Culture
Développer les industries culturelles : transformer le patrimoine en un nouveau moteur de croissance

À l’heure où la transformation numérique bouleverse profondément tous les domaines de la vie sociale, la culture n’est plus seulement un héritage spirituel à préserver; elle devient également une ressource économique stratégique. Comment transformer le riche patrimoine, l’identité culturelle et la créativité des Vietnamiens en produits à forte valeur ajoutée capables de rivaliser sur le marché mondial ? Cette question a été au cœur des débats du colloque scientifique intitulé "Mise en œuvre de la Résolution 80-NQ/TW du Bureau politique - Développement des industries culturelles à l’ère numérique".

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Le 5 juin, l’Université de la culture de Hô Chi Minh-Ville, en collaboration avec le journal Van Hoa (Culture), a organisé ce colloque scientifique consacré au développement des industries culturelles dans le contexte de la révolution numérique. L’événement a réuni de nombreux chercheurs, experts, gestionnaires et représentants d’entreprises venus échanger sur les solutions permettant de faire des industries culturelles un nouveau moteur de croissance de l’économie vietnamienne.

La culture est désormais considérée comme un des leviers importants de la croissance du Vietnam.

Dans son intervention, le Docteur Nguyên Anh Vu rédacteur en chef du journal Van Hoa, a souligné que, dans la dynamique actuelle de développement, la culture ne se limite plus à nourrir la vie spirituelle de la population. Elle constitue désormais une ressource endogène essentielle pour le développement national. De nombreux pays ont démontré que les industries culturelles peuvent contribuer de manière significative à la croissance économique, à la création d’emplois et au rayonnement international. Pour le Vietnam, le développement de ces industries représente une opportunité de transformer les riches ressources culturelles du pays en produits et services créatifs à forte valeur économique, tout en renforçant son influence culturelle à l’échelle mondiale.

Les participants ont estimé que la révolution technologique numérique ouvre des perspectives inédites pour le secteur culturel. Les progrès de l’intelligence artificielle (IA), du Big Data, des technologies de réalité virtuelle et des plateformes numériques transfrontalières permettent aux produits culturels d’atteindre un public beaucoup plus large à moindre coût. Toutefois, ces opportunités s’accompagnent également de défis majeurs, alors que les chaînes de valeur culturelles mondiales connaissent une profonde restructuration.

Il est nécessaire de préserver la culture traditionnelle.

Dans les faits, les industries culturelles vietnamiennes n’exploitent pas encore pleinement leur potentiel. Les investissements restent dispersés, les mécanismes de coordination entre les différents secteurs manquent encore d’efficacité et la participation du secteur privé demeure en deçà des possibilités offertes par le marché. Certaines localités ayant servi de décor à des films internationaux célèbres n’ont pas encore réussi à développer des produits touristiques expérientiels ou des écosystèmes numériques capables de prolonger l’impact médiatique de ces productions. Par ailleurs, les violations du droit d’auteur dans l’environnement numérique continuent de poser un problème complexe, affectant directement les intérêts des créateurs.

Selon les experts, il est nécessaire de passer d’une logique de "conservation statique" à une approche de "conservation par le développement". Le patrimoine culturel ne doit pas être uniquement préservé comme un témoignage du passé ; il doit être réinventé et intégré à la vie contemporaine afin de continuer à produire de nouvelles valeurs.

La Professeure associée et Docteure Nguyên Thi Thu Phuong, directrice de l’Institut vietnamien de la culture, des arts, du sport et du tourisme, a mis en garde contre les risques liés à une dépendance excessive aux plateformes technologiques étrangères. Une telle situation pourrait conduire à une uniformisation culturelle et à un affaiblissement de l’identité nationale. Elle estime donc que le Vietnam doit développer ses propres infrastructures numériques ainsi que des plateformes nationales de diffusion des contenus culturels. Ces "marchés culturels numériques" permettraient non seulement de mieux protéger les droits d’auteur et de garantir la transparence des revenus, mais aussi d’offrir un environnement favorable à l’innovation et à l’expansion des marchés pour les créateurs.

Rôle pionnier de Hô Chi Minh-Ville

En tant que principal centre économique et culturel du pays, Hô Chi Minh-Ville est appelée à jouer un rôle pionnier dans le développement des industries culturelles. La métropole concentre actuellement ses efforts sur huit secteurs culturels prioritaires, avec pour objectif d’accroître la contribution de cette économie créative à son produit régional brut (GRDP). Forte de son statut de membre du réseau des villes créatives de l’UNESCO dans le domaine du cinéma, la ville s’attache à renforcer progressivement son écosystème créatif grâce à des mécanismes spécifiques visant à attirer les talents, soutenir les artistes et encourager les projets innovants dans l’environnement numérique.

Au-delà de la technologie et des politiques publiques, les ressources humaines sont considérées comme un facteur déterminant pour la réussite des industries culturelles. Le professeur associé et docteur Lâm Nhân, recteur de l’Université de la Culture de Hô Chi Minh-Ville, estime que le marché a désormais besoin de profils hybrides associant culture et technologie, capables de maîtriser à la fois les connaissances artistiques et les compétences numériques. Cette exigence devient incontournable à mesure que les produits culturels s’appuient davantage sur les technologies modernes.

Pour répondre à cette demande, plusieurs établissements d’enseignement du Sud du Vietnam ont déjà mis en place des modèles de coopération associant l’État, les universités et les entreprises. Parmi les propositions les plus remarquées figure l’application du modèle de "sandbox" dans la formation. Celui-ci permettrait aux universités d’adapter plus rapidement leurs programmes aux besoins du marché tout en offrant aux étudiants la possibilité de participer directement à des projets concrets menés par des entreprises technologiques et des acteurs des médias numériques.

Lors du colloque, plusieurs entreprises ont également présenté des exemples réussis de transformation numérique appliquée à l’exploitation et à la valorisation du patrimoine culturel. De l’utilisation de l’intelligence artificielle pour numériser le patrimoine culturel immatériel à la création de bases de données culturelles numériques, en passant par le développement de produits créatifs inspirés de l’artisanat traditionnel, de la gastronomie et des arts populaires, le secteur privé démontre un rôle de plus en plus important dans la transformation de la culture en levier de développement économique.

Les participants ont unanimement souligné que, dans l’ère numérique, la culture n’est pas seulement le socle spirituel de la société, mais également une ressource stratégique pour un développement durable. Soutenues par les technologies, des mécanismes adaptés et des ressources humaines qualifiées, les valeurs culturelles traditionnelles peuvent devenir un nouveau moteur de croissance, contribuant à renforcer la compétitivité nationale et à affirmer la place du Vietnam sur la carte mondiale de la création et de l’innovation.

Texte et photos : Quang Châu/CVN

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