>> Hausse des frais sur les plateformes d’e-commerce : un fardeau pour les vendeurs
>> Facteur clé de la croissance durable de l’e-commerce transfrontalier
Ce qui apparaît comme une plateforme numérique pratique est, dans bien des cas, truffé de pièges sophistiqués. En un simple clic, la confiance peut être rapidement trahie au profit de produits contrefaits ou de qualité inférieure.
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Face à une frontière de plus en plus floue entre produits authentiques et contrefaçons, le renforcement du contrôle de la publicité et des ventes en ligne devient une nécessité urgente pour protéger à la fois les consommateurs et l’intégrité du marché.
Une menace croissante pour les consommateurs
L’inquiétude grandit face aux publicités mensongères à travers le pays. À la mi-2025, des électeurs de Hanoï, Binh Phuoc et Kien Giang ont signalé des cas de personnalités publiques faisant la promotion de produits aux allégations exagérées ou non vérifiées. Nombre de ces produits n’avaient pas fait l’objet de contrôles de qualité adéquats, induisant les consommateurs en erreur et présentant des risques potentiels pour la santé.
Début 2026, des électeurs de Dak Lak et Ninh Binh ont exprimé des préoccupations similaires, notamment concernant la promotion et la vente incontrôlées de produits contrefaits et de mauvaise qualité sur les réseaux sociaux. Les compléments alimentaires ont été particulièrement pointés du doigt comme un risque majeur. Ils ont exhorté le gouvernement à renforcer la surveillance, avertissant qu’un contrôle insuffisant pourrait porter atteinte aux droits des consommateurs, à la santé publique et à l’ordre public.
En réponse, le ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme s’est engagé à renforcer la gestion. Des efforts sont en cours pour affiner le cadre juridique régissant les services en ligne et appliquer un nouveau code de conduite pour les plateformes numériques, visant à promouvoir des comportements responsables parmi les organisations et les individus.
Les autorités travaillent actuellement à des amendements de la réglementation en vigueur afin d’instaurer des sanctions plus sévères, tout en renforçant les contrôles et en exigeant des grandes plateformes telles que Facebook, Google et TikTok qu’elles retirent les publicités illégales. Les programmes de formation destinés aux influenceurs et aux créateurs de contenu sont également élargis.
Malgré ces mesures, les infractions restent répandues et de plus en plus sophistiquées. Des cosmétiques aux compléments alimentaires en passant par les produits ménagers, ces produits sont souvent commercialisés avec des allégations exagérées, des images retouchées et des messages persuasifs conçus pour exploiter la psychologie des consommateurs.
De nombreux vendeurs opèrent anonymement, ce qui rend difficile l’identification des responsables. Une fois les profits réalisés, les comptes peuvent disparaître du jour au lendemain, laissant les consommateurs sans recours.
Des affaires récentes illustrent l’ampleur du problème. Les autorités ont démantelé de vastes réseaux de distribution de cosmétiques contrefaits, vantés avec des promesses extravagantes telles qu’un blanchiment en sept jours ou une élimination définitive de l’acné. Dans certains cas, les utilisateurs souffrent d’irritations ou de brûlures cutanées après avoir utilisé ces produits.
La police économique de Hô Chi Minh-Ville a démantelé un vaste réseau de contrefaçon de cosmétiques, arrêtant cinq suspects et saisissant plus de 10.000 produits contrefaits portant des marques internationales renommées, dont beaucoup étaient faussement étiquetés « Fabriqué aux États-Unis » ou « Fabriqué en Thaïlande ».
De même, de nombreux produits présentés comme des compléments alimentaires importés ou 100 % authentiques se sont révélés être des produits non vérifiés d’origine inconnue, parfois promus via de faux comptes ou même soutenus par des personnalités publiques afin de gagner la confiance des consommateurs.
Nguyen Thi L., habitante de la province de Bac Ninh, a déclaré avoir acheté à plusieurs reprises en ligne des remèdes contre ses douleurs chroniques au genou après avoir vu des publicités promettant des résultats rapides.
"Aucun n’a fonctionné", a-t-elle affirmé, ajoutant qu’elle soupçonnait ces produits d’être contrefaits et appelant à des sanctions plus sévères.
