Des rizières de Phú Yên à la NASA : l’incroyable ascension d’un Vietnamien

De son village vietnamien modeste jusqu’à la NASA (National Aeronautics and Space Administration), Lê Ngoc Trâm a transformé une enfance difficile en un parcours scientifique exceptionnel.

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Lê Ngoc Trâm, l’un des rares Vietnamiens à travailler à la NASA. 
Photo : NVCC/CVN

Sa détermination et son talent prouvent qu’aucun rêve, même cosmique, n’est hors de portée.

Né en 1990 dans un petit village de la province côtière de Phu Yên, Lê Ngoc Trâm a connu une enfance précaire. À 5 ans, ses parents divorcent. Sa petite sœur n’a que deux mois. Il vit d’abord avec son père, puis rejoint sa mère et sa grand-mère maternelle.

Sa mère travaille loin, c’est sa grand-mère qui l’élève et lui répète inlassablement : “Pour un paysan pauvre, il n’y a qu’une seule porte de sortie : les études”. Ces mots deviennent le moteur de toute sa vie.

Premiers pas brillants et choix pragmatique

Très tôt, Lê Ngoc Trâm se révèle curieux et brillant. Passionné d’astronomie et de géographie, il dévore les livres et fixe un objectif ambitieux : obtenir au moins un master, comme son oncle qu’il admire.

Après le lycée, pour ne pas alourdir la charge familiale, il choisit la physique à l’Université de Quy Nhon, la plus proche et la moins chère. Durant ses quatre années de licence, il excelle : sélectionné deux fois aux Olympiades nationales de physique pour étudiants, il remporte une médaille d’argent et un prix d’encouragement. Parallèlement, il s’engage dans les mouvements de jeunesse et les activités sociales.

Lê Ngoc Trâm et la Docteure Nguyên Thi Minh Phuong (centre) à Paris en 2016. Photo : NVCC/CVN

En 2012, diplôme en poche, il retourne enseigner la physique dans un lycée de Phu Yên, avec l’intention de préparer un master plus tard.

Tout bascule quand son enseignante, la Docteure Nguyên Thi Minh Phuong, lui parle du master en espace et applications de l’Université des sciences et technologies de Hanoï (USTH), une école franco-vietnamienne, grâce aux assistance de feu le Professeur Yannick Giraud-Héraud (du Laboratoire d’astroparticules et de cosmologie, Université Paris Diderot - aujourd’hui Université Paris Cité), et ancien directeur du Département de l’espace et des applications de l’USTH.

Les frais sont très élevés pour lui, mais quelque chose le captive immédiatement : “Je ne comprends pas encore clairement le programme de formation du master, mais je vois qu’il est lié à l’astrophysique, donc je suis très intéressé”.

Sa mère promet de l’aider autant que possible ; lui parie sur une bourse. Le plus gros obstacle ? L’anglais, exigé à un haut niveau. Il enseigne le jour, étudie la langue la nuit et, trois mois plus tard, passe l’entretien à Hanoï avec succès. Ses excellents résultats lui valent une bourse couvrant la totalité des frais et une partie du quotidien. Il dira plus tard : “C’était cher, mais la qualité de l’enseignement justifiait chaque dông”.


À l’USTH, il travaille avec des Professeurs français de renommée internationale. En deuxième année, une nouvelle bourse lui permet de réaliser son mémoire à l’Université Paris 7 (aujourd’hui Université Paris Cité). Cette première expérience française est décisive : il enchaîne directement sur un doctorat codirigé entre l’École normale supérieure de Paris et l’Observatoire de Paris.

Les années de thèse sont rudes : pression énorme, doutes, parfois sentiment de se perdre. Il en tire une leçon définitive : “Faire de la science fondamentale demande surtout de l’endurance. Il faut tenir, même quand on ne voit pas la lumière au bout du tunnel”.

Les résultats remarquables de Lê Ngoc Trâm sont le fruit d’efforts extraordinaires. 
Photo : NVCC/CVN

En 2018, il soutient brillamment sa thèse. Peu après, il collabore avec le Professeur Hoàng Chí Thiêm à l’Institut sud-coréen d’astronomie et de sciences spatiales (KASI). Leur article commun est publié dans Nature Astronomy, une consécration internationale.

Le tournant décisif arrive encore à Paris. Lors d’un colloque, il rencontre le Docteur William T. Reach, directeur adjoint du programme “Stratospheric Observatory for Infrared Astronomy” (SOFIA), un télescope de 2,5 m embarqué dans un Boeing 747SP modifié, fruit d’une collaboration NASA-DLR. Les recherches de Lê Ngoc Trâm sur le milieu interstellaire correspondent exactement aux besoins de SOFIA. M. Reach lui confie des tâches tests, puis le recommande officiellement.

Une rencontre décisive : direction la NASA

Lors de l’entretien avec le comité NASA, Trâm impressionne par sa rigueur scientifique, sa maîtrise de l’anglais (devenue excellente) et sa détermination. Il est accepté comme chercheur postdoctoral au NASA Ames Research Center, en Californie.

Les premiers mois sont intimidants. Il se sent parfois en retrait face à des collègues nés dans la langue et l’environnement. Il s’impose alors une discipline de fer : “Si les Américains travaillent huit heures, moi j’en fais dix, même le week-end”.


Un an plus tard, ses efforts payent : il devient SOFIA Postdoc Fellow indépendant, avec des évaluations qualifiées de “rares” par son superviseur. Il analyse les données infrarouges de l’observatoire volant pour comprendre la formation et l’évolution des étoiles, en particulier le rôle des champs magnétiques.

Malgré la distance, Trâm revient régulièrement au Vietnam pour donner des conférences et motiver les lycéens et étudiants. Il constate une nette progression de l’intérêt pour les sciences et salue le Centre international de découverte scientifique de Quy Nhon, dont les équipements modernes n’existaient pas à son époque.

Ses conseils aux jeunes : la passion avant tout ; l’anglais et les soft skills ; l’auto-apprentissage continu ; commencer à contacter des chercheurs très tôt. Il soutient activement le réseau VARNET afin de connecter les astronomes vietnamiens entre eux et avec l’international.

À long terme, son rêve reste clair : “Je terminerai mon postdoc, je travaillerai encore quelques années en Europe pour accumuler plus d’expériences, puis, si les conditions le permettent, je rentrerai au Vietnam pour contribuer au développement scientifique de mon pays”.

Thanh Tuê/CVN



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