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Pendant de nombreuses années, l’image du musée auprès d’une partie du public est restée associée aux vitrines, aux objets anciens et aux panneaux explicatifs. Cette approche évolue progressivement à Hô Chi Minh-Ville. Les musées s'intègrent désormais dans un écosystème plus vaste, en connexion avec le tourisme, l’éducation, les technologies, le design, les médias et les activités culturelles immersives.
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| Musée des Beaux-Arts de Hô Chi Minh-Ville. |
| Photo : CTV/CVN |
Lors de la conférence consacrée à la construction et au développement du réseau des musées de Hô Chi Minh-Ville, organisée en mai 2026, le secteur culturel de la ville a défini une orientation visant à bâtir un réseau de musées "professionnel, moderne et porteur d’identité", en renforçant l’application des technologies, la numérisation des collections, le renouvellement des dispositifs d’exposition et les synergies avec l’écosystème du tourisme culturel. Hô Chi Minh-Ville compte actuellement 25 musées, qui conservent plus de 692.000 objets et documents, dont près de 297.000 pièces originales et 25 trésors nationaux.
Pour la période 2026-2030, la municipalité s’est fixé pour objectif que 100% des musées intègrent les technologies dans leurs activités d’exposition. Elle prévoit également d’achever progressivement la numérisation en 3D des trésors nationaux, des objets patrimoniaux et des collections rares. La ville ambitionne par ailleurs de porter la fréquentation totale de son réseau muséal à plus de 4,5 millions de visiteurs par an, tout en incitant les institutions à renforcer leur communication numérique et leurs liens avec le tourisme culturel.
Ces objectifs traduisent une mutation profonde de la conception du développement muséal. La valeur d’un musée ne réside plus seulement dans le nombre d’objets conservés, mais aussi dans sa capacité à rapprocher les collections du public, à façonner de nouvelles expériences et à concevoir des produits culturels attractifs.
Dans le contexte où Hô Chi Minh-Ville entend s'affirmer comme une métropole créative, le musée devient un point de rencontre privilégié entre passé et présent. Une collection d’art peut ainsi donner naissance à une exposition interactive ; un récit historique peut être transformé en film, en podcast ou en support pédagogique ; un objet patrimonial peut enfin servir de source d’inspiration pour le design, l’édition ou les offres touristiques.
La technologie ouvre de nouvelles perspectives aux musées
L’un des changements les plus visibles concerne la manière dont les musées utilisent les outils technologiques pour raconter leur propre histoire.
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| Musée de Hô Chi Minh-Ville. |
| Photo : CTV/CVN |
Au musée Tôn Duc Thang, dans le cadre des manifestations organisées pour la Journée internationale des musées 2026, plusieurs formes d’interaction ont été déployées, notamment des jeux éducatifs, des activités de décryptage en ligne, des expositions numériques, des documentaires ainsi que des contenus diffusés sur son site Internet et ses réseaux sociaux. Cette démarche permet à l’institution de s'affranchir des limites de son espace physique pour dialoguer avec le public avant, pendant et après la visite.
Selon les orientations adoptées lors de la conférence sur le réseau muséal, la technologie ne doit pas se limiter à un rôle d’"embellissement" des espaces d’exposition. La numérisation, la 3D, les audioguides, la réalité virtuelle et les dispositifs interactifs doivent répondre à une ambition majeure : permettre au public de mieux appréhender les œuvres et proposer des expériences adaptées aux attentes des différentes catégories de visiteurs. Cette évolution s'avère particulièrement cruciale pour les jeunes générations, habituées à consommer l’information à travers l’image, la vidéo courte, l’audio et les plateformes numériques.
Une initiative particulièrement notable est l’introduction du "Passeport du patrimoine", lancé en août 2026 avec la participation du Musée de Hô Chi Minh-Ville, du Musée des vestiges de guerre et du Musée du Pho. Ce dispositif associe musée, technologie et tourisme, s'appuyant notamment sur la technologie NFC pour faciliter l’accès des visiteurs aux informations de chaque site.
L’intérêt de cette démarche dépasse la simple création d’un nouveau produit touristique. Le "Passeport du patrimoine" démontre que les musées peuvent fonctionner en réseau plutôt qu'en entités isolées.
Les visiteurs de Hô Chi Minh-Ville peuvent ainsi structurer leur parcours en débutant par l’histoire de la cité, en poursuivant par la mémoire de la guerre, pour achever leur découverte par la culture gastronomique. Chaque musée devient alors un maillon constitutif d’un itinéraire global.
Quand le patrimoine crée de la valeur économique
La question du rôle des musées au sein des industries culturelles est indissociable de l'essor touristique de Hô Chi Minh-Ville. Au cours des huit premiers mois de 2026, la métropole a accueilli environ 7,77 millions de visiteurs internationaux et 35,5 millions de touristes nationaux. Les recettes touristiques sont estimées à près de 259.700 milliards de dôngs, soit une progression de 48,8% sur un an, la ville visant les 330.000 milliards de dôngs pour l'ensemble de l'année 2026. Dans ce flux croissant, les musées jouent un rôle clé en apportant de la profondeur aux parcours de découverte.
