Libérer le pouvoir de la créativité culturelle

Il est nécessaire de développer la filière des industries culturelles et créatives pour en faire des moteurs essentiels de l’économie nationale. Entretien avec Nguyên Thi Thu Phuong, directrice de l’Institut national d’études culturelles et artistiques du Vietnam.

Nguyên Thi Thu Phuong, directrice de l’Institut national d’études culturelles et artistiques du Vietnam. 
Photo : VICAS/CVN

La Conférence nationale sur la culture en 2021 a clairement identifié ce secteur comme une force endogène, un moteur de la croissance nationale. Selon vous, quelle est la mission des industries culturelles pour atteindre cet objectif ?

Si avant 2016, les industries culturelles et créatives (ICC) étaient un terme inconnu au Vietnam, en 2018, les résultats de notre enquête montraient qu’elles étaient devenues populaires dans tous les secteurs : publicité ; architecture ; logiciels et jeux vidéo ; artisanat ; design ; cinéma ; édition ; mode ; spectacle vivant ; beaux-arts, photographie et exposition ; télévision et radio ; tourisme culturel.

Depuis 2016, les politiques nationales liées à cette filière visent en général à examiner les produits et services culturels dans une économie de marché, en faisant attention aux besoins culturels du peuple vietnamien, en s’intéressant au rôle de la société civile dans le soutien à la créativité et en protégeant les intérêts des artistes.

Avec des changements institutionnels positifs, le pays a progressivement associé des éléments de "soft power" culturel aux processus des industries culturelles. Cette évolution vise une restructuration économique du secteur basée sur la connaissance et la transformation de ces "soft power" en avantages compétitifs et en attractivité au niveau international.

La culture traditionnelle, forte de son identité, est la pierre angulaire du développement des industries créatives. 
Photo : VNA/CVN

En matière de coopération internationale, les produits et services culturels sont toujours considérés comme une priorité lors de la signature de documents de partenariat entre le Vietnam et les pays ou organisations partenaires.

Les ICC sont le thème de nombreux séminaires nationaux et internationaux. L’UNESCO, le British Council, l’Institut Goethe, les ambassades du Danemark, de Suède… ont donné beaucoup de conseils au Vietnam afin de l’aider à mieux comprendre le développement des industries culturelles dans la société.

Pourquoi le potentiel des ICC reste-t-il largement inexploité ?

On peut dire que nos industries culturelles et créatives sont reconnues comme un secteur économique capable d’améliorer sa compétitivité sur les marchés nationaux et étrangers.

Cela montre que cette filière nationale a su promouvoir plutôt efficacement les éléments de "soft power" culturel à travers ses activités, réduisant progressivement l’écart concurrentiel avec les autres industries culturelles du monde.

Le Vietnam est un marché prometteur avec environ 100 millions d’habitants. Il déploie de gros efforts pour accélérer les ICC. Mais, pourquoi cette filière n’a-t-elle pas encore exploité pleinement les atouts de ses riches ressources culturelles ?

En réalité, les Vietnamiens préfèrent les biens étrangers aux produits nationaux. On peut voir que les biens culturels vietnamiens manquent encore d’originalité et d’une véritable identité culturelle.

La danse "sap", une des activités dans le cadre de la Semaine culturelle et touristique de Lai Châu 2022. 
Photo : VNA/CVN

Par conséquent, ils ne répondent pas aux besoins de plus en plus élevés de la population nationale. C’est pourquoi le marché culturel national est “envahi” par les produits venus des puissances asiatiques telles que la République de Corée, le Japon et la Chine.

La richesse en termes d’identité culturelle et les 198 espaces créatifs répartis aux quatre coins du pays constituent des atouts permettant au Vietnam de développer un fort ”soft power” culturel. Cependant, la réforme institutionnelle n’a pas créé des conditions suffisamment favorables au secteur privé pour qu’il puisse développer efficacement ses infrastructures et ses espaces de création culturelle.

De plus, le manque de reconnaissance des ICC en tant que domaine combinant étroitement créativité, technologie et droit d’auteur a rendu celles-ci peu attrayantes pour les étrangers.

Que doit faire le Vietnam pour en ouvrir une brèche?

À mon avis, il faut développer cette filière en conservant un équilibre entre la culture et l’économie, et intégrer les facteurs culturels et humains dans la croissance économique. Il importe également d’édifier et de développer les ICC qui s’insèrent dans la 4e révolution industrielle et s’adaptent aux nouvelles technologies.

Défilé d'"ao dài" à Hanoï. 
Photo : VNA/CVN

De plus, les services compétents devraient renforcer leurs coopérations avec des acteurs internationaux et accroître la promotion des biens culturels hors du pays, assurant ainsi une meilleure position au Vietnam dans la sphère internationale.

Pourriez-vous proposer des mesures à mettre en place pour promouvoir les industries culturelles ?

Primo, renforcer le cadre institutionnel et politique en supprimant rapidement les goulots d’étranglement, afin de disposer de tous les atouts nécessaires au développement des industries culturelles.

Secundo, perfectionner le marché culturel en donnant la priorité au développement d’un certain nombre de secteurs prometteurs des ICC tels que le cinéma ; le spectacle vivant ; les beaux-arts, la photographie et l’exposition, ainsi que le tourisme culturel...

Tertio, rénover le mécanisme d’investissement financier dans ce domaine. Le développement des industries culturelles nécessite des politiques d’investissement et de formation des ressources humaines à la mesure de l’économie de marché à orientation socialiste.

Quarto, l’investissement dans les infrastructures des ICC aidera le Vietnam à assurer une plateforme de numérisation favorable au développement des ressources de "soft power", et à accroître sa capacité d’adaptation rapide aux nouvelles tendances du marché.

Quinto, la dernière mesure à mettre en place est de rénover la méthode d’exploitation, de renforcer le lien entre tradition et modernité dans la création, la fabrication et la distribution de produits et services culturels.

Hoàng Phuong - Minh Thu/CVN

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