Le jambon-beurre, transfuge de classe

Du zinc des bistrots aux vitrines des palaces, le jambon-beurre a connu à Paris une spectaculaire ascension. Longtemps simple casse-croûte des travailleurs pressés et fauchés, il est devenu en quelques années un objet gourmet, parfois luxueux, oscillant entre tradition populaire et produit d’appel touristique.

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Un sandwich jambon-beurre dans un bistrot à Paris, le 4 mars 2015.
Photo : AFP/VNA/CVN

Avant d’être surnommé "le parisien", ce sandwich emblématique portait simplement le nom de casse-croûte. "Dans les années 1970, quand j’étais étudiant sans un sou, c’était mon déjeuner quotidien", se souvient le restaurateur Gilles Caussade. Pain de la veille, beurre à peine étalé, tranche de jambon minimaliste : un repas rapide, sans prétention.

Quarante ans plus tard, il reprend Le Petit Vendôme et fait le pari de ne rien changer : formica, zinc, vin à la ficelle et planche en bois pour tartiner. Pourtant, le succès dépasse toutes les attentes. Touristes, étudiants, banquiers ou célébrités comme Lady Gaga ou Mark Zuckerberg s’y pressent, attirés autant par le sandwich que par cette "expérience de mixité".

En 2025, le magazine Time Out le désigne "meilleur sandwich du monde". Résultat : jusqu’à 400 jambon-beurre vendus par jour, une file d’attente permanente et un succès amplifié par TikTok et Instagram.

Le jambon-beurre incarne une certaine idée française : celle où la sophistication peut naître du plus simple.
Photo : AFP/VNA/CVN

Selon Gilles Caussade, la recette repose sur cinq principes : une demi-baguette avec deux quignons pour éviter la sécheresse, un beurre de Normandie non salé, des produits de qualité, une préparation minute et surtout, la générosité. Un savoir-faire simple, mais exigeant.

Mais cette simplicité n’empêche pas la montée en gamme. Le pâtissier star Cédric Grolet a suscité la polémique en proposant une version à la truffe. Au Ritz Paris, le chef pâtissier Joris Theysset assume un jambon-beurre à 15 euros : pain feuilleté, jambon Prince de Paris, comté affiné, beurre légèrement moutardé et cornichons fins.

"Nous avons inversé les proportions : plus de garniture que de pain", explique-t-il, revendiquant une approche gastronomique d’un classique populaire. L’idée : sublimer un symbole de la cuisine parisienne tout en conservant une part de nostalgie.

Dans un autre registre, Marché des Enfants Rouges accueille le stand d’Alain Roussel, figure de la street food. Chaque jour, il vend jusqu’à 400 sandwichs réalisés à la demande, avec du pain bio et des ingrédients frais, pour environ 13,50 euros.

Entre tradition, marketing et créativité, le jambon-beurre incarne une certaine idée française : celle où la sophistication peut naître du plus simple. Un sandwich devenu symbole culturel, à la croisée du quotidien et du luxe.

AFP/VNA/CVN

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