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| Un danseur sacré, lors des Vodun Days, à Ouidah, Bénin, le 10 janvier 2025. |
| Photo : AP/VNA/CVN |
Depuis plusieurs années, le gouvernement béninois mise sur cette religion ancestrale comme fer de lance de son ambitieuse politique touristique.
La traditionnelle fête du Vodun (nom du vaudou en langue locale fon, ndlr), célébrée le 10 janvier, est désormais remplacée par les Vodun Days, un festival de trois jours, de danses, sorties de masques et cérémonies traditionnelles.
Et si les scènes d'animaux sacrifiés sur des autels ont été reléguées loin des regards des visiteurs, pas question pour autant de diluer le sacré des cérémonies.
Sur l'esplanade du Fort Français, dans la ville de Ouidah (Sud-Ouest), les masques zangbéto, gardiens de la nuit et sentinelles de l'ordre social dans le rite vaudou, surgissent dans un tourbillon de paille et enchaînent rotations hypnotiques et mystérieuses, devant un public de fidèles mêlé aux touristes, tous fascinés.
Un peu plus loin, dans la forêt sacrée de Kpassè, les adeptes du dieu Kokou dansent en cercle au rythme des tambours, enduit d'une substance jaunâtre, dans une quasi-transe.
"Ici, on n'a pas l'impression d'être devant un show. C'est une performance pour les artistes, pas pour nous", confie Kate Mills, une touriste australienne de 37 ans.
"C'est bien de promouvoir le Bénin et de mettre en valeur sa culture. C'est important de briser les stéréotypes des Occidentaux sur le vaudou et de découvrir quelque chose de nouveau", poursuit-elle.
"Pas un parc d'attraction"
Sous les yeux d'un important dispositif sécuritaire dans ce pays qui a connu une tentative manquée de putsch il y a un mois, les rues, places et sites sacrés ne désemplissent pas depuis jeudi 8 janvier à Ouidah, berceau du vaudou, devenue le théâtre d'un rite assumé et partagé.
"Quelque chose d'extraordinaire se passe : déconstruire tous les clichés, les préjugés qu'il y avait sur le vaudou, afin de le transformer en socle de développement", témoigne Houénagon Affokpé, médiateur culturel béninois vivant en France.
"L'idée reçue selon laquelle le vaudou est quelque chose de démoniaque n'existe plus !", veut espérer Ana Namendji, infirmière native du Togo voisin et vivant en Allemagne.
Mais le festival n'a pas vocation à remplacer les cérémonies initiatiques, souvent fermées, qui continuent d'exister dans leur intimité.
Un équilibre délicat que l'État béninois assume pleinement: "nous faisons la césure entre l'aspect culturel et patrimonial et le volet religieux et cultuel", explique à l'AFP le ministre du Tourisme Jean-Michel Abimbola, assurant que tout est mis en oeuvre "pour ne pas basculer dans la caricature ou dans un parc d'attraction".
Reconnexion pour la diaspora, fierté retrouvée pour les communautés locales, l'événement revendique donc sa quête de visibilité internationale, tout en conservant la pluralité du rite vaudou et l'authenticité des pratiques locales.
Autour du festival, difficile de trouver des voix critiques de ce nouveau format qui semble plaire jusqu'aux responsables de ces traditions.
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| Un egungun, ces masques brodés qui incarnent les ancêtres, dans une rue de Ouidah, le 9 janvier 2026, pendant le festival vodoun. |
| Photo : AFP/VNA/CVN |
"spiritualité, culture et art"
Non loin de Ouidah, Sa Majesté Djehami Kpodégbé Kwin-Epo, la reine du royaume historique voisin d'Allada, voit aussi cette évolution d'un bon oeil et une opportunité de "reconnaissance".
Dah Zomandjèletokpon, dignitaire du culte Thron, divinité qui représente le bonheur parfait et la richesse, se dit lui "fier de cette initiative" et a même reporté sa cérémonie traditionnelle en l'honneur des revenants à une autre date pour éviter de chevaucher l'évènement.
Le gouvernement espère attirer un million de visiteurs pour cette édition qui vient consacrer la politique de développement du tourisme voulue par le président Patrice Talon.
Ce dernier, au pouvoir depuis 2016 et qui passera la main en avril a lui-même assisté à une cérémonie, jeudi 8 janvier à Ouidah où l'oracle de la divination fâ a prédit "de meilleurs jours dans la prospérité pour le Bénin", selon l'interprétation du grand prêtre Mahougnon Kakpo.
Les autorités se réjouissent d'une hausse notable du nombre de touristes étrangers, mais aussi d'afro-descendants et de Béninois de la diaspora revenus spécialement pour l'événement, signe, selon le ministre Abimbola, de l'attractivité grandissante du rendez-vous.
"Vous n'avez ce concept nulle part ailleurs au monde, où l'on allie spiritualité, culture et art", assure t-il.
Le Bénin a investi ces dix dernières années plus de 1.200 milliards de francs CFA (1,8 md d'euros) pour la montée en puissance du tourisme culturel béninois et prévoit une somme presque équivalente d'ici 2030.
Outre le vaudou, le pays mise également sur un tourisme mémoriel, avec la réhabilitation de sites emblématiques liés à la période de l'esclavage.
AFP/VNA/CVN




