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Des tisseuses Jrai de la commune d’Ia Mo Nông. |
Photo : VOV/CVN |
Pour les femmes Jrai, le tissage n’est pas un simple passe-temps mais une marque d’accomplissement personnel ancrée dans une culture matrimoniale, comme l’explique Ro Cham H’ Xuyêt...
“Dans notre tradition, une femme Jrai doit maîtriser l’art du tissage avant son mariage. Lorsqu’elle rejoint la famille de son mari, elle apporte en dot des pièces qu’elle a elle-même tissées - vêtements, couvertures, porte-bébés... Une femme qui ne sait pas tisser est considérée comme incomplète dans son apprentissage de la vie”, dit-elle.
La palette chromatique du brocart Jrai, dominée par un mélange caractéristique de rouge, noir et blanc, devient la toile où s’expriment nature et vie quotidienne.
“Nos motifs s’inspirent des oiseaux qui nous entourent, des poissons de nos rivières, de la végétation de nos montagnes. Quand je tisse, je raconte l’histoire de notre terre. Il me faut généralement une semaine entière pour compléter un ensemble vestimentaire”, précise Siu Thoi.
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Un concert de gongs dans la commune d'Ia Mo Nông. |
Photo : VOV/CVN |
Ce qui était autrefois une pratique domestique destinée principalement aux cérémonies familiales a trouvé un nouveau souffle dans l’économie contemporaine. Des entreprises, reconnaissant la valeur artistique et culturelle de ces créations, ont établi des partenariats commerciaux avec les tisserandes du village, comme Ro Cham A Ngô.
“Nous produisons des écharpes, des vêtements, des sacs qui sont vendus non seulement dans la province de Gia Lai mais également aux visiteurs étrangers. Les touristes s’émerveillent souvent devant notre technique”, confie-t-elle.
La véritable innovation du village de Kep réside dans sa capacité à transformer un savoir-faire traditionnel en une expérience touristique complète. Le visiteur n’est plus simple spectateur mais participe activement à la vie quotidienne de la communauté, comme le confirme volontiers H’Uyên Niê, vice-présidente de l’Union des femmes de la commune d’Ia Mo Nông.
“Nous avons développé des circuits qui permettent aux visiteurs de vivre comme nous vivons. Ils peuvent participer au pilage traditionnel du riz. Nous organisons même des compétitions amicales où le plus rapide reçoit un cadeau! Nous leur montrons comment fabriquer nos gourdes noires emblématiques, comment tresser des paniers, et bien sûr, comment manier le métier à tisser. Notre calendrier touristique suit le rythme de nos saisons et de nos traditions. En période de récolte du café, les visiteurs peuvent cueillir les cerises avec nous. En mars, ils peuvent assister à notre cérémonie d’abandon des tombes, l’événement spirituel le plus important des Hauts plateaux du Centre”, indique-t-elle.
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Une plantation de caféiers dans la commune d'Ia Mo Nông. |
Photo : VOV/CVN |
Un tableau vivant se déploie à Kep, où anciens, jeunes femmes et enfants revêtent fièrement leurs costumes traditionnels. Cela crée des souvenirs photographiques prisés par les visiteurs, et ce n’est certainement pas Pranav Seth, un photographe indien, qui nous prétendra le contraire...
“J’ai découvert ce village grâce à l’association des photographes de Gia Lai. Ce qui m’a attiré ici, c’est cette beauté intacte, cette authenticité qui transparaît dans chaque aspect de la vie quotidienne. Je repars avec des histoires que je m’engage à partager dans mon pays pour faire connaître la culture du Vietnam”, partage-t-il.
Six ans après la création de son club de tissage, Kep s’est métamorphosé. Ce qui n’était qu’un art en voie de disparition est devenu la pierre angulaire d’une revitalisation économique et culturelle. Les métiers à tisser, autrefois silencieux, chantent à nouveau, rythmant la vie d’un village qui a su tisser habilement les fils de son passé dans la trame de son avenir.
VOV/VNA/CVN