>> Le Vietnam mise sur les technologies spatiales pour son développement et sa sécurité
>> Le Premier ministre appelle à faire des technologies spatiales un levier stratégique
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| À gauche, le couple de Professeurs Trân Thanh Vân et Lê Kim Ngoc aux côtés du président français Emmanuel Macron et de son épouse, Brigitte Macron, à Hanoï, en mai 2025. À droite, le Professeur Trân Thanh Vân avec Emmanuel Macron et le secrétaire général et président Tô Lâm, à Paris, en septembre 2026. |
| Photo : VNA/CVN |
Monsieur le Professeur, lors du Sommet international sur l’espace, le secrétaire général du Parti et président de la République, Tô Lâm, a placé les technologies aéronautiques et spatiales parmi les priorités stratégiques du Vietnam. Comment évaluez-vous cette orientation ?
Le choix de faire des technologies aéronautiques et spatiales l’une des priorités stratégiques du pays montre que le Vietnam considère désormais ce secteur comme une composante importante de son développement national. Lors du Sommet international sur l’espace, le secrétaire général du
Parti et président Tô Lâm, a identifié trois grandes priorités : renforcer l’autonomie technologique et la maîtrise des données spatiales ; développer l’écosystème de l’économie spatiale ; et perfectionner le cadre institutionnel ainsi que la gouvernance des activités spatiales, conformément au droit international.
Cette orientation a également été concrétisée dans le cadre des politiques nationales. Selon la Décision N° 21/2026, entrée en vigueur le 1er juillet 2026, les technologies aéronautiques et spatiales figurent parmi les dix groupes de technologies stratégiques du Vietnam. Les satellites et constellations de satellites en orbite basse destinés à l’observation de la Terre comptent notamment parmi les produits technologiques stratégiques dont le développement est prioritaire.
Pour le Vietnam, l’autonomie spatiale consiste à développer progressivement son propre savoir-faire : définir les missions, concevoir, fabriquer et intégrer certains composants, exploiter les satellites et maîtriser les stations au sol, mais aussi acquérir, traiter et valoriser les données. L’expérience de VNREDSat-1 montre que la coopération internationale nous a permis non seulement de disposer d’un satellite, mais aussi de former une équipe d’ingénieurs, de mettre en place un système d’exploitation et de développer un savoir-faire dans le traitement et la valorisation des données de télédétection.
Aujourd’hui, la valeur des technologies spatiales réside aussi, et de plus en plus, dans les données. La capacité à recueillir et à traiter les données spatiales pour les transformer en informations, en connaissances peut contribuer au développement socio-économique, à la prévention des catastrophes naturelles, à l’adaptation au changement climatique et à la gestion des ressources.
Cette nouvelle orientation ouvre donc la voie à un passage progressif d’un rôle essentiellement fondé sur l’utilisation et l’exploitation de technologies à une participation plus active à leur développement. La coopération internationale demeure indispensable, mais elle doit contribuer au renforcement du savoir-faire national, afin que le Vietnam puisse progressivement définir ses propres besoins, développer ses technologies, maîtriser ses données et créer des services à valeur ajoutée à partir des technologies spatiales.
La France est un partenaire important du Vietnam dans le domaine spatial. À l’issue de vos rencontres à Paris avec vos interlocuteurs français, quels axes concrets de coopération se dessinent pour les prochaines années ?
VNREDSat-1 constitue une étape importante de la coopération scientifique et technologique entre le Vietnam et la France. Lancé en 2013 pour une durée de vie nominale de cinq ans, le satellite est entré en 2026 dans sa quatorzième année d’exploitation et continue de fournir des données. Ce programme a permis au Vietnam de constituer une équipe capable d’assurer de manière autonome l’exploitation du système, de gérer les incidents techniques et de valoriser les données de télédétection.
