Au Bénin, l'envol du tourisme, sur les traces de son histoire

"Ça nous rappelle d'où on vient": sous l'imposante "porte du non-retour" à Ouidah, au Bénin, important point de départ des esclaves lors de la traite transatlantique, des grappes de touristes venus de la capitale économique voisine, Cotonou, du Nigeria ou du Togo viennent s'imprégner de l'histoire du continent.

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Une visiteuse devant la "porte du non-retour" à Ouidah, au Bénin, le 6 avril.
Photo : AFP/VNA/CVN

Ces 10 dernières années, le Bénin, où se tient une élection présidentielle dimanche, a misé sur le développement du tourisme en choisissant de promouvoir son histoire, sa culture et son patrimoine.

Haute de près de 17 mètres, la "porte du non-retour", au bord de la plage, a été complètement rénovée et est devenue un lieu incontournable pour les visiteurs de passage au Bénin.

Sur l'édifice ocre et doré sont représentés des esclaves enchaînés. Non loin, une réplique grandeur nature de l'Aurore, un des derniers trois-mâts à avoir quitté Ouidah pour Cuba vers 1860, ouvrira bientôt pour accueillir un musée immersif sur la traite négrière.

"Ça nous rappelle d'où l'on vient. C'est important de développer ce côté touristique car on a une histoire très riche, peu connue du monde, qu'on veut valoriser. C'est important, pour nous natifs du pays, de connaître l'histoire", explique Arsène Ahounou, ingénieur de Cotonou en visite pour la journée.

"J'ai entendu beaucoup de choses à propos du tourisme au Bénin et j'ai lu beaucoup sur l'histoire de ce lieu. Le voir de mes yeux, c'est extraordinaire et ça me rend fière", affirme de son côté Onyinye Anumba, entre deux selfies avec ses amies venues du Nigeria.

Démystifier le vaudou

Un homme passe devant le temple des Pythons, à Ouidah (Bénin), le 7 avril. 
Photo : AFP/VNA/CVN

Un peu plus loin, en ville, déambulent les mêmes groupes de touristes qui viennent cette fois découvrir la culture vaudou (ou vodun, en langue locale fon) dans le temple des Pythons, datant du XIIIe siècle.

Si le clou de la visite consiste à se faire prendre en photo avec un serpent autour du cou, des guides expliquent la symbolique de ce reptile dans la religion vaudou, dont Ouidah est le berceau.

Acteur du tourisme béninois depuis plus de 35 ans, Modeste Zinsou, chef des guides du temple, a vu évoluer le secteur.

"Nous ne faisons pas du tourisme de masse mais plutôt du tourisme culturel. Le côté sacré reste. Il y a un travail de reconstitution de notre propre histoire, où on démystifie le vaudou et les clichés qui vont avec", explique-t-il.

Le Bénin organise chaque année début janvier les "Vodun Days", un festival qui met à l'honneur cette religion animiste et a attiré cette année deux millions de visiteurs, dont une grande majorité de Béninois.

Pour encourager le tourisme, le Bénin a lancé de grands chantiers d'infrastructures, en réhabilitant des routes et des hôtels - un projet du groupe français Club Med est prévu pour 2027 - mais aussi en facilitant la procédure de visa pour de nombreux pays.

Un visiteur allongé sur la place près de la "porte du non-retour" à Ouidah (Bénin), le 6 avril.
Photo : AFP/VNA/CVN

"Nous ne sommes pas un pays ayant des richesses minières. Donc il faut chercher où se trouve notre richesse", résume Alain Godonou, chargé de mission du président au patrimoine et aux musées.

"Or l'histoire fait que le Bénin est un pays de grandes cultures, de grandes traditions historiques et qui a été témoin d'un moment important de l'histoire de l'humanité, la traite négrière notamment", poursuit-il, disant espérer que d'ici 10 ans le secteur représentera 10 à 15% du PIB, contre 6% actuellement.

Dimanche, l'artisan de cette politique touristique, Patrice Talon, laissera son fauteuil de président après deux mandats. Grand favori pour lui succéder, son dauphin Romuald Wadagni a promis de poursuivre ces chantiers.

Le Bénin permet aussi depuis 2024 à toute personne ayant un ancêtre africain déporté lors de la traite transatlantique d'acquérir la nationalité.

"C'était important que le Bénin rende justice à cette diaspora, en donnant la nationalité qui aurait du être la leur", justifie M. Godonou.

En plein cœur de Cotonou, la plus grande ville du pays, la place de l'Amazone et son immense statue métallique de 30 mètres représentant une guerrière du royaume du Dahomey (XVIIe-XIXe siècle, jusqu'à son intégration à l'empire colonial français en 1894), fusil au flanc et poignard à la main, est devenu un lieu incontournable.

"C'est une fierté pour nous! Nous n'avons pas d'argent pour aller en vacances en France ou ailleurs. Cette statue, c'est notre tour Eiffel!", sourit Géraldine Sedami Yagbo, une vendeuse.

AFP/VNA/CVN

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