Vietnam - Belgique : un partenariat aux ambitions renouvelées

À l’occasion de la visite officielle du 21 au 24 octobre du secrétaire général du Parti communiste du Vietnam et président de la République, Tô Lâm, en Belgique, l’ambassadeur belge au Vietnam, Pieter Leenknegt, revient, dans un entretien accordé au Courrier du Vietnam, sur le bilan et les perspectives de la coopération bilatérale.

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Le secrétaire général du Parti et président de la République, Tô Lâm (droite), reçoit l’ambassadeur de Belgique, Pieter Leenknegt, le 3 octobre à Hanoï. 
Photo : VNA/CVN

Monsieur l’ambassadeur, pourriez-vous nous faire part de la signification, de l’importance et des attentes liées à la visite officielle au Royaume de Belgique du secrétaire général du Parti communiste du Vietnam et président de la République, Tô Lâm ? En quoi cette visite pourrait-elle contribuer à renforcer les relations de coopération bilatérale ?

Après la visite d’État du couple royal belge au Vietnam en avril 2025, cette visite ouvre clairement un nouveau chapitre, prometteur et important, en mettant en lumière le potentiel de développement supplémentaire de nos relations bilatérales. Pour la deuxième fois en un peu plus d’un an, la Belgique et le Vietnam échangeront au plus haut niveau. Le secrétaire général du Parti et président de la République, Tô Lâm, ainsi que les dirigeants belges, seront accompagnés de responsables politiques de premier plan, de dirigeants d’entreprises, de représentants de la diaspora et du monde universitaire. De telles occasions sont rares et permettent d’adopter une approche globale pour faire le point sur les relations entre nos deux pays.

Le Vietnam et la Belgique sont des partenaires stratégiques dans le domaine de l’agriculture. Selon vous, comment les deux pays pourraient-ils élargir leur coopération dans les domaines de l’agriculture de haute technologie, de l’agriculture durable et de l’adaptation au changement climatique ?

Au cours des 42 années de coopération au développement entre les gouvernements belge et vietnamien, engagée dans le cadre de l’Accord-cadre de 1997, l’agriculture et la sécurité alimentaire ont figuré parmi les axes prioritaires de notre action. Les programmes de coopération académique entre les universités belges et vietnamiennes dans les domaines des technologies alimentaires et de l’aquaculture en témoignent également. Nos programmes d’échanges d’étudiants et de doctorants, ainsi que les formations spécialisées destinées à initier les agriculteurs aux techniques agricoles de nouvelle génération, connaissent eux aussi un essor important.

Plusieurs investisseurs belges sont présents au Vietnam dans ce secteur, notamment des brasseurs qui y produisent localement des bières selon des recettes belges. Notre consul honoraire à Hô Chi Minh-Ville compte d’ailleurs parmi les pionniers de l’entrepreneuriat responsable dans le secteur agroalimentaire au Vietnam, où il dirige la marque locale de chocolat The Cocoa Project. Plusieurs ONG belges sont actives au Vietnam et bénéficient de subventions fédérales, travaillent également au renforcement de la sécurité alimentaire et à la promotion d’une agriculture durable.

Depuis 2018, nos deux pays sont liés par un partenariat stratégique sectoriel dans le domaine de l’agriculture. Ils pourraient aller encore plus loin en développant, avec leurs entreprises, des modèles d’agriculture circulaire, en valorisant les sous-produits agricoles et en réduisant les déchets, tout en s’appuyant sur l’expérience belge en matière de gestion environnementale et de recyclage.

Une coopération accrue entre les instituts scientifiques des deux pays pourrait également permettre d’élaborer des scénarios climatiques à haute résolution et des outils de surveillance des risques environnementaux, notamment ceux liés à la sécheresse et à la salinisation. Le partage d’expertise en matière de gestion intégrée de l’eau, d’irrigation intelligente et d’adaptation des cultures aux zones vulnérables, comme le Delta du Mékong, pourrait également porter ses fruits. Cela pourrait notamment passer par le recours à l’énergie éolienne pour la désalinisation et par le développement de procédés liés à la chaîne du froid.