Nguyen Hai Yen, étudiante à Hanoï, a partagé une expérience similaire. Après avoir acheté en ligne une crème hydratante coréenne à prix réduit, elle a reçu un produit à la forte odeur chimique et à l’étiquetage illisible. La page du vendeur a disparu peu après.
"Une bonne publicité ne garantit pas un bon produit », a-t-elle déclaré. « Les consommateurs doivent être beaucoup plus prudents lorsqu’ils effectuent leurs achats en ligne".
Combler les lacunes, rétablir la confiance
Selon les experts, ce problème est alimenté par le rythme rapide des évolutions technologiques, qui a dépassé les cadres réglementaires et les outils de contrôle. La réglementation existante reste fragmentée, certaines dispositions manquant de clarté ou d’effet dissuasif suffisant.
Parallèlement, les vendeurs, motivés par le profit, continuent d’exploiter les failles du système, tandis que de nombreux consommateurs ignorent comment distinguer les produits authentiques des contrefaçons. Une réglementation plus stricte et plus cohérente est donc essentielle.
Cela implique de moderniser les cadres juridiques, de renforcer les règles relatives à la publicité et à la vente en ligne, notamment pour les produits sensibles, et d’alourdir les sanctions afin de dissuader les infractions.
Le projet de Code pénal révisé, élaboré par le ministère de la Sécurité publique, ajoute plus de 160 infractions et augmente les amendes. Il introduit notamment des peines d’emprisonnement pour la production ou la commercialisation de produits alimentaires et d’additifs contrefaits, y compris sur les plateformes de commerce électronique.
Les amendes pourraient doubler, passant de 20 à 100 millions de dôngs à 40 à 200 millions de dôngs ; les entreprises pourraient se voir infliger des amendes de 18 à 36 milliards de dôngs ainsi que la confiscation de leurs biens. Les personnes physiques pourraient être interdites d’exercer leur activité pendant une durée de un à cinq ans.
La production ou la vente de produits alimentaires contrefaits sur des plateformes comptant 500 spectateurs ou plus pourrait entraîner une peine d’emprisonnement de 5 à 10 ans, tandis que les entreprises causant des préjudices importants pourraient faire l’objet d’une fermeture définitive.
Les autorités sont également invitées à recourir davantage aux technologies telles que l’intelligence artificielle et le big data pour détecter et traiter plus efficacement les infractions. Parallèlement, les plateformes de commerce électronique et les réseaux sociaux doivent assumer une plus grande responsabilité dans la surveillance des contenus et des vendeurs.
La sensibilisation des consommateurs constitue un autre levier essentiel. Les campagnes d’information peuvent aider à identifier les contrefaçons et à adopter des comportements d’achat plus sûrs.
Le rôle de la communauté et des médias est tout aussi important. Encourager le signalement des infractions et assurer une couverture médiatique rapide peut contribuer à exercer une pression sociale contre les pratiques frauduleuses.
Une responsabilité partagée
Selon le ministère de la Sécurité publique, des milliers de cas de contrefaçon de produits alimentaires ont été détectés en 2025, dont des centaines ont donné lieu à des poursuites pénales, soulignant la gravité du phénomène.
Dans une affaire notable, le tribunal populaire de Hô Chi Minh-Ville a jugé des individus accusés d’avoir trompé les consommateurs via des ventes en direct de compléments alimentaires, illustrant l’abus croissant de l’influence sur les réseaux sociaux à des fins commerciales.
Bien que le Vietnam ait adopté des lois essentielles, notamment sur la publicité et la protection des consommateurs, des lacunes subsistent, en particulier en ce qui concerne les plateformes numériques transfrontalières.
Des experts avertissent que, sans mécanismes juridiques plus robustes et des outils de surveillance plus efficaces, les infractions continueront de gagner en ampleur et en complexité.
Le Dr Nguyen Duc Tai, directeur de l’Institut des sciences appliquées, des technologies et du droit, a souligné que le Vietnam manque encore d’outils techniques pour détecter la fraude en ligne, en particulier les escroqueries impliquant des influenceurs.
Un cadre juridique strict et un système de surveillance transparent sont donc nécessaires de toute urgence pour protéger les marchés, les consommateurs et les entreprises légitimes. Les autorités, les entreprises et les consommateurs doivent agir de concert, car seuls des efforts coordonnés permettront d’endiguer la contrefaçon en ligne et de rétablir la confiance dans un marché numérique sain et durable.
VNA/CVN


