Le Vietnam entend faire des villes un nouveau moteur de croissance économique

Le Forum vietnamien sur le développement urbain durable 2026 a souligné la nécessité de repenser le modèle de croissance des villes, en misant sur l’innovation, les technologies, la transition écologique et une gouvernance efficace, afin de faire de l’urbanisation un moteur de croissance durable.

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La physionomie de Hanoï se modernise de jour en jour. Sur la photo : la ligne de métro Cat Linh-Hà Dông, première ligne ferroviaire urbaine du Vietnam, est devenue un moyen de transport quotidien pour une grande partie des habitants de la capitale. 
Photo : VNA/CVN

Le Vietnam doit transformer son modèle de développement urbain, en passant d’une croissance fondée principalement sur l’extension de l’espace bâti et la mobilisation des investissements à un modèle axé sur la productivité, l’innovation, les technologies et l’utilisation efficace des ressources. Cette orientation a été soulignée lors du Forum vietnamien sur le développement urbain durable 2026, organisé le 6 novembre à Hanoï par la Commission centrale des politiques et des stratégies, en coordination avec le ministère de la Construction.

Placé sous le thème "Modèles de développement urbain contribuant à la croissance nationale", le Forum a mis en évidence le rôle croissant des villes dans la réalisation des objectifs de croissance rapide et durable du pays.

Dans son discours d’ouverture, Nguyên Ngoc Tuân, vice-président de la Commission centrale des politiques et des stratégies, a souligné que les villes devaient devenir de véritables moteurs de l’économie, en particulier des centres d’activités à forte valeur ajoutée, d’innovation, de technologies modernes et de services de qualité.

Selon lui, le développement urbain ne saurait se limiter à l’augmentation de la population ou à l’extension des superficies construites. Il doit contribuer à réduire les coûts de production et de logistique, à stimuler les services et à diffuser les bénéfices du développement dans l’ensemble de l’économie. Pour y parvenir, il est nécessaire de faire des sciences et technologies, de l’innovation et de la transformation numérique les principaux moteurs de croissance, tout en favorisant les économies verte, numérique et circulaire.

Partageant cette analyse, le vice-ministre de la Construction, Nguyên Tuong Van, a insisté sur la nécessité de passer d’un développement urbain extensif à un développement en profondeur, privilégiant la productivité et l’efficacité plutôt que la seule mobilisation des capitaux, des terrains et des investissements dans les infrastructures.

Il a également préconisé une organisation du réseau urbain selon un modèle multipolaire et interconnecté, valorisant le rôle moteur des grandes villes, des pôles de croissance et des corridors économiques. Les villes moyennes et petites devraient, quant à elles, définir leurs orientations de développement en fonction de leurs avantages spécifiques, afin d’éviter les investissements dispersés et le manque de complémentarité entre les territoires.

En matière d’aménagement, les participants ont appelé à étudier et à promouvoir différents modèles, notamment les villes vertes, intelligentes, écologiques et innovantes, ainsi que les villes axées sur le développement autour des transports publics (TOD). Pour les villes côtières, portuaires et les centres logistiques, l’organisation de l’espace urbain devrait être étroitement liée à la stratégie de développement de l’économie maritime, tout en conciliant croissance économique, protection de l’environnement et défense et sécurité nationales.

L’adaptation de la planification urbaine au modèle d’administration locale à deux niveaux constitue également une priorité. Les plans d’aménagement doivent être intégrés et cohérents, en tenant compte des liens fonctionnels, infrastructurels et socio-économiques entre les territoires, au-delà des limites administratives. Cela nécessite des mécanismes de coordination pour les projets intercommunaux et interrégionaux, ainsi qu’une répartition claire des responsabilités entre les différents niveaux d’administration.