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| Musée des vestiges de la guerre. |
| Photo : CTV/CVN |
Une destination qui souhaite prolonger la durée de séjour des voyageurs ne peut s'en remettre uniquement au shopping, à la gastronomie ou aux paysages. Les touristes internationaux s’intéressent de près à l’histoire d’une grande métropole : son développement, le mode de vie de ses habitants, les traces laissées par les bouleversements historiques, ainsi que l’éclosion de son art et de sa culture. Les musées demeurent les dépositaires naturels de ces récits.
Investir dans les musées revient donc à investir dans l’attractivité globale du territoire. Un équipement muséal bien pensé stimule la fréquentation et dynamise, par ricochet, les services de guidage, le transport, l’hébergement, la restauration, le commerce, l’édition et le design.
C’est précisément ce lien stratégique que Hô Chi Minh-Ville entend consolider en associant la préservation du patrimoine au développement urbain, au tourisme culturel et à l’économie créative pour la période 2026-2030.
Construire un écosystème plutôt que des destinations isolées
La ville bénéficie d’un patrimoine particulièrement riche, fort de plusieurs centaines de sites classés et d'un réseau muséal diversifié. Le seul ensemble des sites patrimoniaux de Hô Chi Minh-Ville dénombre 321 emplacements classés, dont 4 d’importance nationale spéciale, 99 d’importance nationale et 218 au niveau municipal.
En connectant musées, sites historiques, espaces créatifs, rues du livre, théâtres, quartiers anciens et acteurs touristiques autour de parcours thématiques, la métropole se dote d’un véritable écosystème culturel capable d’alimenter une offre renouvelée en permanence.
Dans cette perspective, le "Passeport du patrimoine" ne constitue qu’une première étape. À plus long terme, il est possible d’envisager des circuits dédiés à l’histoire urbaine, à l’architecture, aux beaux-arts, à la cuisine, à la musique ou encore à la mémoire de Saïgon. Chaque parcours associerait des lieux physiques, des contenus numériques, des guides spécialisés, des produits dérivés, des ouvrages, des films, des productions audiovisuelles et des animations interactives pour le jeune public.
Le musée cesse alors d’être un simple équipement culturel autarcique pour s'imposer comme un nœud central du réseau créatif de la métropole.
Cette vision prend tout son sens alors que Hô Chi Minh-Ville s’est fixé pour objectif de porter la contribution des industries culturelles à environ 7 ou 7,2% de son PIB régional (GRDP) d’ici 2030. D'après les chiffres communiqués par le secteur culturel local en septembre 2026, la ville abrite actuellement quelque 17.670 entreprises relevant des industries culturelles, employant environ 97.000 personnes à plein temps. En 2025, ces activités ont contribué à hauteur de 5,7% au GRDP urbain.
Investir dans les musées, c’est investir dans l’avenir culturel
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| Musée de Tôn Duc Thang. |
| Photo : CTV/CVN |
Plusieurs chantiers d’envergure témoignent de la volonté municipale d'inscrire les équipements culturels dans une vision à long terme. En avril 2026, les travaux de rénovation et d’aménagement du Musée Hô Chi Minh, antenne locale située dans le secteur de Bên Nhà Rông, ont été officiellement lancés. Intégré au vaste projet du parc culturel Bên Nhà Rông-Khanh Hôi, ce chantier est conduit sous forme de partenariat public-privé. L’investissement global annoncé dépasse les 20.000 milliards de dôngs, dont environ 1.224 milliards pour la première phase. De telles initiatives confirment que les musées s'inscrivent désormais dans une planification urbaine globale et ne sont plus perçus comme des structures isolées.
Cependant, l’effort consenti en matière d’infrastructures ne suffit pas. La vitalité d’un musée dépend avant tout de la pertinence de ses contenus, du professionnalisme de ses équipes et de son dynamisme créatif. Un espace moderne mais dénué de récits stimulants peinera à générer une valeur pérenne. À l’inverse, une pièce rare, enrichie par une recherche approfondie, une médiation soignée et un dialogue constant avec le public, peut devenir un véritable actif culturel au rayonnement puissant.
Cette exigence a été soulignée lors de la conférence sur le développement du réseau muséal : la technologie doit impérativement aller de pair avec la qualité scientifique des informations. Si les données relatives aux collections demeurent parcellaires, le recours aux technologies les plus avancées n’aura qu'une portée limitée. La prochaine étape repose donc sur une approche globale : moderniser les infrastructures, renforcer l’expertise muséologique, former les équipes aux nouveaux outils numériques, consolider les bases de données, réinventer la muséographie, développer des programmes éducatifs et multiplier les partenariats avec les entreprises créatives.
Plus fondamental encore, il s'agit de concevoir des mécanismes permettant de réinjecter la valeur économique générée par la culture directement au service de cette dernière.
Lorsqu’un musée parvient à dégager des revenus à travers sa billetterie, ses expositions temporaires, ses publications, l’exploitation de ses images, ses produits dérivés, ses programmes éducatifs ou ses partenariats touristiques, ces ressources peuvent être réinvesties dans l’acquisition, la conservation et la recherche. C’est précisément ce cercle vertueux qui garantira la pérennité et le développement harmonieux des institutions muséales.
Minh Thu/CVN






