>> Hanoï prévoit de construire plus de 1.200 écoles d’ici 2050
>> Les personnes handicapées au cœur de la promotion de l’éducation inclusive
>> L’IA à l’école : le Vietnam s’apprête à former ses futurs "citoyens numériques"
![]() |
| Lors d'un cours gratuit de M. Khanh. |
| Photo : TT/CVN |
À la tombée du jour, une modeste chambre de location du quartier de Phuoc Long, en banlieue de Hô Chi Minh-Ville, s’anime au son des rires et de l’étude. C’est là qu’une classe bénévole prend vie chaque soir, nourrissant les rêves d’enfants issus de familles migrantes. Cette initiative est l’œuvre de Hoàng Trong Khanh, un ouvrier d’usine animé par une passion de longue date pour l’enseignement.
Une classe au cœur de la précarité
Chaque jour, dès 17h30, la salle de classe de fortune résonne de voix joyeuses. La majorité des élèves sont des enfants de travailleurs migrants qui luttent quotidiennement pour subvenir à leurs besoins dans la métropole.
Originaire de la ville de Huê (Centre), Trong Khanh s’est installé à Hô Chi Minh-Ville en 2010 après avoir traversé des épreuves familiales. Il travaille depuis lors dans une unité de production de médicaments vétérinaires à Phuoc Long. Comme beaucoup d’exilés de l’intérieur, il a connu les dures réalités de la vie urbaine. Pourtant, il a toujours gardé en lui le désir d’aider les plus démunis, un rêve forgé par les souvenirs de sa propre enfance.
Son aventure pédagogique a débuté par un après-midi ordinaire, alors qu’il prenait un café avec un collègue. “J’ai remarqué quatre enfants assis au bord de la route, étudiant sans aucune supervision”, se souvient-il. “En me renseignant, j’ai appris qu’ils étaient les enfants de la vendeuse de café. Leur logement étant trop exigu, ils devaient réviser dehors tout en aidant leur mère à tenir l’étal”. À cet instant précis, il a décidé d’agir.
“Au début, les enfants étaient très hésitants. Pour eux, comme je n’étais pas professeur, je ne pouvais pas leur enseigner grand-chose”, confie M. Khanh. “J’ai commencé par regarder leurs manuels. Ils étudiaient la physique de quatrième. J’ai alors posé des devinettes simples sur la pluie, le vent ou le tonnerre pour rendre la leçon plus concrète. En seulement vingt minutes, ils avaient tout compris”.
Dès lors, après chaque service à l’usine, M. Khanh retrouvait le quartier pour enseigner. Séduits par sa pédagogie, les enfants lui ont rapidement demandé de l’aide en mathématiques. En corrigeant leurs exercices, il a constaté une dépendance excessive à la calculatrice et des lacunes dans les calculs de base. Avec patience, il les a guidés étape par étape. Chaque séance dure environ une heure et demie. Au fil du temps, cet engagement est devenu pour lui une source de joie plutôt qu’une fatigue supplémentaire.
Nguyên Thi Hoa, une voisine établie ici depuis près de dix ans, le décrit comme un homme doux et compatissant. “Il se soucie profondément d’eux, allant jusqu’à leur cuisiner des plats ou leur acheter de la nourriture. Lorsque les parents, voyant les progrès de leurs enfants, ont voulu contribuer aux frais d’électricité et d’eau, il a fermement refusé, sachant leurs fins de mois difficiles”.
De la rue à un véritable toit
![]() |
| Depuis quinze ans, M. Khanh se consacre à l'éducation des enfants défavorisés. |
| Photo : TT/CVN |
Les débuts furent modestes : les cours se tenaient en plein air, dans un cimetière. Vers 16h30, les enfants déballaient leurs cahiers en attendant le retour du travail de M. Khanh. Les leçons s’arrêtaient au coucher du soleil. Touchés par son dévouement, les voisins ont fini par s’unir pour construire un petit abri en chaume, équipé de bureaux et d’éclairage.
Face à l’augmentation du nombre d’élèves, le propriétaire des lieux a d’abord autorisé l’usage de la cour, avant que les parents ne se cotisent pour louer une petite maison avec mezzanine pour environ 4 millions de dôngs par mois (environ 180 USD). En 15 ans, la classe gratuite de M. Khanh a accompagné entre 600 et 700 élèves. Chaque session accueille une quinzaine de jeunes de différentes générations. L’accent est mis sur les élèves en difficulté pour les aider à reprendre confiance.
Mân Nhi, élève en classe de 6e, témoigne : “Cela fait deux ans que j’étudie avec M. Khanh. Ses explications sont claires, illustrées par des exemples réels et des jeux. Grâce à lui, mes notes ont beaucoup progressé”.
Initialement centrée sur les mathématiques et la physique, la classe s’est ouverte à la littérature et à l’anglais. Après chaque semestre, les progrès sont palpables : les enfants retrouvent le goût de l’école et perdent leur appréhension face aux examens. Un parent d’élève confie avoir été initialement sceptique à l’idée qu’un ouvrier puisse diriger une classe, mais les résultats ont balayé ses doutes. “Notre famille est profondément reconnaissante envers M. Khanh pour sa patience. Il traite nos enfants comme les membres de sa propre famille”, partage-t-il.
Huong Linh - TT/CVN