De son côté, l’ambassadeur de Suisse au Vietnam, Thomas Gass, a estimé que le pays devait non seulement accélérer les investissements dans les infrastructures, mais aussi mieux sélectionner les secteurs et les projets prioritaires afin de garantir des retombées durables. Les investissements devraient notamment renforcer la résilience des villes face au changement climatique, aux catastrophes naturelles, aux inondations et aux vagues de chaleur extrême.

Les participants ont par ailleurs souligné que la qualité de vie des habitants devait constituer le principal critère d’évaluation du développement urbain. Outre la croissance économique et la modernisation des infrastructures, les villes doivent garantir un meilleur accès au logement, aux transports publics, aux services essentiels et aux espaces verts, tout en préservant leur identité culturelle et en assurant l’équité sociale.

Lancé le 11 février 2026, le Centre financier international du Vietnam à Hô Chi Minh-Ville illustre l’ambition du pays de bâtir une place financière capable d’attirer les capitaux étrangers.
Photo : VNA/CVN

La transformation numérique et la gouvernance fondée sur les données constituent un autre axe majeur de cette transition. Mariam J. Sherman, directrice de la Banque mondiale pour le Vietnam, le Cambodge et le Laos, a souligné l’importance du renforcement des capacités de planification des investissements et de gestion des projets au niveau local. Elle a également insisté sur le rôle du ministère de la Construction dans l’élaboration de normes et de directives techniques, ainsi que dans le partage des expériences et des bonnes pratiques en matière de développement urbain.

À cet égard, le 5 novembre, le vice-Premier ministre permanent Pham Gia Tuc a signé la décision No2116/QD-TTg approuvant les orientations nationales pour le développement des villes intelligentes pour la période 2026 - 2030, avec une vision à l’horizon 2035.

Ce document marque une évolution vers un modèle de gestion urbaine fondé sur les données, capable d’analyser, d'anticiper et de coordonner les activités, au lieu de se limiter au traitement ponctuel des problèmes et à l’application isolée de solutions technologiques.

L’objectif fixé à l’horizon 2030 est que 100% des villes élaborent et mettent en œuvre leur projet de développement de ville intelligente, tout en construisant des bases de données urbaines communes. Les technologies telles que les systèmes d’information géographique, les mégadonnées et l’intelligence artificielle seront progressivement appliquées à la planification, à la gestion foncière, aux transports, à l’environnement et à la fourniture des services publics.

Le vice-ministre Nguyên Tuong Van a toutefois rappelé que le développement des villes intelligentes ne consistait pas simplement à investir dans les technologies ou à construire des centres de commande. Il devait avant tout permettre de moderniser les méthodes de gouvernance, de résoudre les problèmes concrets et d’améliorer les services ainsi que les conditions de vie de la population.

Parallèlement, le Vietnam devra renforcer la résilience de ses villes face au changement climatique, notamment dans les régions côtières et les deltas, exposées aux inondations, à l’intrusion saline, aux glissements de terrain et à la pollution. Le développement des infrastructures vertes, des transports propres et des solutions de protection des écosystèmes devra être intégré dès les étapes de planification et d’investissement.

Enfin, les participants ont appelé à poursuivre la réforme des mécanismes et politiques relatifs à la planification, au foncier, à l’investissement et aux finances urbaines, tout en encourageant les partenariats public-privé et la mobilisation de financements verts. L’exploitation de la valeur ajoutée générée par le foncier et les infrastructures devra se faire de manière transparente, dans le respect des intérêts de l’État, des entreprises et de la population.

Selon le vice-ministre Nguyên Tuong Van, l’avenir des villes vietnamiennes dépendra non seulement des infrastructures construites, mais aussi de la vision de développement, de la qualité des institutions et des méthodes de gouvernance. Chaque ville doit ainsi devenir un espace de développement dynamique, un nouveau moteur de croissance, mais aussi un cadre de vie sûr, vert, intelligent et porteur d’identité, où les habitants sont à la fois au centre du développement, ses acteurs et ses bénéficiaires.

VNA/CVN

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