Revigorer la recherche scientifique dans les universités

Les universités, en plus de l’enseignement, ont comme mission fondamentale l’amélioration des connaissances scientifiques. Mais le manque de politiques d’encouragement fait que leur pôle recherche est souvent limité à sa plus simple expression. Au-delà du constat, quelles solutions ?

La recherche scientifique peine à décoller dans les universités.
Photo : Manh Linh/VNA/CVN

Son doctorat en main, décroché en France, N.L.M est revenu au Vietnam plein d’espoir, bien décidé à travailler pour une grande université de Hô Chi Minh-Ville. Mais après un an de travail, N.L.M a dû déchanter. «Formé en France, je souhaitais avoir l’occasion de faire de la recherche scientifique au sein d’universités vietnamiennes. Mais force est de constater que la recherche scientifique n’est pas la priorité de nos universités, loin s’en faut, explique-t-il. En plus, les équipements de laboratoire sont insuffisants, obsolètes ou en mauvais état. Cela décourage les chercheurs, même les plus motivés comme moi».

Bases matérielles insuffisantes

Un diagnostic que confirme le Docteur Bui Van Binh, de l’Université de l’électricité à Hanoi : «En raison du manque d’équipements, les laboratoires des universités ne répondent pas aux exigences de la recherche scientifique du XXIe siècle».

Pour faire une thèse de doctorat, les stagiaires doivent parfois demander l’aide d’Instituts de formation ou louer des équipements. «La création d’un laboratoire pour des recherches en mécanique nécessite 600 à 700 millions de dôngs, et cette somme convient seulement pour des travaux de recherche limités», déplore M. Binh.

Et d’ajouter : «Les bases matérielles insuffisantes sont la cause principale de la faiblesse des activités de recherche scientifique au sein des universités, et ce bien que nombre d’entre elles disposent un contingent de jeunes enseignants qualifiés et motivés».

En effet, selon des données de l’Union des associations des sciences et techniques du Vietnam, pour la période 2006- 2010, seuls huit enseignants d’universités de moins de 45 ans ont participé à des travaux de recherche scientifique de niveau national. Pourtant, le nombre de jeunes enseignants dans les grandes universités ne cesse de croître. Ainsi, les moins de 37 ans sont 52% à l’École polytechnique de Hanoi et 39% à l’École supérieure des technologies (Université nationale de Hanoi).

De nécessaires politiques d’encouragement

Dans le laboratoire de l'Université de Lac Hông, province de Dông Nai (Sud).

Afin d’attirer les scientifiques dans les universités, le gouvernement a publié fin 2014 un arrêté sur les investissements, le développement, l’encouragement des activités scientifiques et technologiques au sein des établissements universitaires. L’accent est mis sur la construction de laboratoires modernes, d’un réseau de bibliothèques et de bases matérielles informatiques et technologiques.

L’arrêté précise aussi des politiques d’encouragements réservées aux enseignants des universités, aux entreprises ou organisations participant à la recherche scientifique. Par exemple, les enseignants d’universités en contrat de recherche scientifique et de développement technologique dans des secteurs particuliers bénéficieront d’une réduction de l’impôt sur le revenu individuel, de primes, d’aides à la formation à l’étranger, à l’enregistrement des droits d’auteur, etc.

En outre, le ministère de l’Éducation et de la Formation publiera une circulaire sur le travail des enseignants d’universités selon laquelle ceux-ci devront réserver au moins un tiers de leur temps à la recherche scientifique.

Certaines universités n’ont pas attendu les politiques gouvernementales et ont cherché par elles-mêmes leur voie de développement de la recherche scientifique. Certaines avec succès, en témoigne l’Université de Cân Tho (Sud). Celle-ci compte actuellement près de 400 chercheurs «non officiels» (non titularisés). Ils travaillent selon des contrats de deux ou trois ans avant de suivre un doctorat à l’étranger. À leur retour, ils sont recrutés officiellement. Ils font une thèse au niveau de l’école pendant deux ans pour s’habituer à l’environnement de recherche scientifique du pays. Ils bénéficient de conditions de travail favorables et d’aides en termes de logement. «Grâce à ces politiques, le pôle recherche de l’école s’en trouve revigoré. La haute qualité des étudiants sortis de l’école témoigne de nos efforts», se félicite le Pr.-Dr. Dô Van Xê, directeur adjoint de l’Université de Cân Tho.

Au Département biochimie de l’Université des sciences naturelles (Université nationale de Hanoi), des recherches - de niveau ministériel, national voire international - dans le traitement des eaux et déchets ont trouvé des applications dans la vie quotidienne. Ces travaux ont aussi permis d’augmenter le revenu des enseignants concernés, ce qui n’est pas le moindre de leur intérêt.

Huong Linh/CVN