>> Construire une main-d’œuvre solide pour les biotechnologies au Vietnam
>> Le Vietnam devrait privilégier l’éducation numérique, l’IA et les énergies vertes
>> Technologies stratégiques : le Vietnam veut transformer l'essai
![]() |
| Une bio-imprimante présentée par l’Université des sciences, relevant de l’Université nationale de Hanoï, lors du salon Techmart, le 15 octobre. |
| Photo : Trong Dat/CVN |
Ces enjeux ont été au cœur du séminaire "Bioéconomie et commercialisation des biotechnologies : un nouveau moteur de croissance à l’ère numérique", organisé récemment par l’Association vietnamienne pour l’information scientifique et technologique, en collaboration avec l’Agence nationale d’information, de statistiques et d’évaluation scientifique et technologique (NASTIS), relevant du ministère des Sciences et des Technologies. L’événement s’inscrivait dans le cadre du programme Techmart 2026.
Selon le Dr Trân Van Tùng, président de l’Association vietnamienne pour l’information scientifique et technologique, la bioéconomie repose sur le développement et l’utilisation de ressources biologiques renouvelables pour créer des produits et des services. Malgré sa riche biodiversité, la solidité de son secteur agricole et l’abondance de ses sous-produits agricoles, le Vietnam peine encore à transformer ces ressources en valeur commerciale.
Mieux relier la recherche aux besoins des entreprises
Le Professeur associé Phi Quyêt Tiên, directeur de l’Institut de biotechnologie, relevant de l’Académie vietnamienne des sciences et des technologies, a mis en évidence plusieurs obstacles majeurs : la coopération insuffisante entre les instituts de recherche, les universités et les entreprises, ainsi que le manque de financements nécessaires au passage à l’échelle industrielle.
Il a souligné que les travaux de recherche en biotechnologie demeuraient souvent fragmentés et insuffisamment adaptés aux besoins concrets des entreprises. Pour y remédier, les priorités scientifiques devraient être définies à partir des problèmes rencontrés par le secteur privé. En exposant leurs besoins et en participant au financement des projets, les entreprises pourraient contribuer à orienter la recherche vers des applications répondant à une demande réelle.
Même lorsqu’un produit biotechnologique donne des résultats prometteurs en laboratoire, sa commercialisation nécessite encore de normaliser les procédés et de mener des essais à plus grande échelle. Cette étape intermédiaire, indispensable pour vérifier la fiabilité des procédés et faciliter leur adoption par les entreprises, exige des investissements qui pourraient être partagés entre les différentes parties prenantes.
![]() |
| Des professeurs de l'Académie vietnamienne d'agriculture encadrent directement les étudiants dans l'apprentissage des techniques analytiques en laboratoire. |
| Photo : VNA/CVN |
Partageant cette analyse, la Professeure associée et Docteure Nguyên Minh Tân, de l’École de chimie et des sciences de la vie de l’Université des sciences et technologies de Hanoï, estime que les entreprises et les organismes de recherche doivent collaborer dès le début des projets : définition des objectifs, développement de prototypes et étude de marché. Les retours des clients permettent ensuite d’affiner les solutions, d’en évaluer la viabilité économique et de décider si leur production peut être développée à plus grande échelle.
S’agissant du modèle de la "triple hélice", qui associe le monde universitaire, l’industrie et l’État, elle préconise de faire évoluer le rôle des scientifiques : au-delà de la fourniture de procédés techniques, ceux-ci doivent contribuer à résoudre les problèmes spécifiques des entreprises. De leur côté, les entreprises doivent formuler clairement leurs besoins, tandis que l’État est appelé à soutenir les phases d’essai et de validation sur le marché, notamment en contribuant au partage des risques.
Le Professeur associé et Docteur Huynh Thành Dat, chef adjoint de la Commission centrale de la sensibilisation auprès des masses du Parti, a rappelé que la biotechnologie était étroitement liée à la maîtrise technologique, à la capacité de convertir les connaissances en valeur économique et à l’alignement de la recherche sur les objectifs de développement national. Il a toutefois averti que "le potentiel technologique ne se traduit pas automatiquement en valeur économique".
Pour surmonter cet écueil, il préconise de rapprocher les entreprises et les chercheurs dès la définition des projets. Les entreprises devraient commander des travaux de recherche de manière proactive et rester associées à toutes les étapes du processus, tandis que les scientifiques devraient accorder davantage d’attention à la faisabilité du transfert technologique et aux besoins des utilisateurs finaux. Des organismes intermédiaires, des fonds d’investissement et des institutions financières devraient également être mobilisés pour faciliter les partenariats et réunir les ressources nécessaires.
Des secteurs stratégiques à fort potentiel
![]() |
| Le Dr Trân Van Tùng (gauche) et le Professeur associé et Dr Huynh Thành Dat échangent lors du séminaire du 15 octobre. |
| Photo : Hà Tuân/CVN |
Les biotechnologies avancées et les technologies biomédicales figurent parmi les dix groupes technologiques stratégiques identifiés par le Vietnam. Les produits prioritaires comprennent notamment les vaccins, les produits biologiques de nouvelle génération, les variétés végétales et les races animales, ainsi que les technologies de transformation approfondie des produits et sous-produits agricoles.
Ces domaines offrent de nombreuses perspectives d’application dans la santé, la production agricole et la valorisation des ressources biologiques.
Selon les données de la NASTIS, la bioéconomie mondiale représente actuellement environ 5.000 milliards de dollars et pourrait atteindre 30.000 milliards de dollars d’ici 2050. Cette expansion ouvre des perspectives pour le Vietnam, qui peut s’appuyer sur sa biodiversité, ses ressources agricoles et ses capacités de recherche pour développer des produits à forte valeur ajoutée.
Des objectifs ambitieux à l’horizon 2030
La Résolution N°36 du Bureau politique du Parti fixe pour objectif de porter la contribution du secteur des biotechnologies à 7% du PIB d’ici 2030 et de substituer au moins 50% des produits biotechnologiques importés. Pour atteindre ces ambitions, le pays devra renforcer ses capacités technologiques et commerciales, instaurer des mécanismes de soutien aux essais et de partage des risques, et intensifier la coopération entre les entreprises, les instituts de recherche et les universités.
L’enjeu est de faire émerger des produits capables de répondre aux besoins du marché intérieur tout en satisfaisant aux exigences des marchés internationaux.
Nguyên Tùng/CVN





