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| Blotti au bord du Thu Bồn, le village de Củi Lũ se dévoile comme un véritable espace artistique à ciel ouvert. |
| Photo : VNP/CVN |
À chaque transition entre l’automne et l’hiver, les pluies torrentielles qui dévalent de la chaîne de Trường Sơn gonflent le Thu Bồn, qui se pare alors d’une teinte rougeoyante. Lorsque les eaux retrouvent leur calme, laissant Hội An, ville de Đà Nẵng (Centre), la plage d’An Bàng et les rives environnantes retrouver leur quiétude, le paysage se couvre de troncs, de souches et de madriers charriés par le courant.
Pour les habitants de Quảng Nam (actuellement ville de Đà Nẵng), le bois flotté n’était autrefois que des encombrants. Il était parfois ramassé pour alimenter les foyers ou simplement brûlé afin de dégager les espaces destinés au tourisme. Ces morceaux de bois, autrefois voués à disparaître, connaissent aujourd’hui une seconde vie et deviennent les témoins d’une histoire où se mêlent la montagne, le fleuve et la terre du Centre.
Le 1er août, lors du festival “Rivière Cổ Cò - Hội An Tây”, l’exposition de sculptures réalisées à partir de bois de crue a constitué l’un des temps forts de l’événement, attirant de nombreux visiteurs.
“Chaque morceau échoué sur les berges du Cổ Cò porte une histoire singulière, marquée par les tempêtes. Je voulais préserver son âme originelle. Transformer ces débris en œuvres d’art est notre manière de rendre hommage au fleuve, de respecter la nature et de saluer la résilience des habitants de cette région”, confie Trần Thị Ý, représentante de l’espace muséal.
Des “cicatrices” de la nature à l’art
Blotti au bord du Thu Bồn, le village de Củi Lũ, désormais rattaché au quartier de Hôi An Tây, ville de Đà Nẵng, se dévoile comme un véritable espace artistique à ciel ouvert. Sous les premiers rayons du soleil filtrant à travers les feuillages, des centaines de sculptures aux formes variées s’offrent au regard.
Ici, une statue conserve la rudesse naturelle du bois ; là, une création se pare de touches contemporaines qui soulignent la dynamique de ses lignes. Toutes ont pourtant un point commun : une matière première recueillie au lendemain des intempéries, façonnée par le courant et les éléments.
À l’origine de cette démarche figure l’artisan Lê Ngọc Thuận, 45 ans. L’aventure commence en 2012, lorsqu’il entreprend d’aménager une maison d’hôtes près de la plage d’An Bàng.
Au début, il se contente de ramasser quelques morceaux aux formes insolites pour meubler un jardin trop vide. Mais, au fil du temps, il se passionne pour leurs veinages sinueux, leurs gerçures profondes et leurs racines noueuses, autant de marques naturelles impossibles à reproduire à la main.
L’intérêt manifesté par les voyageurs achève de le convaincre. En s’arrêtant devant ces pièces décoratives, ils ne s’intéressent pas seulement au travail de sculpture : ils cherchent surtout à savoir d’où vient le bois.
À rebours de la sculpture traditionnelle, où l’artisan s’appuie sur des plans minutieux et des gabarits rigoureux pour tailler un bloc sain, le travail du bois de crue exige une approche inversée. Nguyễn Văn Minh, l’un des sculpteurs du village, explique que chaque fragment possède déjà sa propre morphologie, façonnée en amont par les éléments.
“Chaque pièce dicte sa propre forme. Mon rôle consiste simplement à la révéler grâce à mon regard, à mes mains et à ma sensibilité”, souligne-t-il.
Signature unique et engagement durable
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| Des statues en bois aux expressions aussi originales qu’expressives. |
| Photo : VNP/CVN |
Le jeune artisan consacre de longues journées à observer et à faire pivoter les pièces sous tous les angles. Tel renflement évoque l’aile déployée d’un oiseau ; tel autre suggère les contours fugaces d’un poisson, d’un dragon ou d’une silhouette enfantine. Ce n’est qu’une fois qu’il perçoit la “voix” et le “souffle” de la matière qu’il esquisse son projet.
De ces morceaux de bois émergent progressivement des figures inspirées de l’identité de Quảng Nam et de la culture des montagnards Cơ Tu. Certaines reprennent des symboles folklori-ques, d’autres évoquent la vie au bord des cours d’eau du Centre ou encore, des personnages familiers de la région.
L’unicité absolue constitue la véritable marque de fabrique du village. Dans l’atelier de Hội An, il est impossible de dénicher deux articles strictement identiques. Les ravages de la nature et les caprices des flots font de chaque spécimen une pièce unique au monde.
Cette singularité, à laquelle s’ajoute l’histoire de chaque bois, séduit les visiteurs. De passage à Hội An, nombre d’entre eux sont touchés lorsqu’ils découvrent le parcours de ces pièces, de la forêt jusqu’au fleuve puis à la mer.
Võ Thị Hà, une visiteuse originaire de la ville de Huế (Centre), témoigne : “En écoutant l’artisan relater le périple de ce bois, de la haute forêt jusqu’à la mer, j’ai réalisé que je n’achetais pas un simple bibelot, mais que je ramenais chez moi un fragment de la mémoire fluviale et culturelle du Vietnam”.
Cette activité valorise une ressource autrefois délaissée, préserve un savoir-faire artisanal et génère des revenus pour les habitants, tout en donnant aux bois de crue une seconde vie sous forme d’œuvres d’art porteuses de la mémoire du fleuve.
Huong Linh - TP/CVN





