Le droit d’auteur, un levier pour les industries culturelles vietnamiennes

À mesure que le cadre du droit d’auteur se précise, que les données gagnent en transparence et que les mécanismes de protection deviennent plus efficaces, les créations culturelles et artistiques peuvent se transformer en actifs précieux, capables d’attirer des investissements, de conquérir de nouveaux marchés et de nouveaux modèles économiques, tout en générant des revenus susceptibles de financer la création future.

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Les particpants au concert Anh trai vượt ngàn chông gai 2026. 
Photo : YeaH1/CVN 

Avec la croissance économique du Vietnam et l’amélioration du niveau de vie, la demande de produits culturels tels que les publications, la musique et les films a fortement augmenté. Les productions nationales gagnent également en compétitivité face à leurs homologues étrangères, plusieurs films et programmes musicaux vietnamiens ayant rencontré un remarquable succès commercial.

En 2024, le film Mai a rapporté environ 520 milliards de dôngs (près de 20 millions de dollars), avec quelque 6,5 millions de billets vendus. L’année suivante, Mưa đỏ (Pluie rouge) a généré environ 710 milliards de dôngs et attiré plus de huit millions de spectateurs. Des concerts organisés sous des marques telles que Anh trai say hi et Anh trai vượt ngàn chông gai ont également attiré, à plusieurs reprises, des dizaines de milliers de spectateurs.

Les revenus tirés du droit d’auteur constituent un indicateur révélateur de l’essor du marché. Selon le Centre vietnamien de protection des droits d’auteur musicaux (VCPMC), plus de 424,3 milliards de dôngs de redevances ont été perçus en 2025, soit une hausse de 8% sur un an. À eux seuls, les sites web et les applications musicales ont généré près de 298 milliards de dôngs. À noter qu’un compositeur a perçu plus de 4 milliards de dôngs de droits d’auteur en une seule année.

Le concert national "La patrie dans mon cœur" vise à créer une marque culturelle et artistique dotée d'une identité unique.
Photo : VNA/CVN

Ces chiffres montrent que les œuvres culturelles et artistiques ne génèrent pas seulement une valeur spirituelle, mais aussi une valeur économique considérable. Toutefois, le manque de clarté concernant la propriété des droits et les modalités de licence peut entraîner des pertes de revenus, des litiges et le versement de redevances à des bénéficiaires illégitimes. Un marché peut ainsi générer des centaines de milliards de dôngs tandis que les créateurs restent exclus des revenus issus de leurs propres œuvres.

Cet enjeu est d'autant plus crucial que le Vietnam ambitionne de porter la contribution des industries culturelles à 7% du PIB d'ici 2030, tout en prévoyant que les produits culturels numériques représenteront plus de 80 % de la production totale du secteur d'ici 2045.

Pour atteindre ces objectifs, il est impératif de lever les obstacles liés au droit d'auteur afin que les revenus reviennent aux auteurs, aux créateurs et aux titulaires de droits.

Le Vietnam a d'ores et déjà pris des mesures importantes pour renforcer le cadre juridique. La loi modifiée sur la propriété intellectuelle est entrée en vigueur le 1er avril 2026, tandis que le décret n°341/2025/ND-CP a porté le montant maximal des amendes pour violation du droit d'auteur et des droits voisins à 250 millions de dongs pour les particuliers et à 500 millions de dongs pour les organisations. Ce texte a également introduit des mesures visant à supprimer les contenus illicites sur Internet et à récupérer les profits illégalement générés.

Toutefois, les technologies numériques continuent de poser de nouveaux défis. Une chanson peut apparaître sur TikTok, être utilisée lors de diffusions en direct, faire l'objet de remixes ou être intégrée à des publicités, des films et des jeux, tout en se propageant sur de multiples plateformes et territoires. L'intelligence artificielle (IA) complexifie davantage la protection des voix, des images et des styles créatifs.

L'application du droit d'auteur doit donc être rapide et suffisamment dissuasive. Entre 2017 et mars 2025, plus de 16.200 sites web et liens diffusant illégalement des contenus sportifs et cinématographiques ont été bloqués ou supprimés à l'échelle nationale. En 2026, les poursuites pénales ont également été renforcées, notamment dans le cadre d'une affaire impliquant un groupe qui gérait plus de 100 sites de piratage de films, dont les recettes publicitaires étaient initialement estimées à plus de 308 milliards de dôngs.

Selon Bùi Minh Tuân, président du conseil d’administration de la compagnie par actions de technologie DipNET, un véritable marché du droit d’auteur doit répondre clairement à trois questions : qui détient les droits ? Qui est autorisé à les exploiter ? Et à qui doivent revenir les revenus ?

Le décret N°277/2026/ND-CP relatif aux infrastructures culturelles numériques a défini les grandes orientations pour le développement de systèmes numériques de gestion et de protection du droit d’auteur, de plateformes de gestion des actifs et de bourses d’échange de droits d’auteur numériques. Interconnectés, ces systèmes pourraient instaurer un "cycle de vie numérique" clairement défini pour chaque œuvre, depuis l’identification du titulaire des droits et l’octroi des licences jusqu’à la détection des violations et au rapprochement des revenus.

En définitive, une protection efficace du droit d’auteur est essentielle pour instaurer la confiance sur le marché : un environnement dans lequel les créateurs peuvent investir davantage, les entreprises engager des capitaux en toute confiance et les œuvres créatives faire l’objet de licences et de cessions, tout en générant de nouvelles sources de valeur économique et culturelle.

VNA/CVN

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