Dans une région frontalière, le "Nôm Dao" transmis aux nouvelles générations

À Dak Wil, dans la province de Lâm Dông, Bàn Phu Can dispense gratuitement, depuis deux ans, des cours de "Nôm Dao". Enfants et adultes s’y retrouvent pour apprendre cette écriture traditionnelle des Dao rouges et contribuer à la sauvegarde d’un patrimoine culturel menacé de disparition.

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Phuong Choi Kinh (en chemise rose) étudie attentivement les caractères de l’écriture "Nôm Dao". 
Photo : Hai Duong/CVN

Initié par Bàn Phu Can (né en 1983, habitant du village de Doàn Kêt), ce cours est devenu un rendez-vous très prisé des habitants de la région. Malgré des moyens pédagogiques limités, il poursuit son enseignement avec une conviction intacte : transmettre aux nouvelles générations une écriture ancestrale et préserver une culture traditionnelle qui risque peu à peu de tomber dans l’oubli.

Des centaines de kilomètres pour apprendre le "Nôm Dao"

Un matin de la mi-août, la vue d’élèves de tous âges s’appliquant à la calligraphie dans la classe de "Nôm Dao" de Bàn Phu Can a ému de nombreux observateurs. Parmi eux, un homme approchant la cinquantaine se distinguait par sa persévérance à étudier aux côtés des enfants.

Phuong Choi Kinh (47 ans, originaire de la province de Gia Lai) est l’un des élèves atypiques de ce cours. Chez lui, il enseigne également l’écriture "Nôm Dao" aux jeunes de son village. Toutefois, conscient qu’il lui manquait du vocabulaire et qu’il ne saisissait pas pleinement le sens de nombreux termes archaïques, il a décidé de parcourir des centaines de kilomètres jusqu’à Dak Wil pour se former auprès de M. Can.

"Bien que je sois moi-même enseignant, je ne maîtrise pas tous les caractères. Lorsque j’ai appris que M. Can ouvrait une classe, je suis venu ici pour approfondir mes connaissances et acquérir de l’expérience, afin de pouvoir continuer à enseigner à la jeune génération une fois rentré chez moi", confie M. Kinh.

Bien qu’il partage la salle de classe avec des élèves qui pourraient être ses enfants ou ses petits-enfants, M. Kinh fait preuve d’une grande ouverture d’esprit et d’une véritable soif d’apprendre. Il s’exerce avec assiduité chaque jour. Sa passion est une source d’inspiration pour de nombreux autres élèves.

Le cours attire non seulement des adultes, mais aussi un grand nombre d’enfants Dao rouges. Pour eux, c’est bien plus qu’un simple lieu d’apprentissage de l’écriture : c’est un voyage à la découverte de leurs propres racines ethniques.

Triêu Bao Huy (élève de 8e année, âgé de 12 ans) raconte que, depuis deux ans, il demande chaque été à ses parents l’autorisation d’aller chez M. Can pour étudier avec ses amis.

"Après deux étés, je suis capable de mémoriser et d’écrire de nombreux caractères “Nôm Dao”. Je m’efforcerai d’apprendre avec sérieux afin de contribuer à la préservation de notre culture ethnique et de transmettre ce savoir aux plus jeunes à l’avenir", déclare-t-il.

Une écriture au cœur de l’identité des Dao rouges

Le cours de "Nôm Dao" attire de nombreux élèves. 
Photo : Hai Duong/CVN

Pour expliquer ce qui l’a poussé à lancer ces cours, Bàn Phu Can confie que son principal souhait est de permettre aux jeunes générations de mieux connaître et de s’approprier le patrimoine écrit transmis par leurs ancêtres au fil des générations.

Selon lui, le "Nôm Dao" occupe une place essentielle dans la vie culturelle du peuple Dao. Cette écriture sert notamment à consigner les rituels traditionnels, les prières et les coutumes ancestrales. Pourtant, rares sont aujourd’hui les membres de la communauté qui en maîtrisent encore les caractères.

Bàn Phu Can a lui-même appris le "Nôm Dao" par passion, une passion héritée de sa famille. Son père, autrefois réputé dans le village pour son enseignement de cette écriture, lui en a transmis les bases. Désireux d’aller plus loin, il a ensuite entrepris ses propres recherches, rassemblé des documents et étudié des textes anciens afin d’enrichir ses connaissances et de pouvoir, à son tour, transmettre cet héritage aux jeunes générations.

"Les cours sont répartis en trois sessions, assurées à tour de rôle par un collègue et moi-même. J’enseigne le matin et je travaille aux champs l’après-midi pour gagner ma vie. C’est un travail difficile, mais voir les élèves si captivés par chaque trait des caractères nous procure une immense joie", confie-t-il.

Au-delà de l’apprentissage de l’écriture, ce cours constitue également un espace de partage et de vie communautaire. Il permet aux enfants de réduire le temps passé devant les écrans, notamment sur leur téléphone ou devant la télévision, tout en les encourageant à renouer avec leur culture et leurs traditions.

Transmettre un patrimoine aux nouvelles générations

La petite maison de Bàn Phu Can résonne en permanence de l’animation des élèves qui étudient l’écriture "Nôm Dao". 
Photo : Hai Duong/CVN

Selon Lo Van Duc, chef adjoint du bureau de la culture et des affaires sociales de la commune de Dak Wil, le village de Doàn Kêt abrite une importante population de Dao rouges, dont la plupart ont migré depuis les provinces du Nord pour s’y installer. Au fil de son développement, la communauté a préservé diverses coutumes, telles que la cérémonie du "Câp sac" (rite de passage à l’âge adulte), les mariages traditionnels et d’autres rituels culturels.

"La présence de personnes dévouées à l’enseignement de l’écriture “Nôm Dao” aux jeunes générations est précieuse. Elle contribue à préserver l’identité culturelle des Dao et à promouvoir les valeurs traditionnelles au sein de la localité", déclare-t-il.

Bàn Thanh Minh, secrétaire de la cellule du Parti du village de Doàn Kêt, considère également le cours de M. Can comme un maillon essentiel dans la préservation du patrimoine culturel des Dao rouges.

"Qu’il s’agisse du “Câp Sac”, des mariages, des rituels destinés à conjurer le mauvais sort, des cérémonies de pleine lune ou encore des rites invitant les ancêtres à la maison à l’occasion du Têt, les Dao ont recours à l’écriture “Nôm Dao”. Ce cours constitue une véritable passerelle vers les nouvelles générations, leur permettant de perpétuer cet héritage et de préserver leurs racines culturelles", confie-t-il.

Nguyên Tùng/CVN

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