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Pour les entreprises locales, et tout particulièrement celles du secteur du textile-habillement, il existe désormais une urgence absolue à résoudre l’équation complexe des règles d’origine, à restructurer les sources d’approvisionnement et à réorganiser leur chaîne de valeur.
Face aux défis d’approvisionnement, les entreprises du secteur réorganisent leurs chaînes d’approvisionnement pour gagner en flexibilité. Pour les exportateurs ciblant les marchés américain et européen, à l’image de la Compagnie par actions d’investissement et de commerce TNG, cette mutation est stratégique.
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| La compagnie de confection Hung Viêt dans la province de Hung Yên, spécialisée dans la fab riccation des vêtements exportés vers le Japon. |
| Photo : VNA/CVN |
Selon son directeur général, Trân Minh Hiêu, l’entrée en vigueur du CPTPP et de sa règle d’origine du «yarn forward» (ou règle du fil en avant) a bouleversé la donne. Alors que TNG se basait traditionnellement sur le triptyque prix, qualité et délais de livraison, la traçabilité et l’origine des matières premières se sont imposées désormais comme le critère d’éligibilité incontournable pour le choix de ses partenaires.
Pour sécuriser ses approvisionnements, TNG a restructuré l’ensemble de son portefeuille de fournisseurs. Elle privilégie désormais des partenariats à long terme avec des acteurs conformes aux règles d’origine, tout en nouant des alliances stratégiques avec des fabricants de tissus locaux. Cette vigilance s’opère dès la phase de design et d’échantillonnage, où les équipes commerciales collaborent directement avec les clients pour anticiper la conformité de chaque commande.
En parallèle, TNG a automatisé la traçabilité de sa chaîne logistique grâce à un progiciel interne. En attribuant un code QR ou ERP à chaque lot de matières premières entrant, l’entreprise interconnecte en temps réel stocks, factures et contrats. Un déploiement technologique qui garantit une transparence totale et fluidifie les audits d’origine.
Entré en vigueur en janvier 2019, le CPTPP a permis de porter les exportations nationales du secteur de 6,27 milliards de dollars en 2018 à 8,3 milliards en 2025, selon Truong Van Câm, vice-président et secrétaire général de l’Association du textile et de l’habillement du Vietnam (Vitas). Malgré l’accès ouvert à 12 marchés membres, le secteur reste entravé par une exigence réglementaire majeure, la règle du «yarn forward».
Si la filature couvre la demande intérieure, le tissage, la teinture et l’anoblissement constituent le principal point de blocage. Augmenter les importations de matières premières intrabloc demeure par ailleurs illusoire, les pays signataires du CPTPP ne constituant pas les principaux fournisseurs de la filière.
Un grand nombre d’entreprises locales restent confinées au modèle CMT (coupe, couture, finition), une méthode qui les rend structurellement dépendantes des matières premières fournies ou imposées par leurs donneurs d’ordres. Cette forte dépendance freine leur transition vers des modèles à plus forte rentabilité, tels que le FOB — où le fabricant gère la logistique jusqu’au port d’exportation — ou l’OEM, qui consiste à fabriquer des produits clés en main selon les designs et sous la marque du client.
Par ailleurs, les échanges commerciaux entre le Vietnam et ses partenaires du CPTPP affichent une solide dynamique, largement tirée par les exportations vietnamiennes. Toutefois, malgré cette ouverture des marchés, les produits vietnamiens ne captent encore qu’à peine plus de 1% des importations totales des pays membres du traité.
Le taux d’utilisation des certificats d’origine (C/O) préférentiels dans le cadre du CPTPP reste marginal, s’établissant sous la barre des 10%. Bien que ce chiffre ait quadruplé depuis l’entrée en vigueur du traité, il demeure très en deçà du potentiel réel des exportations. Selon les experts, ce manque à gagner s’explique principalement par la rigidité des règles d’origine, en particulier celle du «yarn forward» qui pénalise le secteur.
Le défi de l’intégration pour le textile-habillement
Le règle du «yarn forward» exige que chaque étape de fabrication à partir du fil soit réalisée au sein du bloc. Bien que les fibres brutes puissent provenir du monde entier, l’ensemble du processus de transformation textile doit impérativement s’effectuer sur le territoire des pays membres.
Le secteur du textile-habillement n’assure actuellement que 50% de l’approvisionnement en matières premières et accessoires, sa production domestique ne couvrant notamment que 36% de ses besoins en tissu.
Pour soutenir son rythme de production, il a dû dépenser 11,6 milliards de dollars pour ses importations de tissus sur les neuf premiers mois de l’année 2026, après une facture globale de 15,2 milliards de dollars en 2025. Entre-temps, les importations de matières premières et accessoires en provenance des pays membres affichent une croissance quasi nulle, stagnant entre 1,58 et 1,59 milliard de dollars par an sur la période 2018-2025.
Pour contrer les turbulences du commerce mondial, le Vietnam mise désormais sur son vaste réseau de 17 accords de libre-échange (ALE) conclus avec près de 70 partenaires internationaux. Face à cette donne, le ministère de l’Industrie et du Commerce exhorte les entreprises locales à cartographier leurs chaînes d’approvisionnement afin d’en corriger les failles et de maximiser les synergies entre ces accords, gage d’une résilience accrue.
Selon Ngô Chung Khanh, le CPTPP doit être appréhendé comme une source stratégique d’approvisionnement plutôt que comme un simple marché de débouchés. Pour maximiser son potentiel, la promotion commerciale doit désormais se focaliser sur l’intégration des chaînes d’approvisionnement. Dans ce schéma, les règles d’origine ne sont plus une contrainte réglementaire, mais un levier stratégique dès le sourcing des matières premières. Cette transition conceptuelle du «Made in Vietnam» vers le « Made in CPTPP » vise à consolider la valeur ajoutée globale et à optimiser la compétitivité de l’ensemble du système.
Afin de s’émanciper progressivement des importations de matières premières, les experts ont recommandé aux entreprises d’auditer l’ensemble de leur chaîne d’approvisionnement, de segmenter les flux entre les ressources substituables immédiatement à l’échelle locale ou régionale, celles exigeant une transition technologique, et celles nécessitant de nouveaux investissements.
Pour les intrants introuvables à court terme sur le marché national, les entreprises sont recommandées de reposer sur des joint-ventures et des alliances avec des fabricants issus de hubs technologiques majeurs, tels que la Chine, Taïwan ou la République de Corée.
En relocalisant la production directement au Vietnam, les industriels sécurisent non seulement l’origine locale de leurs produits, mais optimisent également leurs coûts, leurs flux logistiques et leurs délais de livraison.
VNA/CVN