Le Vietnam pourrait aussi tirer parti du savoir-faire belge en matière d’intelligence artificielle, d’Internet des objets, de capteurs et d’automatisation pour optimiser les cultures et accroître la productivité. Enfin, des architectes et urbanistes belges pourraient élaborer, avec leurs homologues vietnamiens, des modèles associant aménagement durable du territoire et agriculture urbaine ou périurbaine résiliente face aux chocs climatiques. Ces derniers risquent d’affecter le Vietnam au moins autant, voire davantage, que la Belgique. Les résultats de ces projets pourraient donc, à leur tour, fournir des enseignements utiles pour des applications futures en Belgique.

La Belgique soutient actuellement le Vietnam dans le traitement et la dépollution des sols contaminés par la dioxine. Comment évaluez-vous la portée et l’importance de cette coopération ? Quelles sont, selon vous, les perspectives d’un renforcement de l’appui belge dans ce domaine à l’avenir ?

Le système de dépollution des sols contaminés à la dioxine par traitement thermique à haute température, développé par la société belge Haemers Technologies SA, est mis en œuvre au Vietnam. 
Photo : Huong Giang/CVN

Une entreprise belge maîtrise effectivement une technologie permettant de dépolluer les sols contaminés par l’agent orange et la dioxine, et en a fait la démonstration dans le cadre d’une phase pilote. Il s’agit désormais de la déployer à grande échelle, ce qui permettrait de rendre à des usages productifs de vastes superficies de terres vietnamiennes.

Il est également intéressant de noter que le mécanisme de financement mis en place par des entreprises belges à cette fin comporte deux volets : une composante d’investissement à impact, associant les travaux d’assainissement à l’aménagement de terrains industriels, et une composante philanthropique destinée à favoriser l’autonomisation économique des familles victimes de la dioxine, gérée par le Fonds Roi Baudouin.

Quels domaines de coopération devraient, selon vous, devenir prioritaires à l’issue de cette visite ? Plus particulièrement, quels autres potentiels de coopération le Vietnam et la Belgique pourraient-ils encore exploiter, notamment dans des secteurs tels que l’agriculture et la transition verte ?

Forte de son expertise dans l’hydrogène vert, la Belgique est prête à partager son expérience avec le Vietnam pour optimiser l’exploitation de l’énergie éolienne.
Photo : La Libre/CVN

En ce qui concerne l’agriculture, je vous renvoie à ma réponse à votre deuxième question.

S’agissant de la transition verte, nos entreprises disposent également d’une expertise dans le domaine de l’hydrogène vert. Celui-ci pourrait contribuer à une utilisation plus efficace de l’énergie éolienne, dont le Vietnam exploite déjà abondamment le potentiel, et accélérer la sortie du charbon et des autres énergies fossiles, qui contribuent notamment à la pollution atmosphérique, devenue un véritable problème dans les grandes agglomérations du pays.

Les entreprises belges spécialisées dans la valorisation énergétique des déchets agricoles pourraient également proposer une solution de remplacement au brûlage à l’air libre des résidus après les récoltes, qui contribue lui aussi à la pollution atmosphérique.

Dans le domaine de l’énergie nucléaire, la Belgique pourrait également apporter son expertise, forte d’une longue expérience dans l’utilisation de cette source d’énergie, qui permet de produire de l’électricité avec de faibles émissions de gaz à effet de serre.

Enfin, pourquoi ne pas envisager des investissements vietnamiens en Belgique ? La dernière automobile entièrement belge de la marque Minerva est sortie d’usine à la fin des années 1930. Par la suite, mon pays est devenu un centre d’assemblage de véhicules de marques appartenant à d’autres groupes européens et américains. Peut-on imaginer la renaissance de Minerva, près d’un siècle plus tard, sous la forme d’un véhicule entièrement électrique ou fonctionnant à l’hydrogène, produit en Belgique grâce à un apport de technologies ou de capitaux vietnamiens ?

Propos recueillis par Huong Giang/CVN

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