Région Sud-Est : lever les obstacles pour préserver son rôle de locomotive économique

L’objectif national d’atteindre une croissance à deux chiffres exerce une pression considérable sur les régions économiques stratégiques du Vietnam. Parmi elles, la région Sud-Est est appelée à jouer un rôle moteur.

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Pour transformer ses atouts en matière de taille économique, d’industrie, de logistique et de position de porte d’entrée internationale en nouveaux leviers de croissance, les localités de la région doivent encore résoudre des défis persistants liés aux infrastructures de connexion et aux mécanismes de coopération régionale.

Un socle renforcé par des décisions stratégiques

Selon le Dr Trân Du Lịch, les bases du développement actuel de la région reposent sur la Résolution N°24-NQ/TW du Bureau politique relative au développement socio-économique du Sud-Est ainsi que sur le Schéma directeur régional pour la période 2021-2030, avec une vision à l’horizon 2050. Ces orientations constituent un cadre stratégique essentiel pour le développement à long terme de la région.

Lors du Forum économique du Vietnam 2026, tenu le 9 juin, les experts ont débattu des défis et des perspectives de développement de la région Sud-Est.

Du point de vue de l’aménagement du territoire, la réorganisation des unités administratives ne modifie en rien le rôle du Sud-Est en tant que principal pôle économique du pays. Au contraire, l’espace de développement s’élargit dans une logique de renforcement des synergies régionales et d’exploitation plus efficace des avantages existants.

Aujourd’hui, le Sud-Est contribue à près de 40% des recettes budgétaires nationales et attire plus de 40% des investissements directs étrangers (IDE) du Vietnam. La région constitue le plus important centre industriel, de services, d’innovation et d’intégration internationale du pays. Son développement exerce également un effet d’entraînement significatif sur les Hauts Plateaux du Centre, le Centre-Sud et le delta du Mékong.

Dans cette nouvelle architecture de développement, Hô Chi Minh-Ville conserve son statut de moteur de croissance. La métropole est appelée à mettre en œuvre plusieurs projets structurants tels qu’un centre financier international, une zone de libre-échange, une ville innovante ainsi que le port de transbordement international de Cân Gio. Parallèlement, les autorités étudient l’élaboration d’une loi spécifique sur la "métropole spéciale" et de nouveaux mécanismes de décentralisation afin d’accroître son autonomie et sa capacité d’innovation.

Au-delà de Hô Chi Minh-Ville, les autres provinces de la région se voient attribuer de nouvelles fonctions dans la chaîne de valeur régionale. Alors que Dông Nai confirme sa position de centre industriel majeur, Tây Ninh est appelée à devenir une porte d’entrée commerciale stratégique et un nouveau pôle de croissance grâce à son potentiel d’économie frontalière.

Selon Trân Van Tuoi, directeur adjoint du Service des finances de Tây Ninh, la vision du développement des zones frontalières a profondément évolué. Celles-ci ne sont plus considérées uniquement sous l’angle de la gestion administrative, mais comme de véritables corridors économiques reliant le Vietnam au Cambodge et à l’ensemble de l’ASEAN. Grâce à son réseau de postes-frontières internationaux, notamment celui de Môc Bài, Tây Ninh joue désormais un rôle déterminant non seulement pour son propre développement, mais aussi pour l’ouverture commerciale de toute la région du Sud-Est.

Sur le plan industriel, Trân Viêt Hà, directeur adjoint du comité de gestion des zones franches et industrielles de Hô Chi Minh-Ville, souligne que l’industrie manufacturière demeure l’un des principaux piliers de croissance régionale. Les zones franches, les parcs industriels et la Zone de haute technologie de la ville ont déjà attiré plus de 5.200 projets représentant plus de 75 milliards de dollars américains d’investissements enregistrés.

Depuis l’élargissement de son périmètre administratif, Hô Chi Minh-Ville couvre une superficie d’environ 6.770 km² et compte plus de 14 millions d’habitants. Selon les plans de développement, la ville disposera de 105 zones franches et parcs industriels, dont près de 60 sont actuellement en cours d’aménagement, représentant une superficie totale d’environ 22.000 ha. Ce potentiel constitue l’une des ressources majeures de croissance pour les années à venir.

