>> Résolution 57 : de nouvelles opportunités pour les entreprises du numérique
>> La Résolution N°57, catalyseur d'une percée technologique et scientifique du Vietnam
>> 2026, une année d’accélération pour la mise en œuvre de la Résolution 57
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| Interaction avec un robot administratif à Thu Duc, Hô Chi Minh-Ville. |
| Photo : VNA/CVN |
Le Docteur Vu Hai Quang, expert reconnu et vice-directeur général de la Voix du Vietnam (VOV), revient sur la Résolution Nᵒ 57 qu’il qualifie de “charte technologique“. Selon lui, elle trace une voie stratégique destinée à accompagner la transformation du Vietnam. Un an après son lancement, la mise en œuvre de cette orientation insuffle un nouvel élan à l’économie nationale, tout en mettant en lumière d’importants blocages institutionnels, appelant des réformes en profondeur.
Nouveau cap à prendre
Le constat de l’auteur est sans appel : après près de 40 ans de Dôi moi (Renouveau), le modèle de croissance basé sur la main-d’œuvre bon marché et l’exploitation des ressources naturelles a atteint ses limites. Sans une transition rapide vers un modèle fondé sur la productivité globale des facteurs (TFP), le Vietnam risque de s’enclaver dans le “piège du revenu moyen”. La Résolution N°57 constitue donc un “engagement politique” au plus haut niveau pour faire du savoir, de la création et de l’autonomie technologique les moteurs de l’avenir.
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| Vietcombank, une pionnière de la transformation numérique. |
| Photo : VNA/CVN |
Cette stratégie repose sur un trépied indissociable : science-technologie, innovation et transformation numérique. Les jalons fixés sont ambitieux. D’ici 2030, pour le centenaire du Parti, le Vietnam vise le statut de pays en développement doté d’une industrie moderne, avec une économie numérique pesant 30% du PIB. Pour 2045, centenaire de la République socialiste du Vietnam, l’objectif est d’intégrer le groupe des pays développés à revenu élevé, en devenant l’un des principaux centres de production intelligente et d’innovation en Asie. Ces cibles traduisent, selon Vu Hai Quang, une véritable “volonté de grandeur”.
Selon lui, l’apport le plus significatif de la Résolution N°57 ne réside pas dans les budgets alloués, mais dans une véritable “révolution de la pensée managériale”. L’État délaisse son rôle de “rameur” pour devenir “timonier” et “bâtisseur”, se concentrant sur la création d’infrastructures et d’institutions plutôt que sur l’ingérence microéconomique. Là où l’administration avait tendance à interdire ce qu’elle ne parvenait pas à gérer, notamment les nouveaux modèles comme la blockchain ou la Fintech, le texte impose désormais une logique de soutien à l’innovation.
Une avancée majeure est l’institutionnalisation d’une “culture de l’acceptation du risque” dans la recherche. Pour la première fois, les chercheurs utilisant des fonds publics ne seront plus poursuivis ni contraints de rembourser en cas d’échec technique, sous réserve de probité et du respect des procédures. Cette disposition lève un “carcan psychologique” qui entravait jusqu’ici l’exploration des technologies de rupture.
Un premier bilan encourageant
En seulement 365 jours, les résultats quantitatifs témoignent d’une économie qui se “reprogramme”. À la fin de l’année 2025, la contribution de la TFP à la croissance du PIB a atteint environ 49%, contre une moyenne de 45% les années précédentes. Cette progression démontre que la croissance gagne en qualité, s’appuyant davantage sur l’efficacité technologique que sur les intrants matériels.
L’économie numérique connaît une expansion fulgurante, avec une valeur estimée à 39 milliards de dollars en 2025, affichant la croissance la plus rapide d’Asie du Sud-Est. Sa part dans le PIB a bondi de 18% en 2024 à près de 24% en 2025, rapprochant le pays de sa cible pour 2030. La société suit le mouvement : 75% des transactions s’effectuent désormais sans numéraire, et l’application VNeID, intégrant 578 types de documents, simplifie radicalement les démarches administratives des citoyens. Le Vietnam maintient ainsi sa 44ᵉ place sur 139 au classement mondial de l’innovation (GII), dominant le groupe des pays à revenu moyen inférieur.