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| Trân Hông Thai (1er plan, à gauche) et un représentant du ministère français de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, présentent des documents de coopération bilatérale, en présence des deux dirigeants Tô Lâm et Emmanuel Macron. |
| Photo : VNA/CVN |
Sur cette base, la coopération entre les deux pays entre aujourd’hui dans une nouvelle phase. En 2025, l’Académie des sciences et technologies du Vietnam (VAST), le Centre national d’études spatiales français (CNES) et Airbus Defence & Space ont signé une déclaration d’intention visant à promouvoir une coopération à long terme dans les technologies spatiales et les satellites d’observation de la Terre, notamment dans les domaines de la formation et du transfert de technologies.
Un résultat concret de la visite récente est la signature, le 10 septembre 2026 à Paris, entre la VAST et le ministère français de l’Économie, des Finances, de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, d’une lettre d’intention visant à promouvoir le projet VNREDSat-2, en présence du secrétaire général et président, Tô Lâm, et du président français Emmanuel Macron. Les deux parties sont déterminées à coordonner leurs efforts pour faire avancer le projet, la partie française devant notamment mobiliser les instruments financiers et les soutiens nécessaires.
VNREDSat-2 ne doit pas seulement prolonger les capacités d’observation de la Terre acquises avec VNREDSat-1 ; il doit également marquer une nouvelle étape dans le renforcement des compétences technologiques du Vietnam. Nous souhaitons que les ingénieurs vietnamiens soient associés plus tôt et plus étroitement aux différentes étapes du projet, depuis la définition de la mission et la conception du système jusqu’au développement et aux essais de certains sous-systèmes, aux logiciels, aux infrastructures au sol et à l’exploitation des données.
Notre objectif est de passer de la réception d’un système à une participation conjointe à son développement, et de former non seulement des équipes capables de l’exploiter, mais aussi de concevoir et de développer des technologies. Si cet objectif est atteint, VNREDSat-2 ne sera pas seulement un nouveau projet satellitaire ; il contribuera également à construire des compétences spatiales durables au Vietnam.
Le dirigeant Tô Lâm a souligné l’importance de transformer les données spatiales en connaissances, en services et en décisions plus éclairées pour la Terre. Pour prévenir les catastrophes naturelles et s’adapter au changement climatique, à quoi l’Académie doit-elle donner la priorité dans sa coopération avec ses partenaires français ?
Il s’agit d’un axe de coopération particulièrement concret pour le Vietnam, pays régulièrement exposé aux typhons, aux inondations, aux glissements de terrain, aux sécheresses, à l’intrusion saline et aux effets du changement climatique. Les technologies d’observation de la Terre permettent de suivre les phénomènes sur de vastes territoires et de manière régulière, en fournissant des informations que les méthodes traditionnelles d’observation ne peuvent pas toujours couvrir de façon suffisante.
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| Maquette à l’échelle 1 du satellite d’observation de la Terre VNREDSat-1, exposée à l’Académie des sciences et technologies du Vietnam. |
| Photo : VNA/CVN |
VNREDSat-1 nous a permis d’acquérir une expérience sur l’ensemble de la chaîne, depuis la définition des besoins en imagerie, la programmation et le contrôle du satellite, jusqu’à la réception et au traitement des données et à la fourniture des produits d’imagerie. Depuis 2020, le système a notamment fourni près de 30.000 scènes d’images satellitaires destinées à des missions dans les domaines des ressources naturelles, de l’environnement, des catastrophes naturelles, de la recherche scientifique et du développement socio-économique.
Dans le cadre de la coopération avec les partenaires français, il convient de renforcer les capacités nationales d’observation de la Terre, avec des données de meilleure qualité et une fréquence d’actualisation plus élevée ; au développement des technologies de traitement d’images, des données massives et de l’intelligence artificielle ; ainsi qu’à la production de données thématiques destinées à l’alerte et à l’aide à la décision. Le suivi des inondations, des glissements de terrain et des sécheresses, mais aussi de l’évolution du trait de côte, des ressources en eau, des forêts, des espaces maritimes, de l’occupation des sols et des effets du changement climatique, constitue autant de domaines dans lesquels les données spatiales répondent à des besoins importants.