Lever les blocages pour concrétiser les ambitions de croissance

Malgré ses nombreux avantages, les experts estiment que les deux principaux freins au développement du Sud-Est demeurent les infrastructures et le cadre institutionnel.

Il est nécessaire de développer le réseau de métro afin de renforcer les liaisons entre les provinces de la région Sud-Est.

Selon le Dr Trân Du Lich, ces difficultés ont déjà été identifiées lors des évaluations des politiques de développement régional. Depuis plusieurs années, la croissance économique de la région progresse plus rapidement que les investissements dans les infrastructures, provoquant une saturation de nombreux axes de circulation, notamment dans les zones occidentales et nord-occidentales de Hô Chi Minh-Ville.

Pour répondre à cette situation, plusieurs projets d’infrastructures stratégiques sont en cours de réalisation, parmi lesquels les rocades 3 et 4 ainsi que l’autoroute Hô Chi Minh-Ville – Môc Bài. Ces projets ne constituent pas seulement des ouvrages de transport ; ils sont également des instruments essentiels pour élargir l’espace économique, créer de nouveaux corridors de développement et attirer davantage d’investissements.

Selon Trân Van Tuoi, Hô Chi Minh-Ville et Tây Ninh mettent actuellement en œuvre onze axes de transport interrégionaux. Ces projets figurent déjà dans les programmes d’investissement public à moyen terme, avec une répartition claire des responsabilités entre les collectivités concernées. Tây Ninh concentre ses efforts sur les opérations de libération foncière, tandis que Hô Chi Minh-Ville assure la coordination et la valorisation des nouvelles infrastructures.

Outre les infrastructures, la nécessité de perfectionner le cadre institutionnel et de renforcer l’efficacité de la coopération régionale a été largement soulignée par les intervenants.

Pour Trân Viêt Hà, la concurrence entre les localités est inévitable, mais elle doit s’inscrire dans une logique de complémentarité régionale. L’enjeu n’est pas de rivaliser pour capter les ressources, mais de créer ensemble un environnement d’investissement plus attractif, d’améliorer la qualité des services aux entreprises et de renforcer la compétitivité de l’ensemble de la région.

Du côté des entreprises, Pham Van Xô, président de l’Association des entreprises d’import-export de Hô Chi Minh-Ville, estime que les coûts logistiques élevés et le manque d’harmonisation dans l’application des politiques publiques continuent de peser sur la compétitivité des acteurs économiques.

Hô Chi Minh-Ville a un rôle improtant pour le développement du Sud-Est.

Selon lui, les différences de procédures et de pratiques administratives entre les provinces pour une même activité économique engendrent des coûts et des délais supplémentaires pour les entreprises. En parallèle des investissements dans les infrastructures, il apparaît donc indispensable de mettre en place des mécanismes de coordination régionale et des politiques harmonisées à l’échelle de tout le territoire.

Les entreprises attendent également une accélération de la transformation numérique dans les domaines des douanes, de la fiscalité et de la logistique, avec à terme la mise en place de systèmes de dédouanement électronique fonctionnant 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 afin de réduire les délais et les coûts liés aux activités d’import-export.

Faire de l’intégration régionale un véritable moteur de développement

De nombreux experts s’accordent à considérer que le Sud-Est dispose aujourd’hui de tous les atouts nécessaires pour conserver son statut de locomotive de l’économie vietnamienne. Cependant, transformer ces avantages en une croissance durable et concrète exigera davantage qu’un simple apport de ressources financières.

La réussite de cette ambition dépendra de la capacité des autorités à lever efficacement les obstacles liés aux infrastructures et aux institutions, tout en faisant de la coopération régionale un levier de développement plus concret, plus cohérent et plus performant. C’est à cette condition que le Sud-Est pourra pleinement exploiter son potentiel et continuer à tirer la croissance économique du Vietnam dans les années à venir.

Texte et photos : Quang Châu/CVN

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