Le secteur des semi-conducteurs, nerf de la guerre technologique, illustre cette nouvelle dynamique. En décembre 2025, le groupe Viettel a été officiellement chargé par le gouvernement de construire la première usine de fabrication de puces de haute technologie au Vietnam, avec une production commerciale prévue pour 2030. Parallèlement, FPT Semiconductor a consolidé sa stratégie “fabless” (sans usine), exportant déjà 70 millions
de puces de gestion d’énergie (PMIC) vers les marchés exigeants du Japon et de la République de Corée. Grâce à la Résolution N°57, le Vietnam passe du stade de la sous-traitance à celui de l’autonomie dans cette industrie clé.
Mettre en valeur le capital humain
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| Système de tri intelligent de marchandises de Viettel Post. |
| Photo : VNA/CVN |
Le Docteur Vu Hai Quang insiste sur le fait que l’humain est “le moteur central de cette transformation“. La politique envers les intellectuels évolue : on passe de la simple reconnaissance morale à une véritable “valorisation des talents”. Les scientifiques de premier plan bénéficient désormais de mécanismes d’exception, incluant des rémunérations hors cadre, des logements de fonction et une autonomie professionnelle totale.
Un effort particulier est tourné vers la diaspora. Avec plus de 5.300.000 Vietnamiens à l’étranger, dont 500.000 experts de haut niveau, le pays dispose d’une “mine d’or de matière grise”. Une vague de retour de spécialistes de la Silicon Valley ou de grands centres de recherche européens et japonais se dessine. Ces “ambassadeurs technologiques” apportent non seulement leur expertise technique, mais aussi leurs réseaux et du capital-risque.
Cependant, le défi des compétences reste de taille. Si le nombre d’ingénieurs en semi-conducteurs a triplé en un an, passant de 5.000 à 15.000, le pays est encore loin de l’objectif de 50.000 experts fixé pour 2030. Le décalage entre la formation académique et les besoins réels pousse des géants comme Viettel ou FPT à créer leurs propres centres de formation pour “se sauver eux-mêmes”.
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| Atelier pratique chez le Collège de FPT Polytechnic. |
| Photo : FPT/CVN |
Pour le Docteur Vu Hai Quang, le salut réside dans la généralisation de cadres flexibles comme ceux de l’Université Fulbright Vietnam ou des initiatives de Vingroup.
Fulbright, grâce à un soutien politique bilatéral, bénéficie d’une autonomie académique élevée et d’un statut non lucratif. De son côté, le Fonds VINIF a injecté environ 800 milliards de dôngs dans la recherche nationale en cinq ans, finançant des milliers de chercheurs avec une gestion transparente et agile. L’Université VinUni, née d’un investissement de 6.500 milliards de dôngs, collabore avec Cornell et Pennsylvania pour atteindre les standards d’excellence mondiaux dès sa création.
Ces succès prouvent que le secteur privé vietnamien peut bâtir des institutions de rang mondial si on lui offre un environnement “constructif”.
Déclencher une dynamique collective
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| Inscription aux soins sur borne intelligente au Centre médical d’An Phu, province d’An Giang (Sud). |
| Photo : VNA/CVN |
Pour que la Résolution N°57 devienne le véritable moteur d’une ère nouvelle, une transformation systémique s’impose, dépassant la simple gestion administrative. Le Docteur Vu Hai Quang préconise d’abord une “refonte profonde de l’architecture législative“ par la création d’un cadre juridique dédié aux organisations scientifiques à but non lucratif.
Sur le plan financier, l’auteur appelle à “substituer la logique de contrôle a priori par une culture de confiance a posteriori”, où la gestion des projets est évaluée sur les résultats finaux, tout en acceptant l’aléa et le risque d’échec comme des composantes naturelles de la science. L’État pourrait également démultiplier l’impact du secteur privé en instaurant des fonds de contrepartie, ou “matching funds”, venant abonder les investissements de structures comme le fonds VINIF, qui a déjà injecté 800 milliards de dôngs dans l’innovation nationale.
Enfin, la bataille pour la souveraineté technologique se gagnera sur le terrain du capital humain. Il s’agit de déployer un véritable “tapis rouge” pour les experts internationaux et la diaspora, incluant des visas de longue durée et des conditions d’installation facilitées. Parallèlement, une réforme radicale de l’enseignement STEM est nécessaire, en encourageant le modèle de “l’entreprise au sein de l’université” initié par des groupes comme Viettel ou FPT. L’objectif est de réduire le fossé entre les programmes académiques et les exigences de l’industrie de pointe, garantissant ainsi que le Vietnam dispose des talents nécessaires pour porter ses ambitions à l’horizon 2045.
Dan Thanh/CVN