À plus long terme, nous devons tendre vers une infrastructure commune d’information spatiale, intégrant les données satellitaires aux observations au sol, aux modèles numériques et à l’intelligence artificielle, afin de produire des connaissances disponibles en quasi-temps réel pour orienter l’action et renforcer les capacités de réponse.
L’enjeu essentiel est de réduire la distance entre les données et la décision : convertir ces acquis en cartes de risques, en indicateurs, en alertes et en ressources exploitable en temps utile par les autorités, les collectivités locales, les entreprises et les citoyens. C’est lorsque l’information géographique sera pleinement intégrée aux processus de décision que les technologies spatiales pourront exprimer tout leur potentiel au service de la résilience et du développement durable du pays.
Fort de sa coopération avec la France, sur quels domaines le Vietnam doit-il concentrer ses efforts pour maîtriser les technologies spatiales, former des experts de haut niveau et bâtir un écosystème scientifique dans ce secteur ? Que peut-on attendre de l’Académie ?
Les technologies spatiales font appel à de nombreuses disciplines de haut niveau. Le Vietnam doit donc avancer selon une feuille de route adaptée, en choisissant les domaines dans lesquels il peut s’impliquer et en augmentant progressivement la part des travaux réalisés par ses propres équipes.
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| Des ingénieurs français et vietnamiens au Centre national de télédétection, prêts à recevoir les premières images du satellite VNREDSat-1. |
| Photo : VNA/CVN |
Il faut tout d’abord se concentrer sur des domaines tels que la conception des systèmes, les charges utiles, l’électronique embarquée, les logiciels de vol, l’assemblage, l’intégration et les essais, ainsi que les technologies des stations au sol. Il convient également de valoriser les atouts du Vietnam dans les logiciels de contrôle, le traitement d’images, l’intelligence artificielle appliquée à la télédétection, ainsi que certains capteurs et certaines charges utiles répondant aux besoins nationaux. L’assemblage, l’intégration et les essais revêtent une importance particulière, car ils permettent aux ingénieurs de maîtriser le satellite en tant que système complet.
Le deuxième axe est le développement des ressources humaines. Le transfert de technologies doit être associé à une formation de long terme, à une expérience pratique et à une participation des ingénieurs vietnamiens aux projets dès leur lancement. La VAST dispose à cet égard d’un atout important avec l’Université des sciences et technologies de Hanoï (USTH), créée sur la base de la coopération entre le Vietnam et la France. Avec ses formations dans les domaines des sciences spatiales, de la télédétection et des technologies satellitaires, ainsi que son réseau de plus de 30 universités et organismes de recherche français, l’USTH constitue une plateforme importante pour rapprocher formation, recherche et projets concrets, et former des spécialistes selon les standards internationaux.
Le troisième axe concerne la construction d’un écosystème associant instituts de recherche, universités, entreprises, autorités publiques et utilisateurs des données. Il s’agit de permettre aux entreprises de participer davantage à la recherche et au développement de produits et de services issus des données spatiales, tout en donnant aux étudiants une exposition plus précoce aux besoins concrets.
La VAST dispose d’un atout majeur en tant qu’organisation scientifique et technologique pluridisciplinaire, avec son expérience dans le déploiement et l’exploitation de VNREDSat-1, le Centre spatial du Vietnam, son réseau d’instituts de recherche et l’USTH. Son rôle ne consiste donc pas seulement à mettre en œuvre des projets satellitaires, mais aussi à rapprocher recherche, formation et coopération internationale afin de renforcer les compétences scientifiques et technologiques ainsi que les ressources humaines nécessaires aux programmes de long terme.
Notre principe directeur est que chaque programme de coopération internationale doit produire à la fois des résultats technologiques concrets et renforcer la capacité du Vietnam à développer et à maîtriser ses propres technologies. L’objectif final n’est donc pas seulement de disposer d’un satellite supplémentaire, mais de permettre aux équipes vietnamiennes de participer toujours plus activement à la conception, à la maîtrise et au développement des technologies satellitaires.
Propos recueillis par Hoàng Hoa/CVN





