Vers une économie des plantes médicinales à forte valeur ajoutée au Vietnam

Le Vietnam dispose d’une riche biodiversité en plantes médicinales, avec des milliers d’espèces à forte valeur. Toutefois, leur exploitation reste encore largement concentrée sur la production de médicaments et de compléments alimentaires.

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Le ginseng de Lai Châu, futur produit phare des plantes médicinales, promet une forte rentabilité économique. 
Photo : CTV/CVN

Dans un contexte de demande croissante pour des produits d’origine naturelle, l’extension des usages des plantes médicinales vers les secteurs des cosmétiques, de l’alimentation, des boissons et du tourisme ouvre de nouvelles perspectives, posant la question de leur transformation en une filière économique à haute valeur ajoutée.

Selon les experts, les plantes médicinales ne se limitent pas à leur fonction thérapeutique, mais peuvent également devenir des composants essentiels de produits de consommation courante. En pratique, la "pyramide des produits issus des plantes médicinales" tend aujourd’hui à s’élargir à sa base, englobant les aliments, les boissons et les produits d’usage quotidien. Ce segment, de grande ampleur, présente un fort potentiel de croissance et reflète l’intérêt croissant des consommateurs pour des produits sûrs et bénéfiques pour la santé.

Visiteurs au stand de macadamia et de ses produits dérivés installé en marge de la conférence "Développement de l'agriculture commerciale et des plantes médicinales vers une orientation verte", tenue à Lai Châu le 24 avril. 
Photo : CTV/CVN

Diversification et innovation technologique

Dans cette dynamique, de nombreux instituts de recherche et entreprises nationales ont entrepris de diversifier les produits dérivés des plantes médicinales. Fort de plus de 65 ans d’expérience, l’Institut des plantes médicinales (relevant du ministère de la Santé) a intensifié ses travaux de recherche et de développement, en mettant sur le marché des produits de qualité tels que des boissons, des cosmétiques et des solutions de bien-être. Parallèlement, le secteur privé connaît une évolution notable vers une approche multi-usages.

Un exemple emblématique est celui du thé de camélia jaune, l’une des plantes médicinales à forte valeur économique et thérapeutique. Au-delà du thé traditionnel, des entreprises ont développé toute une gamme de produits dérivés, allant des cosmétiques aux extraits, en passant par les crèmes solaires, ainsi que des produits issus des feuilles comme les sachets filtrants ou les poudres solubles. Des modèles combinant culture de plantes médicinales et tourisme expérientiel ont également vu le jour, contribuant à structurer une chaîne de valeur complète, de la sélection variétale à la transformation approfondie.

Plus de 15 produits issus de la société Pù Mat (province de Nghê An, au Centre) ont obtenu le label OCOP (3 à 4 étoiles) et sont désormais distribués au Vietnam comme à l'étranger. 
Photo : VNA/CVN

Phan Van Hieu, président du conseil d’administration d’une entreprise de dermocosmétique, estime qu’avec les avancées technologiques, les consommateurs font de plus en plus confiance aux produits à base de plantes et tendent à les intégrer dans leur vie quotidienne. Toutefois, la transparence sur l’origine et la qualité reste essentielle. "Les produits à base de plantes doivent être rigoureusement étudiés afin de garantir leur innocuité et leur adéquation aux différents publics, notamment les femmes enceintes et les enfants", a-t-il souligné.

Au-delà des cosmétiques et des produits de santé, de nombreuses entreprises s’orientent également vers l’utilisation des plantes médicinales dans l’alimentation et le tourisme culinaire. Des modèles de culture domestique ou à l’échelle de fermes sont en cours de développement, visant à réintroduire les plantes médicinales dans les repas quotidiens et à encourager des habitudes de prévention sanitaire, tout en générant une valeur économique durable.

À l’échelle mondiale, le marché des plantes médicinales devrait connaître une croissance soutenue dans les années à venir. Selon Trân Minh Ngoc, directeur de l’Institut des plantes médicinales, sa valeur pourrait passer d’environ 230 milliards de dollars en 2021 à plus de 430 milliards de dollars d’ici 2028, soit un taux de croissance annuel supérieur à 11%. Les segments liés à l’alimentation, aux boissons et aux cosmétiques naturels enregistrent notamment des performances remarquables, offrant des opportunités importantes aux pays disposant de ressources abondantes comme le Vietnam.

La société Pù Mat (province de Nghê An, au Centre) mise sur l'agrotourisme en intégrant ses plantations de plantes médicinales dans ses circuits de visites. 
Photo : VNA/CVN

Par ailleurs, le développement de technologies telles que l’intelligence artificielle, les mégadonnées (Big Data) et les approches analytiques avancées (Omics) redéfinit les méthodes de recherche et de développement dans ce domaine. Ces outils permettent d’analyser en profondeur les principes actifs, de standardiser la qualité et d’optimiser les procédés de transformation, ouvrant la voie à des produits à plus forte valeur ajoutée. "Il s’agit à la fois d’un défi et d’une opportunité pour les plantes médicinales vietnamiennes de s’imposer sur le marché international", a estimé Trân Minh Ngoc.

Défis et orientations stratégiques

Sur le plan politique, le Parti et l’État ont clairement défini l’orientation visant à valoriser les usages multiples des plantes médicinales. La Résolution 72 du Bureau politique met l’accent sur leur rôle non seulement dans le traitement des maladies, mais aussi dans la nutrition et la prévention, avec pour objectif de promouvoir une approche proactive de la santé. Par ailleurs, la Résolution 57 identifie la science, la technologie et la transformation numérique comme des moteurs clés du développement socio-économique.

Cependant, plusieurs défis restent à relever. Certaines plantes médicinales à forte valeur économique ne sont pas encore normalisées dans la pharmacopée nationale, ce qui entrave le développement de produits par les entreprises. De plus, la chaîne de valeur reste fragmentée, tandis que le Vietnam continue d’importer plus de 200 types de plantes médicinales, limitant ainsi son autonomie et sa capacité à créer de la valeur ajoutée.

Des agriculteurs de la commune de Bô Trach (province de Quang Tri, au Centre) prennent soin de leurs cultures de plantes médicinales. 
Photo : CTV/CVN

Les experts recommandent un renforcement de la coopération entre instituts de recherche et entreprises afin d’identifier les variétés, d’améliorer les processus de culture, de récolte et de transformation, et d’évaluer scientifiquement les propriétés des plantes médicinales prometteuses. Le développement de chaînes de valeur intégrées, avec les entreprises comme acteurs centraux, ainsi que leur extension vers les secteurs de l’alimentation, des boissons et du tourisme, apparaît comme une orientation stratégique.

Dans les années à venir, l’Institut des plantes médicinales entend poursuivre ses recherches pour mieux comprendre les valeurs nutritionnelles et préventives de certaines plantes utilisées au quotidien, contribuant ainsi à leur intégration progressive dans les systèmes de santé communautaires. Le lien entre plantes médicinales et tourisme expérientiel devrait également être renforcé afin de valoriser les ressources locales, préserver la biodiversité et améliorer les moyens de subsistance des populations.

Avec des orientations claires et des solutions coordonnées, les plantes médicinales vietnamiennes sont appelées à devenir un secteur économique à forte valeur, contribuant activement à une croissance durable et inclusive.

VNA/CVN

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