal, il affirme : “Je reste un Vietnamien avant tout”. Cette fidélité se lit dans chacune de ses œuvres. Femmes en áo dài (tunique fendue traditionnelle des Vietnamiennes), lampes à huile, poteries, fleurs de pêcher, lotus, fruits tropicaux, bánh chung (gâteau de riz gluant farci de viande de porc et d’haricot mungo de forme carrée), bánh dày (gâteau de riz gluant pilé)… reviennent comme des fragments de culture préservés dans la lumière nordique. Sa composition mêle élégance moderne et souffle populaire, comme si chaque symbole traditionnel trouvait sa place naturelle dans un tableau contemporain.
Sa technique est singulière : or sur papier journal, traits incisifs sur papier froissé - un art de la dualité, où la noblesse épouse la simplicité. La lune, dans ses toiles, est pleine, éclatante. Le lotus n’est jamais timide : il s’ouvre large, prêt à offrir sa graine, ses étamines dressées comme mille yeux regardant le monde. Les nervures des feuilles, la vie amphibie des étangs - grenouilles, libellules - surgissent vivantes, vibrantes.
L’équilibre vital entre laboratoire et atelier
Pour lui, science et peinture ne s’opposent pas, elles se complètent. Lorsque la recherche exige trop, le scientifique-artiste trouve refuge dans la peinture ; parfois la poésie ou la musique prennent le relais, car on ne peint pas à volonté : on peint par nécessité intérieure.
Ses œuvres portent l’Asie, mais respirent aussi l’Europe. On y sent l’écho des fresques médiévales des églises danoises, des tapis anciens du Nord, des influences de Matisse, Picasso ou Modigliani, qu’il a longuement observés. Il admire Nguyên Tu Nghiêm, Bùi Xuân Phai comme il est fasciné par les maîtres occidentaux - parce qu’il sait reconnaître la beauté chez chacun.
Il dit humblement qu’on aime sa peinture non pour sa virtuosité, mais parce qu’on y lit la transparence de son âme. Pour lui, l’œuvre reflète la dignité de son auteur : une âme belle crée naturellement quelque chose de beau, même imparfait.
Un jeune journaliste lui demanda un jour son avis sur les Danois. Il répondit qu’ils étaient semblables à des noix de coco : écorce ferme, cœur doux et une fidélité sans faille lorsqu’on en gagne la confiance. Puis, il ajouta que les Vietnamiens, eux, ressemblaient aux lotus enracinés dans la boue mais s’élevant vers la lumière.
Pour lui, le Vietnam est comme une grande maison commune, aux colonnes immenses que sont la culture, la famille, l’éthique. Sous ce toit, chaque individu peut être un bambou droit, un lotus fier, capable de s’épanouir en tout lieu. Et toute sa vie, le lotus vietnamien s’efforce d’être ce lotus.
Parcours exceptionnel du Pr. Dang Duong Bang
• Diplômé de l’Université de Hanoï en biologie-chimie (1972)
• Docteur en génétique moléculaire - réparation de l’ADN, Université de Leiden, Pays-Bas (1996)
• Professeur à l’Université technique du Danemark
• Plus de 20 ans de carrière au Danemark : 23 programmes européens dirigés, plus de 16,8 millions de dollars obtenus en financement
• Premier et unique Vietnamien nommé Professeur au Danemark et dans toute la région nordique
• Peintre avec plus d’un millier d’œuvres, une quarantaine d’expositions personnelles en Australie, au Danemark, aux Pays-Bas, en France, au Royaume-Uni, aux États-Unis, en République de Corée, au Japon et au Vietnam.
Hai An - Câm Sa/CVN




